Avant-guerre, les émissions touristiques sont dopées par le Tour de France

Au milieu des années 1920, la radio devient un formidable outil de découverte. Pour une grande partie des auditeurs, voyager reste coûteux. Les émissions touristiques permettent alors de visiter la France depuis son salon. Les syndicats d’initiative comprennent rapidement l’intérêt de ce nouveau média pour promouvoir stations balnéaires, villes d’eaux ou sites historiques.

Des premières chroniques touristiques

L’idée de réaliser des chroniques touristiques est arrivée très tôt dans l’histoire de la radio. Outre les conférences plus globales sur une région, on trouve dès 1925 ce genre de petits programmes consacrés au tourisme sur le poste de l’Ecole supérieure des PTT ou de Marseille-PTT. Ils se développent ensuite sur les autres postes mais il s’agit bien souvent d’une lecture de brochures envoyées par les syndicats d’initiatives des stations balnéaires, thermales ou de montagne.

En 1932, on observe un tournant. Cette année-là, Paris-PTT (ex Ecole supérieure des PTT) fait passer au micro 320 parlementaires qui sont invités à décrire les merveilles de leur circonscription. De quoi faire exploser les compteurs car en 1932, Paris-PTT cumule 130 heures de programmes dédiés au tourisme. La Tour Eiffel (très gourmande en conférences) en compte 100 heures, Radio Paris 50 heures, le Poste Colonial 50 heures, Radio Toulouse 25 heures et le Poste Parisien 15 heures.

Un journaliste se distingue

émissions touristiques

Un journaliste, Georges Géville, s’emploie à dépoussiérer le genre, sur le Poste Parisien puis sur Paris-PTT. Le radio reporter, connu pour être le premier à avoir un reportage en direct à bord d’une locomotive lancée à pleine vitesse, sait rendre ses chroniques très vivantes comparé au ton souvent soporifique des relectures de brochures. Il crée des personnages qui voyagent ensemble en voiture joués par sa femme et des amis. Cette mise en situation amusante devient très populaire.

Mais au bout de quelque temps, on lui demande de changer. Ce qu’il fait en gardant ce côté vivant. « On a quelquefois d’heureux moments à l’écoute des ondes. Samedi dernier, notre confrère Georges Géville, qui est président de l’Association des Journalistes de Radio, donnait, à la Cité de Carcassonne un radioreportage touristique plein de charme, de bonne humeur et de vivante originalité. A côté de ses impressions de touriste, nous pûmes entendre un chœur de chanteurs régionaux, les orgues de Saint-Nicolas, les plus anciens de France, les mouvements de foule sur le parvis de l’église où perçait l’accent local, tandis que les cloches sonnaient à toute volée« , peut-on ainsi lire dans L’Echo des sports en 1936.

Autour du Tour

Le succès rencontré par ces reportages plus vivants convainc progressivement les responsables de la radio qu il est possible de parler de tourisme autrement qu’au moyen de longues conférences. Les auditeurs apprécient d’entendre des voix, des accents régionaux et des ambiances sonores qui donnent l’impression de voyager sans quitter leur domicile. Cette évolution intervient au moment où les déplacements de loisirs commencent à se développer et où les régions cherchent à mieux faire connaître leur patrimoine. La radio devient alors un outil de promotion particulièrement efficace. En effet, elle peut faire découvrir un paysage, une ville ou une tradition locale à des milliers d auditeurs répartis dans toute la France.

En 1937, c’est une épreuve sportive estivale qui va servir la propagande touristique des régions de France. Quoi de mieux en effet que le Tour de France pour mettre en valeur le patrimoine le long de ce circuit cycliste. Chaque jour à 12h30, Paris-PTT diffuse une chronique touristique sur les régions traversées par le peloton avec au micro Georges Peeters et Jean-Pierre Minville. Une chronique quotidienne qui coïncide avec les premiers congés payés mis en place par le gouvernement du Front Populaire.

Aujourd’hui encore, les étapes du Tour de France sont l’occasion pour les régions traversées de se mettre en valeur grâce à un autre média… la télévision.


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1 Commentaire

  1. Georges Geville a raconté ses reportages dans un livre :
    Le micro en balade de Georges Geville (Éditions Radio, 1939)

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