

Et non, ce n’est pas à Saïgon, ou même à Hanoï, qu’est née la première radio d’Indochine. C’est à Haïphong (Hải Phòng), un port situé au nord du Vietnam d’aujourd’hui, qu’une société privée monte en 1928 une station de radio dans cette colonie française.
La Sindex, le petit nom de la Société industrielle d’exportation en Extrême-Orient, fournit à l’Indochine bon nombre de produits manufacturés, dont notamment des postes de réception de TSF via sa filiale Radio-Indochine. Mais pour en vendre, il faut que les colons aient une station à écouter.
La Sindex s’équipe donc d’un émetteur construit par les établissements Kraemer à Asnières et l’installe à Haiphong où elle a basé sa première agence indochinoise.
Le choix de Haiphong n’est pas dû au hasard. Principal port maritime du Tonkin, la ville constitue alors l’une des portes d’entrée de l’Indochine française. Elle concentre une importante communauté européenne, des compagnies commerciales et des infrastructures modernes qui favorisent l’installation d’une station de radiodiffusion. C’est également depuis ce port que la Sindex développe une grande partie de ses activités en Extrême-Orient.

Radio Sindex est inaugurée

Après quelques tests, Radio Sindex est inaugurée le vendredi 10 février 1928 à 20h30. Elle émet sur 87 mètres avec une puissance de 2 kw depuis le 68, avenue Paul-Bert (aujourd’hui Trần Quang Khải). Au programme, une allocution pleine d’emphase du représentant du Gouverneur général, son chef de cabinet M. Trillat. Puis, c’est au tour de Charles Olivier, secrétaire général de la Sindex de prendre la parole. Cette première émission s’achève par une Marseillaise interprétée par Lucienne Dufrenne.
Le poste de la Sindex diffuse trois fois par jour à 11h, 18h et 20h30 des informations, le cours des changes, du commerce et des valeurs, des concerts de musique européenne, annamite et chinoise. C’est Lucienne Defrenne qui a en charge la direction artistique et Maurice Leplat dirige l’orchestre et Tang Truong Trung l’ensemble annamite.

La programmation témoigne de la diversité culturelle de l’Indochine française. Aux côtés des œuvres européennes, la station diffuse également des musiques traditionnelles annamites et chinoises, offrant un programme relativement original pour l’époque. Les bulletins consacrés au commerce, aux changes et aux valeurs financières répondent quant à eux aux attentes des négociants, armateurs et entreprises installés dans le grand port de Haiphong, véritable carrefour économique du Tonkin.
L’émetteur fourni par les établissements Kraemer constitue alors un équipement moderne pour une station privée installée aussi loin de la métropole. Toutefois, les conditions de propagation des ondes en climat tropical, les interférences et le choix des longueurs d’onde rendent la réception parfois difficile. Ces contraintes techniques obligeront rapidement Radio-Sindex à modifier plusieurs fois ses fréquences et à augmenter progressivement sa puissance d’émission.
La radio change plusieurs fois de longueur d’ondes pour améliorer sa réception et passe à 3,5 kw de puissance. En septembre 1928, elle finit par se fixer sur 320 mètres (937 khz).

La station de la Sindex devient Radio-Haïphong
Le 25 novembre 1928, la station change de nom pour s’appeler Radio Haïphong. Cependant, la réception reste insatisfaisante (faible puissance, parasite, longueur d’ondes inadaptée) et se localise uniquement sur la région d’Haiphong. C’est insuffisant pour rentabiliser le poste.

Par ailleurs, la Sindex n’est pas en bonne forme financièrement (elle dépose son bilan en 1931). A l’été 1929, la station, connue également sous le nom de Radio-Indochine, la filiale de la Sindex, n’est plus sur les ondes. Un nouveau projet privé se monte à Saïgon qui rachète l’émetteur de la Sindex.

Si Radio-Sindex n’a émis que pendant une courte période, elle occupe une place importante dans l’histoire de la radiodiffusion en Asie du Sud-Est. Première station d’Indochine, elle ouvre la voie aux radios qui se développeront ensuite à Saïgon, Hanoï et dans les principales villes de la colonie, accompagnant l’essor de la TSF auprès du grand public.
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