Mars 1954 : naissance de la FM française

Antenne FM

Le 11 mars 1954 marque une étape importante dans l’histoire de la radio française. Ce jour-là, la RTF met en service à Paris son premier émetteur en modulation de fréquence (FM). Une technologie encore méconnue du grand public, mais appelée à transformer durablement l’écoute radiophonique grâce à une meilleure qualité sonore et une moindre sensibilité aux parasites.

La RTF, Radiodiffusion télévision française, met en service pour des essais un émetteur FM dans ses locaux de la rue de Grenelle à Paris. On dit alors modulation de fréquence en France, VHF pour très haute fréquence en Grande-Bretagne, UKW en Allemagne et OUC en Suisse pour ondes ultra-courtes. Aujourd’hui, c’est le terme américain FM, fréquency modulation, qui s’est imposé.

Pourquoi la modulation de fréquence révolutionne la radio

Contrairement à la modulation d’amplitude (AM), alors utilisée par la plupart des radios, la modulation de fréquence offre un son plus fidèle et beaucoup moins de parasites. Cette qualité est particulièrement appréciée pour la diffusion de concerts et de musique classique, ce qui explique le choix de la RTF de l’utiliser pour son quatrième programme.

Si la RTF investit dans la modulation de fréquence, c’est parce qu’elle offre des avantages considérables par rapport à la modulation d’amplitude (AM), utilisée par les grandes stations depuis les débuts de la radio. Le premier avantage est la qualité sonore. Les ingénieurs de l’époque expliquent que la FM dispose d’une bande passante beaucoup plus large : environ 200 kilocycles contre seulement 9 kilocycles pour les émissions classiques.

Résultat, la musique conserve mieux ses graves, ses aigus et ses nuances. La FM permet également de supprimer une grande partie des parasites industriels qui perturbent alors l’écoute en ville. Enfin, l’utilisation des ondes métriques réduit fortement les brouillages entre émetteurs, un problème devenu récurrent sur les ondes moyennes où de nombreuses stations partagent les mêmes fréquences.

FM

Les essais de la FM

Ce 12 mars, il s’agit d’essais. L’émetteur est calé sur 3,12 mètres (96.1 mhz) et entre en service officiellement le dimanche 28 mars. Avec une belle puissance de 20 kw. C’est énorme, sachant qu’il est tout seul sur la bande FM. Cependant, il y a très peu d’auditeurs pour écouter les essais le « Programme de la modulation de fréquence » de la RTF, quatrième chaîne publique de radio qui émet essentiellement en soirée des concerts classiques. Il faut en effet être équipé d’un récepteur dernier cri et encore très cher.

FM-31dec1955 FM

Le nouvel émetteur ne doit pas seulement servir à tester une technologie. À partir du 28 mars 1954, la RTF lance un véritable quatrième programme diffusé en modulation de fréquence. D’une puissance de 15 à 20 kW selon les sources de l’époque, il est reçu dans toute la région parisienne sur 96,1 MHz.

Ce programme est conçu comme une offre haut de gamme. La RTF promet des émissions « variées, neuves et personnelles » et privilégie les retransmissions en direct ainsi que les enregistrements de très haute qualité réalisés sur microsillons ou magnétophone. Chaque soir, après une première partie de soirée plus légère, le « morceau de résistance » débute à 21 heures avec des programmes culturels et musicaux.

Le programme du premier jour

Modulation de fréquence FM

Un réseau FM qui s’étend progressivement

Antenne FM

Mais le réseau va rapidement se développer. Un an plus tard, c’est Strasbourg (95) puis Nancy le 16 octobre 1955 (92) avant Toulouse et Bordeaux (à partir du 6 mai 1956, ouverture du septième festival de Bordeaux). Mais le programme de modulation de fréquence est supprimé. Il faudra attendre 1958 pour qu’il revienne sous le nom de France IV.

Dès 1954, la RTF envisage un développement rapide du réseau. L’objectif est d’abord de couvrir Strasbourg et Nancy afin de rivaliser avec les puissants émetteurs allemands déjà présents de l’autre côté du Rhin. La radio publique souligne alors que les seules zones occidentales de l’Allemagne disposent déjà de plus de deux cents émetteurs FM.

À plus long terme, la modulation de fréquence doit permettre de mieux valoriser les productions régionales. Clermont-Ferrand, Montpellier, Grenoble, Nantes, Rouen, Caen ou encore Dijon figurent parmi les villes citées pour accueillir de futurs émetteurs. La FM est également envisagée comme une solution pour améliorer la réception dans certaines régions mal desservies par les réseaux existants, notamment sur la côte basque autour de Bayonne et Biarritz.

La FM reste chère

Le principal obstacle au développement de la FM reste alors le prix des équipements. En 1954, un récepteur combinant AM et FM coûte en moyenne 60 000 francs, soit 15 à 25 % plus cher qu’un poste classique. Pour les auditeurs déjà équipés, des adaptateurs permettant de recevoir la FM sont commercialisés pour quelques milliers de francs. Cette contrainte explique pourquoi les premiers programmes en modulation de fréquence ne touchent qu’un public limité malgré leurs qualités techniques reconnues.

Les origines des ondes ultra-courtes en France

La guerre, la reconstruction du réseau en modulation d’amplitude ont entraîné un retard en Europe pour le développement de la FM. Aux USA, la première station en FM, W8HX, a démarré ses émissions en 1934. Mais les qualités des ondes ultra-courtes ont été testées très tôt en France. Il y a quasiment 90 ans en mai 1924, la radiotélégraphie militaire avait réalisé des essais sur 9 mètres sous la responsabilité du lieutenant de vaisseau Malgouzou. Dans la revue l’Onde électrique, il souligne « que les ondes très courtes, de l’ordre d’une dizaine de mètres, ouvrent un champ d’études fort intéressant pour l’amateur qui pourra, grâco à elles, obtenir des communications petite distance et à peu de frais. Emission et réception sont d’une simplicité extrême à réaliser. Les lampes et les accus sont les seuls appareils qui ne peuvent être établis par le particulier.« 

Lancée discrètement en mars 1954, la FM mettra encore plusieurs décennies avant de s’imposer dans les foyers français. Elle deviendra pourtant le mode de diffusion dominant de la radio à partir des années 1970 et accompagnera l’essor des radios libres à partir de mai 1981..


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