16 novembre 1937 : Radio-Luxembourg émet toute la journée sans interruption

C’était il y a 80 ans. Radio-Luxembourg franchissait une nouvelle étape en décidant d’émettre sans interruption du matin au soir. A l’époque, les stations zappent certains moments de la journée, dans la matinée et dans l’après-midi. Elles portent leurs efforts sur la matinale, l’heure de midi et la soirée. La très puissante radio du grand-duché (200 kw) émettait déjà sans interruption les samedi, dimanche et lundi. A partir du 16 novembre 1937, Radio-Luxembourg, quatre ans après sa naissance, diffuse désormais non stop tous les jours de 6 h 30 ou 7 h à minuit, 1 h selon les jours.

Radio Luxembourg

La station, bien connue pour la qualité de son orchestre symphonique, de ses émissions de théâtre et opéra, d’infos et grands reportages, de sa couverture du Tour de France, peut comme se vante sa réclame « toucher en particulier la clientèle femme, celle qui achète« . La ménagère de moins de cinquante ans… déjà.

Les radios rivales contre-attaquent… un an plus tard

Radio Cité ParisA partir du 2 octobre 1938, Radio Cité passe aux émissions sans interruption en journée. Elle fait un peu mieux que Radio-Luxembourg et l’affiche : 125 heures par semaine contre 120 heures pour le poste du grand-duché. Et se proclame le poste permanent de Paris. Une semaine après, le 10 octobre, Radio-Île-de-France, le poste de Montmartre passe aussi à la journée ininterrompue. Quelques jours plus tard, c’est au tour de Radio-37. Ce qui n’empêchera pas Radio Cité de garder son slogan…

Radio Cité Paris

En 1958, Radio Monte-Carlo peut désormais jouer dans la cour des grands

Fin 1958, Radio Monte-Carlo met le turbo. Forte d’un nouvel émetteur de 200 kw sur les pentes du Mont Agel (800 mètres d’altitude) à Fontbonne qui double sa puissance depuis septembre 1957, la station monégasque couvre désormais très bien bien le sud de la France et une bonne partie du bassin méditerranéen. RMC diffuse avec 400 kw en ondes moyennes (l’émetteur le plus puissant sur cette gamme d’ondes en Europe) et en ondes courtes.

Radio Monte-Carlo 1958

Les programmes s’étoffent

Côté programme, la radio monte en puissance. Elle diffuse déjà des émissions qui font son succès comme le Club des chansonniers, Quitte ou Double, le Rêve de votre vie ou le fameux feuilleton la Famille Duraton.
A la rentrée 1958, elle diffuse chaque semaine les spectacles de l’opéra de Monte Carlo. Elle propose le dimanche à 17 heures le Grand Music-Hall où une personnalité compose le programme. Le jeudi à 20h20, RMC invite ses auditeurs à suivre Au pays du sourire, un feuilleton avec notamment Jean Richard. Louis de Funès, Raymond Souplex et  Jean Lefèvre. Enfin, le samedi, voici Roger Pierre et Jean-Marc Thibaud avec les Potins des compères.

Il faudra attendre l’âge des transistors et 1965 pour que Radio Monte-Carlo s’invite dans la bande des quatre (avec France-Inter, Radio-Luxembourg et Europe 1) en diffusant sur ondes longues.

Radio, papier, ciné, le premier reportage français multimédia fête ses 80 ans

Aujourd’hui, les sujets de journalistes sont diffusés sur différents formats : écrit, audio, vidéo… C’est le multimédia. Mais l’idée n’est pas nouvelle. Ainsi en octobre 1937, « Le Journal se félicite d’être le premier à présenter en France une formule de reportage où l’écriture, l’image et le son se combinent de même qu’un miroir à trois faces révèle un visage sous tous ses angles, dans toute sa multiplicité d’expression.« 

Les reportages de Jean Masson (un journaliste que l’on retrouvera au micro de la BBC pendant la guerre) seront lus dans le quotidien, entendus à Radio-Luxembourg et vus au Cinéac du boulevard des Italiens à Paris. « Le cinéma touche instantanément le spectateur et le conquiert physiquement. La radio met en jeu les ressources imaginatives de l’auditeur, comme une plante magique fait naître des visions colorées. Mais c’est au texte écrit qu’il appartient d’entraîner, par sa rigueur démonstrative, l’adhésion sans réserve du lecteur, » s’enthousiasme Le Journal.

En 1936, Jean Masson avait déjà proposé des reportages sur le thème des jeunesses du monde, diffusés par le Journal et projeté au Cinéac, la salle de cinéma du quotidien. A coeur joie, le premier des reportages de Jean Masson à trois faces, concerne les scouts. Il fait l’objet d’un long article, décliné en dix reportages sur Radio-Luxembourg et d’un film à l’écran pendant plus d’un mois.

Les secrets de Paris en multimédia

Un second miroir à trois faces est réalisé en février 1938 et a pour thème les secrets de Paris. Il paraît du 16 au 25 février, est diffusé sur les ondes luxembourgeoises en cinq parties à 21h30, à l’affiche du Cinéac de la gare Saint-Lazare puis de la gare Montparnasse tous les jours de 10 h à minuit. C’est le dernier miroir à trois faces de cette très courte série. L’actualité très dense de 1938 accapare Jean Masson qui parcourt l’Europe pour  Radio-Luxembourg.

Radio-Sud-Est, la toute première radio privée sur les ondes lyonnaises

Plusieurs radios privées françaises ont été créées par des constructeurs d’émetteurs ou  de récepteurs de TSF. C’est le cas de Radiola à Paris, de Radio-Anjou à Angers ou de Radio-Nord-Ouest à Caen pour ne citer qu’elles.

Radio Sud Est à Lyon

A Lyon, c’est aussi un établissement de fabrication de postes de TSF qui est à l’origine de la première radio privée. Pour pouvoir vendre des appareils, il faut que les auditeurs puissent avoir quelque chose à écouter. Les constructeurs prennent alors les devants.

Radio-Sud-Est, chaque mardi et vendredi

Pour Lyon, il s’agit de Cheney et Martin, dont l’atelier est établi au 44, rue de Sèze. A Radio-Sud-Est à Lyonpartir de décembre 1923, ils émettent avec l’indicatif 8DN puis plus tard sous l’appellation Radio-Sud-Est, chaque mardi et vendredi en soirée vers 21 heures. Le programme consiste en un concert suivi parfois d’une causerie. La puissance est d’une centaine de watts et la longueur d’ondes de la station varie de 360 à 440 mètres. C’est surtout cette dernière longueur d’ondes qui est utilisée, c’est la plus proche de la Station radiotélégraphique de Lyon, la radio des PTT.

Au démarrage de Radio-Sud-Est, cette station publique est la seule radio lyonnaise sur les ondes mais elle ne diffuse de la musique qu’irrégulièrement et généralement en fin de matinée. En mars 1925, Radio-Lyon débarque sur les ondes. Le poste de Cheney et Martin n’a plus lieu d’être.

Radio-Sud-Est cesse ses émissions au printemps 1925.

La guerre de communiqués fait rage entre le Poste parisien et Radio-Cité

La guerre fait rage au début de l’année 1938 entre deux stations très populaires, le Poste parisien et Radio-Cité. Et pas seulement sur la grille de programmes. Les deux radios se disputent le titre de radio leader par l’intermédiaire de leur régie de publicité, Informations et Publicité (Havas) pour la radio du Petit Parisien et Publicis pour celle de Marcel Bleustein-Blanchet.

En juin 1937, Radio-Cité claironne que son nouvel émetteur d’Argenteuil et son antenne antifading est le plus puissant dans Paris. Réplique du Poste parisien dans un communiqué quelques semaines plus tard. Suite aux affirmations de Radio-Cité, « le Poste parisien a tenu à faire exécuter par un organisme officiel, une série de mesures précises qui lui permettent d’affirmer qu’aucun poste privé autre que le Poste parisien (60 kw) ne valablement se dire le plus puissant dans Paris. »

Les lettres des auditeurs épluchées

Puis, la guerre se poursuit par régies interposées. Publicis a épluché les réponses à un concours et cartographié l’origine géographiques des participants pour montrer la force en Ile-de-France et dans le Nord-Est, de Radio-Cité qui s’autoproclame « poste le plus écouté » depuis fin 1935..

Le Poste parisien réplique par un constat d’huissier. Il prend pour base le concours organisé par un hebdomadaire de TSF, Mon Programme, et démontre que la station couvre une large partie de la France. Un bon point pour attirer les annonceurs. Le Poste parisien peut s’enorgueillir d’être la radio la plus entendue quand Radio-Cité continue à affirmer être le plus écoutée.

Il y avait quoi au 22, rue Bayard avant Radio-Luxembourg puis RTL ?

RTL quittera bientôt ses locaux historiques de la rue Bayard pour s’installer à Neuilly-RTLsur-Seine face à M6. Zoom sur l’histoire de cet immeuble qui contrairement à une légende colportée par l’émission les Grosses Têtes n’a jamais hébergé un bordel nommé le Panier fleuri. Ce dernier se trouvait à Barbès. Cependant, il y  a eu à cette adresse une histoire un peu olé-olé pour l’époque, une histoire de moeurs peut-être à l’origine de la rumeur. A découvrir à la fin de cet article.

A l’été 1936, Radio-Luxembourg s’installe dans ce petit immeuble (agrandi en 1972 de plusieurs étages et d’un sous-sol supplémentaire) où se trouvent déjà Foniric, une société de production de programmes de radio clé en main et Information et publicité, la filiale d’Havas qui gère la réclame de Radio-Luxembourg, du Poste-Parisien et de Radio-Alger.

Mais qui occupait les locaux avant ?

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Eté 37 : le « poste de Rueil-Malmaison » fait ses essais

A la mi-juin, une nouvelle station fait son apparition sur les ondes déjà bienRadio-37 encombrée de la région parisienne. Il s’agit d’émissions expérimentales en attendant le démarrage d’une nouvelle radio. Le quotidien Paris-Soir a en effet racheté après quelques péripéties juridiques l’ancienne Radio-Béziers devenue Radio-Midi et obtenu le droit par décret du ministre de déplacer ces émissions du côté de Paris. Antenne et émetteurs sont installés dans les anciens établissements Belin à Rueil-Malmaison. Des émissions d’essais ont lieu tous les jours sous le nom de Poste de Rueil-Malmaison de 7h15 à 8h15, 12h15 à 13h15, 19h à 21h. Le tout sur 360,6 mètres avec une puissance de 2 kw.

Le poste de Rueil émet en pirate en juin 1936

Le Poste de Rueil avait commencé ses émissions à la mi-juin 1936. Il diffusait alors de de 12h30 à 13h30 et de 18h30 à 19h30 sur 306 mètres avec 400 w de puissance. Mais quelques jours plus tard, Paris-Soir avait dû renoncer à sa radio. Car le poste n’avait pas d’autorisation. Radio-Midi à Béziers continuait à émettre sur 209 mètres. Ce qui avait provoqué un tollé. Le ministre Robert Jardillier avait interdit d’émission les deux postes en attendant que leur différent se règle sur le terrain juridique.

La première virgule info de France

En juin 37, les émissions de la station sont légales. Le programme du poste de Rueil se compose de disques et d’informations. A 19h40, un radio-journal est diffusé. Il fait la part belle aux faits-divers, à l’image de Paris-Soir, et connaît un petit succès. Il faut dire que l’équipe est bien rodée, depuis l’automne 1936, elle diffuse son radio-journal sur les ondes de Radio-Normandie. En juillet, ce journal se fait remarquer par une innovation : chaque sujet d’actualité est séparé par une virgule jouée au piano.

Rueil-Malmaison Radio-37

Ce poste expérimental diffuse également une soirée en direct de la salle Pleyel, le 1er juillet. Il s’agit du gala en l’honneur de l’aviateur Jean Mermoz.

Il faudra attendre le 5 septembre pour que le Poste de Rueil-Malmaison devienne Radio-37, un nom inspiré par l’Expo 37 qui se déroule au même moment à Paris.

A la veille de l’été, le premier concert sponsorisé accueille le Printemps

En avril 1923, Radiola, le premier poste privé français, avait innové en proposant au Pigall’s, une boîte de Montmartre, de faire jouer son orchestre dansant en échange de citer son nom à l’antenne. Une première publicité sur les ondes de France sous la forme d’un échange de bons procédés.

Printemps avec un P majuscule

Mais pour entendre le premier programme réellement sponsorisé, il faudra attendre une année de plus. Il est diffusé le jeudi 12 juin 1924 sur Radio-Paris (ex-Radiola). Il s’agit d’un concert consacré au Printemps. Avec un P majuscule. Car il s’agit des magasins du Printemps, boulevard Hausmann, qui fêtent leur réouverture après le terrible incendie qui avait complètement ravagé l’immeuble en septembre 1921. A quelques jours de l’été, les auditeurs ont le droit à une soirée lyrique d’une heure. Et bien sûr, le nom de chaque oeuvre a un rapport avec le printemps.

On a retrouvé la « playlist », la voici :

Radio Paris

Une anecdote à l’intention des mélomanes : c’est lors de ce programme que le chanteur lyrique Lucien Fugère a chanté pour la première fois devant un micro.

Incendie du Printemps 1921
A la une du Journal, le 29 septembre 1921