L’incroyable loupé des radios françaises lors du discours de Nuremberg

Guerre ou paix ? Le lundi 12 avril 1938, l’Europe retient son souffle. Hitler doit prononcer un discours très attendu en clôture du congrès nazi à Nuremberg. A 19 heures, tout est prêt dans les principales radios parisiennes. Des traducteurs sont présents dans les studios pour donner en direct aux auditeurs français la teneur du discours du dictateur allemand dont on pressent que chaque mot sera important.

Une famille écoute le discours de Nuremberg à la radio

Mais à 19h12, alors que le chancelier du Reich débute ses vociférations, rien sur les antennes françaises. Car peu de temps auparavant, la radio publique a annoncé aux radios privées que c’est elle seule qui assurerait la traduction officielle des propos d’Hitler. Résultat : les radios n’ont commencé à diffuser la traduction qu’à partir de 22h07 et la seconde partie une heure plus tard. Pendant ce temps, les journaux avaient imprimé leur édition spéciale avec le discours in extenso.

Nuremberg 1938

Merci les Belges

Quelques auditeurs auront cependant pu être informés en direct. En écoutant directement la radio allemande et en bénéficiant de l’aide d’un germanophone ou en se branchant sur la radio belge. Bruxelles a en effet diffusé une traduction du discours dès 21 heures !

1945 : cinq jours après la capitulation, la radio du Reich cesse d’émettre

D’une centaine d’émetteurs au temps de son expansion maximale, la radio du IIIe Reich ne dispose plus début mai 1945 que de l’émetteur de Flensburg dans le nord de l’Allemagne, près de la frontière danoise. C’est dans cette ville que s’est replié ce qui reste des autorités nazies dont l’amiral Donitz, désigné président du Reich et von Krosigk, nouveau chancelier.

rrg_grossdeutschL’émetteur de Berlin de Grossdeutsher Rundfunk (la radio de la grande Allemagne), s’est tu le 1er mai juste après minuit après2-46 avoir annoncé de la mort d’Hitler. Restent encore en ondes, des stations de l’armée allemande dans les poches qu’elles contrôle encore. Le 2 mai, un émetteur de 20 kw qui servait de relais pour Reichsender Hamburg est mis en service sur la longueur d’ondes de Deutschland Sender (191 khz en grandes ondes), le second programme de la radio du Reich qui n’émet plus. Mais deux jours plus tard la ville tombe aux mains des Britanniques. Reichsender Flensburg devient le dernier émetteur contrôlé par ce qu’il reste du gouvernement nazi.

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Radio-Metropol, la station très secrète des Nazis en Autriche

Après l’invasion de la Yougoslavie par l’armée allemande, Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich mets la main sur Radio-Belgrade. Interradio, une société créée par ses services en février 1942, rachète totalement six mois plus tard, la partie ondes-courtes de la radio yougoslave par l’intermédiaire d’une filiale nommée Teleradio AG Radio-Belgrade et dont le centre émetteur est situé à Zemun dans la banlieue de la capitale serbe. Par ailleurs, Interradio prend une participation de 51 % dans la partie ondes moyennes pour diffuser Radio-Belgrade, depuis l’émetteur de Makis, un programme destinés aux troupes allemandes qui occupent les Balkans. Cette station a été rendue célèbre pour avoir popularisé la chanson Lily Marleen, devenu un tube au grand désespoir de Goebbels.

Lancée en mars 1942

Radio MetropolEn mars 1942, Interradio lance Radio-Metropol avec des programmes essentiellement axés dans un premier temps vers la Russie et l’Iran. Après Stalingrad, Radio-Metropol abandonne ses émissions vers la Russie et se concentre sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Elle diffuse en anglais, français, polonais, arabe et perse, nous apprennent Horst JP Bermeier et Rainer Lotz dans leur ouvrage Hitler’s Airwaves. La radio émettait sur 11925 khz et 9480 khz, notent les dx’ers américains.

Les studios étaient à Graz

« Son originalité tenait au fait qu’aucun auditeur ne pouvait se douter que ces émissions étaient d’origine allemande, souligne Alain Roy dans son livre Le Cheval à Bascule, qui faisait partie de la section française de la station. Elle faisait preuve d’une impartialité habilement feinte. » Son témoignage est un des rares sur cette radio demeurée secrète. Il explique que les studios étaient à Graz, en Autriche, dans une villa qui abritera après-guerre Radio-Graz.

La rédaction était regroupée dans un ancien café, le Gasthaus Mozart. Les programmes en français duraient une heure, trois fois par jour. « Après le bulletin bref entracte de musique légère. Puis, causerie d’analyse politique… dans l’intervalle des bulletins, musique classique et variétés, avec priorité aux derniers succès anglo-saxons. Pour entretenir la fiction. » Ribbentrop doit cependant faire cesser cette expérience face à l’hostilité de Goebbels, le ministre de la Propagande du Reich. Radio-Metropol quitte les ondes en mai 1944.

Information permanente : la première radio tout info était nazie

infopermpubA partir du mardi 1er février 1944, les services de la propagande allemande à Paris mettent en ondes une nouvelle station en français. Ce nouveau poste a pour nom l’Information permanente qui comme son nom l’indique est une radio toute infos.
Elle fonctionne sans interruption de 7 h à 2 h du matin sur la longueur d’ondes de 206 m depuis l’émetteur de la Tour Eiffel. Son ambition affichée lors de son lancement : donner des infos mais sans les commenter. L’occupant cherche visiblement à rattraper les auditeurs qui fuient les éditoriaux et les chroniques ultras de Radio-Paris.

Des infos tous les quarts d’heure

Au programme des bulletins d’infos tous les quarts d’heure et des rubriques, sports, spectacles, mode, vie féminine, cuisine, actualité économique, résultats de la loterie, pronostics hippiques, etc. Ses studios sont au 114 avenue des Champs-Elysées, un immeuble mitoyen de Radio-Paris, qui occupe les installations du Poste parisien. Mais cette radio est lancée alors que les restrictions d’électricité sont de plus en plus nombreuses dans la capitale et les parisiens semblent s’en désintéresser complètement.

Au lendemain du Débarquement, l’Information permanente émet jour et nuit sans interruption puis disparaît aux derniers jours de l’Occupation.