Quand le Gouvernement de Vichy voulait faire de la télévision

Télévision Lyon 1942

Le 11 octobre 1941, Lyon devient, le temps d’une journée, la vitrine de la télévision française naissante. Dans les studios de Radio-Industrie repliés à Saint-Clair, la Radiodiffusion nationale organise une démonstration destinée à la presse et aux autorités locales. Derrière l’événement technique, il y a aussi une ambition politique : montrer qu’en dépit de la guerre et des pénuries, la France continue de préparer l’avenir.

Une vitrine de modernité en pleine guerre

L’atmosphère rappelle celle d’une première théâtrale. Au rez-de-chaussée, les techniciens règlent les caméras et les éclairages pendant que les artistes se préparent. À l’étage, les invités découvrent les images retransmises en 567 lignes à 27 images par seconde, une performance impressionnante pour l’époque.

Autour du commandant Duvivier, directeur général de la Radiodiffusion nationale, se trouvent M. Braillard, directeur technique, Georges Villiers, maire de Lyon, ainsi qu’un grand nombre de journalistes venus assister à l’expérience.

Télévision Vichy

Danse, musique et boxe devant les caméras

Le programme est conçu pour montrer toutes les possibilités du nouveau média. Défilent ainsi des danseuses de l’Opéra de Lyon, un ténor, des duettistes et même un match de boxe retransmis en direct.

La réaction du (petit) public est immédiate. Beaucoup sont frappés par la netteté et la luminosité des images. Certains comparent déjà le résultat à celui d’un écran de cinéma. Mais pour des spectateurs qui découvrent la télévision pour la première fois, l’effet est saisissant.

Mais la démonstration ne se limite pas à un simple spectacle. Après les essais, Duvivier retrouve les journalistes dans les locaux de Lyon National (ex Lyon-PTT) pour exposer les projets de la Radiodiffusion nationale.

Le projet d’un réseau télévisé français

L’objectif est alors de sortir la télévision du laboratoire pour en faire un véritable réseau national. Trois émetteurs doivent constituer la première ossature du système. Le premier existe déjà à Paris, sur la Tour Eiffel. Deux autres sont prévus à Lyon, sur la colline de Fourvière, et à Marseille, à Notre-Dame-de-la-Garde. Tous doivent appartenir à l’État, qui entend garder le contrôle de cette nouvelle technologie.

Le gouvernement prévoit également de faire fabriquer des prototypes de récepteurs destinés au public. Les premiers appareils pourraient coûter environ douze mille francs, une somme importante mais présentée comme le prix normal d’une technologie encore expérimentale. Les responsables restent optimistes. Selon eux, l’essentiel du programme pourrait être réalisé en deux ou trois ans. Le principal obstacle n’est pas technique mais matériel. En effet, la guerre provoque des pénuries constantes de métaux et de composants.

Une nouvelle démonstration en 1942

Quelques mois plus tard, le 25 septembre 1942, Lyon accueille une nouvelle séance de télévision expérimentale. Cette fois, le ministre des Finances, M. Cathala, fait le déplacement avec André Demaison, directeur général de la Radiodiffusion nationale, et le député Perrin.

Télévision Vichy

Les expériences sont présentées par l’ingénieur M. de France et commentées par M. de Ligonnes. Parmi les invités figurent également le préfet délégué Dissard, le maire de Lyon et le maire de Caluire, Pleissel. Le principe reste le même : au premier étage, des artistes interprètent chants, danses et numéros de music-hall ; au second, les personnalités officielles regardent le spectacle retransmis sur écran, avec un son parfaitement synchronisé.

Une nouvelle fois, les visiteurs se montrent impressionnés. Cathala félicite les techniciens pour la qualité des images, leur relief, leur luminosité et la précision du son. Tous constatent les progrès réalisés depuis la démonstration de 1941. Un seul problème persiste : le manque de matériaux. Les techniciens regrettent notamment de ne pas pouvoir utiliser des écrans plus grands, faute d’approvisionnement suffisant.

Lyon, laboratoire de la télévision française

Ces expériences menées à Saint-Clair occupent une place particulière dans l’histoire des médias français. En pleine guerre, alors que la radio domine encore largement l’information et le divertissement, certains responsables imaginent déjà une télévision capable de transformer la vie culturelle et politique du pays.

Entre 1941 et 1942, Lyon apparaît ainsi comme l’un des principaux terrains d’expérimentation de la télévision française. On y teste non seulement des techniques de diffusion, mais aussi des formats de programmes et une certaine idée du futur : celle d’un média moderne, spectaculaire et étroitement lié à l’État.

En novembre 1942, les Alliés débarquent en Afrique du nord et les Allemands envahissent la zone sud, dite libre. Fin de partie pour le projet télévisuel de l’Etat français. L’occupant reprend la main et va bientôt ouvrir Fersehsender Paris/Télévision Paris.


En savoir plus sur Les radios au temps de la TSF

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.