Quand CKAC à Montréal diffusait des concerts de nuit pour l’Europe

CKAC

A l’automne 1924, CKAC, la station du quotidien La Presse et la première radio francophone d’Amérique, vient d’acquérir un émetteur de 7 kilowatts. Une puissance limitée aujourd’hui mais conséquente aux débuts de la radiodiffusion. Et dans cette période d’enthousiasme et d’expérimentation, la radio montréalaise à l’idée de diffuser des concerts de nuit quand les ondes américaines encombrent moins l’éther et que les postes européens, eux, se taisent. Il y a là une fenêtre de tir radiophonique.

Une première émission destinée à l’Europe

Le 16 novembre 1924, CKAC tente sa première émission spéciale à l’intention des auditeurs européens sur 425 mètres. A Montréal, il est minuit trente. De l’autre côté de l’Atlantique, il est cinq heures, Paris s’éveille (5h30 en fait !). Le programme mêle allocutions officielles (consul général de France, un sénateur) et musique avec l’orchestre du paquebot Paris venu de New-York pour l’occasion. Une touche d’exotisme linguistique complète le tableau avec une causerie en ido, cette langue construite qui faisait alors figure de curiosité savante.

CKAC donne rendez-vous aux auditeurs européens

Dès le 30 novembre, La Presse annonce que CKAC émettra désormais chaque premier et troisième mercredis du mois à 5h30 du matin, heure française. Et l’on demande aux auditeurs de confirmer la réception en écrivant au Petit Parisien, propriétaire du tout jeune Poste du Petit Parisien.

Mais CKAC vise également l’auditoire britannique. Le Daily Express de Londres, dont le propriétaire Lord Bravenbrook est justement canadien, s’associe à la compagnie General Radio, pour organiser la réception des concerts de nuits en provenance du Québec. Des cadeaux sont même promis aux auditeurs qui feront des rapports de réception détaillés.

Des concerts montréalais pour les auditeurs d’Europe

La Presse publie le programme : « Le programme spécial de mercredi matin comprendra une partie musicale entièrement classique, donnée par des artistes réputés de Montréal. En effet, Mme Andrée Amalou Jacquet, grand prix de harpe au Conservatoire de musique de France, fera entendre sa fameuse harpe Erard. Mlle Yvonne Lamoureux, très avantageusement connue, exécutera des soli de violoncelle ; Mlle Leslie Taylor, élève du maître Auer, le professeur de Misha Elman, rendra des soli de violon. M. Henri Prieur, le ténor canadien, chantera des compositions choisies de son répertoire et les accompagnements au piano seront par M. Georges-M. Brewer, un des meilleurs organistes et pianistes de la métropole. L’hon. Athanase David, secrétaire-provincial, a bien voulu accepter l’invitation de faire les souhaits des Canadiens-français aux Anglais. »

Une réception confirmée de l’autre côté de l’Atlantique

Début décembre, alors que l’on se demande si la station est entendu de l’autre côté de l’océan, un câblogramme (télégramme transmis par câble) du Petit Parisien confirme la bonne réception. La direction de CKAC annonce alors un nouveau concert mais cette fois-ci spécialement dédié aux lecteurs du Petit Parisien pour le mercredi 7 janvier 1925. L’événement promet d’être encore plus solennel. En effet, le baron de Vitrolles, consul général de France au Canada, y prendra la parole à l’intention de ses compatriotes, tandis que sir Campbell Stuart, rédacteur en chef du Times de Londres, s’adressera aux auditeurs des îles britanniques.

Le Québec en direct sur les ondes européennes

L’émission de janvier s’ouvre, comme les précédentes, sur les allocutions. La partie musicale réunit un quatuor formé d’Armand Gauthier, Emile Gour, J.-A. Normandin et J.-M. Maguan, accompagné au piano par Conrad Saint-Amand, qui interprète à la fois des pièces d’ensemble et des solos.

Quand l’Atlantique cesse d’être une barrière

Tout cela est très sympathique. Mais il faut relativiser. Ces émissions ne sont pas des événements populaires suivis par des centaines d’Européens. Loin de là. Les auditeurs sont peu nombreux. Ce sont des amateurs passionnés, équipés pour tenter une réception exceptionnelle. Mais leur petit nombre ne doit pas masquer l’importance de l’expérience. Car en 1924, écouter Montréal depuis Paris est encore un exploit technique. Chaque réception réussie apporte une preuve supplémentaire : l’Atlantique n’est plus une barrière infranchissable pour le son.

Note : Aujourd’hui, CKAC s’appelle Radio Circulation 730. Elle est la propriété du groupe Cogeco Média.


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