1913 : la première « radio » monégasque émet depuis le yacht du prince Albert Ier

yacht

Nous sommes début septembre 1913, aux balbutiements des transmissions de radio. Les opérateurs des  stations télégraphiques installées sur la côte est des Etats-Unis sont stupéfaits. Ils captent de la musique dans leurs écouteurs mais sans pouvoir déterminer son origine. Quelques navires en mer entendent aussi des mélodies sur les ondes.

Le mystère se dissipe quand la station de Sandy Hook, face à New-York, reçoit un message demandant de bien faire attention à la musique qui va suivre. Suite à cette annonce, les télégraphistes entendent la Marseillaise et America.

Le premier piano des ondes

L’émission provient de l’Hirondelle, le yacht du prince Albert Ier de Monaco qui s’apprête, ce 9 septembre 1913,  à entrer dans New-York après avoir tranquillement traversé l’Atlantique via les Açores et la Nouvelle-Ecosse pour effectuer des relevés scientifiques. Le souverain est en effet biologiste et son yacht abrite des laboratoires. Il est surnommé le prince savant.

 

Et cette musique sur les ondes constitue une belle innovation. Mais les mélodies restent très basiques. En effet, elles sont diffusées en direct par un appareil qui a l’apparence d’un piano avec une dizaine de touches. C’est une invention du baron allemand Von Lepel dont le brevet a été acheté par la Compagnie générale de radiotélégraphie. Le PSF, le piano sans fil sera vite dépassé par d’autres techniques.

Albert Ier de Monaco, un prince à l’avant-garde des sciences et des techniques

Si l’expérience de diffusion musicale réalisée depuis le yacht L’Hirondelle est restée dans l’histoire des télécommunications, elle reflète surtout la personnalité de son propriétaire.

Albert Ier de Monaco (1848-1922) n’est pas un souverain comme les autres. Passionné de sciences, explorateur et mécène, il consacre une grande partie de son règne à soutenir la recherche et les innovations techniques. Très tôt, le prince s’intéresse à l’océanographie, une discipline encore naissante à la fin du XIXe siècle.

Entre 1885 et 1915, il effectue de nombreuses campagnes scientifiques en Méditerranée, dans l’Atlantique et jusque dans les eaux polaires. Ses quatre yachts successifs, baptisés Hirondelle, Princesse Alice et Princesse Alice II, sont de véritables laboratoires flottants équipés des instruments les plus modernes de leur époque.

Cette curiosité scientifique explique sa présence à bord de l’Hirondelle lors de la traversée de l’Atlantique en 1913. Le navire n’est pas seulement un moyen de transport princier, mais une plateforme d’expérimentation. En autorisant l’installation d’un dispositif capable de diffuser de la musique par ondes radio, Albert Ier démontre une nouvelle fois son intérêt pour les progrès technologiques.

Le souverain comprend très tôt que les communications sans fil vont transformer les échanges maritimes. Quelques mois auparavant, le naufrage du Titanic a rappelé au monde entier l’importance de la radiotélégraphie pour la sécurité en mer. Dans ce contexte, l’expérience menée depuis le yacht princier ne relève pas uniquement du divertissement : elle illustre les nouvelles possibilités offertes par les ondes hertziennes.

L’épisode du « piano sans fil » s’inscrit ainsi dans une démarche plus large. Tout au long de son règne, Albert Ier encourage les découvertes scientifiques et les innovations. Il fonde à Monaco des institutions consacrées à l’étude des océans et des sciences naturelles, convaincu que le progrès scientifique doit servir le développement des sociétés.

 


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