Présidentielle 1965 : la rédaction de Radio-Luxembourg s’oppose aux « recommandations » de l’Etat

Pour l’élection présidentielle de 1965, la première au suffrage universel direct, une Commission nationale de contrôle est instituée pour veiller au respect du temps de parole des six candidats sur les antennes de radio et les deux chaînes de télévision de l’ORTF. Chacun a le droit à deux fois deux heures (radio+télé) entre le 19 novembre et le 4 décembre.

Lors de son installation, cette commission tout comme Alain Peyrefitte, ministre de l’information, font savoir que les candidats ne pourront pas s’exprimer directement sur les postes périphériques (Radio Monte Carlo et Radio des Vallées où l’Etat est majoritaire via la Sofirad mais aussi Radio-Luxembourg, et Europe 1) mais devront se faire représenter par un porte-parole. Les candidats pour l’ORTF, les seconds couteaux pour les radios privées. Cette « recommandation » créé des remous dans les rédactions et tout particulièrement à Radio-Luxembourg (qui deviendra RTL l’année suivante).

Radio Luxembourg 1965

La menace d’une grève

Le 19 novembre, une discussion houleuse secoue la rédaction de la rue Bayard. Une interview de l’un des candidats, Jean-Louis Tixier-Vignancour (extrême-droite), est interdite d’antenne. Les journalistes menacent alors de faire grève et certains parlent de démissionner.

Finalement, la commission décide de ne pas suivre les « recommandations » du ministre de l’information. On pourra donc entendre les voix des différents candidats (sans qu’ils ne s’adressent directement aux auditeurs), les radios privées s’engageant à respecter l’équité.

Le Grand-Duché réagit

Le président du gouvernement luxembourgeois, Pierre Werner, fait lui-même une mise au point. Il rappelle que la radio « n’interviendra pas dans une campagne électorale d’un pays étranger quel qu’il soit. Il doit donc s’abstenir de diffuser toute déclaration directe des candidats au public. D’autre part c’est un poste d’information qui doit informer ses auditeurs, et le gouvernement luxembourgeois ne fait pas d’objection de principe à ce que les discours prononcés en France, les tables rondes, les conférences de presse, voire les meetings publics auxquels assistent des reporters de Radio-Télé-Luxembourg puissent être diffusés sur les ondes, mais en respectant les règles normales d’objectivité.« 

Radio-Luxembourg gagne la bataille de l’estimation de 20 heures

Au bout du compte, c’est Radio-Luxembourg qui emporte l’élection présidentielle. La station est celle qui donne l’estimation la plus proche du résultat du second tour. A 20 heures, s’appuyant sur un échantillon d’un petite trentaine de bureaux, elle annonce 54,30 % pour le général de Gaulle et 45,70 % pour François Mitterrand. Le résultat final est 55,20 % pour le président sortant et 44,80% pour son challenger socialiste.

Première émission de Radio PTT Nord, cha ch’est quette cosse !

« Cha ch’est quette cosse« , ça c’est quelque chose ! Il y a 90 ans, la première station régionale nordiste, future Radio PTT Nord,  faisait ses premières émissions régulières sur les ondes lilloises. Le décret de décembre 26 prévoyait en effet trois stations nationales et 18 stations régionales, dont une pour le nord de la France.

Antenne de Radio PTT Nord sur l'hôtel des Postes à Lille
La première antenne sur l’Hôtel des Postes

En janvier, un pylône est installé sur la coupole de l’hôtel des postes qui domine l’angle de la rue Inkerman et de la place de la République à Lille. La radio est installée dans quatre pièces au quatrième étage, sous cette même coupole. Un modeste émetteur de 500 watts fait des essais sur 286 mètres dès le début du mois d’avril.

C’est le dimanche 3 avril que le poste du nord est mis en service par Léon Plouviet. Son équipe profite de la visite du président de la République, Gaston Doumergue, qui vient inaugurer la Foire commerciale de Lille. Les essais consistent en la retransmission des discours 13h45 à la chambre de commerce, 16h30 à l’hôtel de ville, 21 heures concert à la préfecture. Les jours suivants, des essais techniques se poursuivent et c’est le 14 avril que sont vraiment lancés des programmes.

Premier émetteur de Radio PTT Nord
La premier émetteur de Radio PTT Nord

Un concert lance Radio PTT Nord

« Ici, la station radiotéléphonique du nord de la France« . En ce 14 avril 1927, à 20 heures, cette annonce ouvre la première émission de ce qui deviendra quelques semaines plus tard Radio PTT Nord. Puis un concert est diffusé en direct de la Maison Coupleux. Ce fabricant de piano possède un auditorium dans ses locaux de la rue Esquernoise, d’où il a diffusé pendant plusieurs mois ses propres programmes sous le nom de Radio-Flandre. 18 avril, le petit poste relaie PTT Paris en soirée. Puis le lendemain toute la journée. Le 20 avril, à 21 heures un concert en direct de la Maison Coupleux est diffusé par le poste de l’Ecole Supérieure des PTT. PTT Nord relaie Paris quasiment tous les jours.

Pour démarrer véritablement ses programmes locaux, la station attend de déménager au premier étage de la Porte de Paris. Ces locaux sont mis à disposition par la municipalité à l’Association de la radiophonie du Nord, qui gère la station. Une inauguration est dans un premier temps prévue le 19 juin, à l’occasion de la Fête des PTT. Mais elle est annulée.

Inauguration de Radio PTT Nord à Lille

Le lundi 25 juillet, c’est la soirée inaugurale depuis le studio de la Porte de Paris, place Simon-Volant, organisée par l’Association de radiophonie du Nord. A 20h30, s’ouvre une soirée musicale de quinze morceaux de musique qui débute par La Marseillaise. Elle s’achève comme il se doit par l’hymne du Nord, Le Petit Quinquin.

Hector Franchomme, président de l’Association de radiophonie du Nord s’exprime en premier. « L’ idée nouvelle éclaire nos horizons. La voix humaine traverse l’espace y portant la pensée. Par le poste émetteur que nous inaugurons ce soir le Nord va parler. Il devra trouver sa place dans la grande famille française.« 

Porte de Paris à Lille

Tiens, voilà Radiolo

Pour clore ce sujet sur les premiers pas de Radio PTT Nord, soulignons le dynamisme de cette station par deux événements qu’elle organise en novembre 1927.

Le 13 novembre, la grande vedette de la radio française, Marcel Laporte, connu sous le nom Radiolo quand il officiait sur Radiola, fait les annonces d’un concert de gala. Il diffusé le soir depuis les studios de la Porte de Paris et offert par la maison Monopole.

Le 15 novembre, nouvelle soirée de gala  à L’Ecole nationale supérieure des arts et industries textiles à Roubaix. Un ténor italien est placé devant un micro à l’hôtel des postes d’Amiens. Il est accompagné par une pianiste à l’Ecole des arts. Le tout est tout retransmis par la station de l’Ecole supérieure des PTT et le poste de la Tour Eiffel !

Voici Ond’Auto, un des tout premiers autoradios français

Avant les années trente et le début de la production des autoradios par les grandes firmes de TSF comme Blaupunkt ou Telefunken, des artisans constructeurs tentent de se lancer dans ce domaine fort prometteur. La TSF à bord d’une automobile est au tout début de la radiophonie une expérience réservée aux radio amateurs qui organisent des rallyes entre spécialistes. Mais les auditeurs fortunés ne tardent pas à souhaiter profiter de la radio à bord de leur berline.

Ond’Auto, un des premiers autoradios français

Une nouveauté au salon de la TSF

Au salon de la TSF en 1926, des constructeurs de TSF présentent un poste adapté à l’automobile. On ne dit pas encore autoradio. G. Gailly et Ch. Les Enfants qui ont un atelier au 18, rue Pierret à Neuilly-sur-Seine, l’ont baptisé Ond’Auto. Le poste est installé dans le coffre du marche-pied d’une Rolls-Royce, côté chauffeur. L’alimentation électrique est assurée par la batterie du véhicule et un haut-parleur est placé à l’arrière. L’antenne est invisible et probablement cachée sur la surface du toit. Mais le succès commercial ne semble pas avoir été au rendez-vous car ces constructeurs ont sombré dans l’oubli. Dommage, ils avaient créé un premier autoradio français.

« La voix de l’Algérie française », l’insaisissable radio pirate de l’OAS

Après l’échec du putsch des généraux en avril 1961, des militaires et des pieds noirs fondent clandestinement l’Organisation Armée Secrète (OAS) pour garder l’Algérie française, alors qu’elle se dirige vers l’indépendance suite au référendum de janvier 1961. Outre ces actions terroristes, l’OAS a réussi à diffuser à de nombreuses reprises, des émissions pirates. C’est cette histoire qui nous intéresse ici.

Samedi 5 août 1961. Vers 13 heures, les câbles qui alimentent l’émetteur algérois de France V sont sabotés. Le programme local de la RTF est réduit au silence. Au même moment une émission pirate de l’OAS est entendue sur la même longueur d’ondes. les auditeurs peuvent entendre un discours du général Gardy, ancien commandant de la Légion étrangère et du putsch des généraux en avril 1961.

Ce premier coup d’éclat n’est que le début d’une très longue série d’action pour diffuser Radio France, la Voix de l’Algérie française, la station pirate de l’OAS. Emissions diverses et variées, attentats, fusillades, poursuites, brouillages, voici ci-dessous un recensement, non exhaustif, des épisodes de cette aventure.

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Le cadeau original pour la Saint-Valentin : la radio jarretière

Une radio qui s’attache à la jarretière ? Dans les années folles, on n’arrête pas le progrès.

A la fin novembre 1924, des images projetées lors des actualités cinématographiques suscitent quelques commentaires dans la presse. On y voit une jeune femme s’équipant de ce qui pourrait bien être l’ancêtre du walkman. Elle peut ainsi profiter des émissions radiophoniques tout en se baladant. Son ombrelle sert d’antenne et un fil de cuivre descend jusqu’à sa jarretière où est fixé un petit poste à galène. Il ne lui reste plus qu’à mettre un écouteur sur les oreilles.

Voici ces images tournées vraisemblablement en deux fois. Une première partie en 1921 et une seconde, devant la Tour Eiffel, non datée. Or, en 1921, il n’y a pas encore de service radiophonique au poste de la Tour Eiffel. La séquence a donc probablement été tournée pour préparer sa diffusion dans les salles françaises en 1924.

Cependant, cette invention n’a guère fait d’émules. Elle a surtout été le prétexte pour les actualités Pathé de diffuser des images légères et à quelques échotiers de la presse quotidienne  de glisser un bon mot.

« Ils ne traiteront plus la TSF par dessous la jambe »

Ainsi, « cette mode fera la joie des jolies femmes qui savent pouvoir exhiber discrètement un mollet bien modelé, en équipant le poste-jarretière », souligne Paris-Soir. « Et, auprès de celles qui viendront éprouver des satisfactions auditives, auprès de celles qui viendront pour entendre, circuleront, intéressés, ceux qui seront venus pour voir, pour regarder, pour contenter. » Et de conclure : « Ils ne traiteront plus la TSF par dessous la jambe « !

Le premier salon de la radio français a dû être prolongé

Alors que se tient le Salon de la radio, remontons le temps pour visiter le premier du genre, un salon qui avait pour nom Exposition de physique et de TSF. L’expo s’ouvre le 30 novembre 1923 au Grand Palais et doit se poursuivre jusqu’au 17 décembre. Là, de nombreux stands présentent les dernières trouvailles de la technique : appareils télégraphiques, de TSF, de radiotéléphonie, Radiotankaccumulateurs acoustiques et autres merveilles.

Au centre de l’expo, une attraction, un tank équipé d’un matériel de TSF. On n’arrête pas le progrès ! Bien sûr, des haut-parleurs retransmettent des radio-concerts, un cinéma propose des films de vulgarisation scientifique et le public peut assister à toutes sortes d’expériences sur les stands.

Salonradio3

Les appareils originaux des grands inventeurs exposés

« La partie la plus émouvante peut-être de cette exposition est la rétrospective, où les appareils originaux des grands initiateurs ont été religieusement réunis, où l’on voit la table qui servit à Ampère voisiner avec le premier phare à échelons construit par les mains de Fresnel, avec les électromètres de Curie, le premier galvanomètre d’Arsonval, l’instrument rudimentaire qui permit à Foucault de saisir dans son fol essor et d’emprisonner la vitesse de la lumière« , s’extasie le Matin. Ce premier salon a un tel succès qu’il doit être prolongé du 17 au 24 décembre ! C’était de bon augure…

Premier salon de la radio en 1923

Région par région, quelles radios écoutaient les Français en 1952 ?

A l’initiative de la RTF, l’INSEE effectue en 1952 une vaste enquête sur l’écoute radio.

Du 23 novembre au 13 décembre 1952, une centaine d’enquêteurs sont allés dans des foyers français et ont ramené plus de 4400 questionnaire remplis. Chaque personne de chaque foyer ayant été interrogée, on arrive à un échantillon de près de 20 000 Français. Tout cela est passé à la moulinette des statisticiens et nous donne une photographie très précise de l’audience radio en 1952.

La station préférée des Français est…

41% des personnes interrogées ont répondu Radio-Luxembourg comme étant leur station préférée. 25 % choisissent le Programme parisien (RTF- variétés), 9 % Paris Inter (RTF-émissions uniquement musicales depuis août 1952), 7% Radio Monte Carlo, 6% le Programme national (RTF-culturelle et informative), 3% Radio Andorre, 2% la Radio suisse romande, 1% une autre station étrangère et 6% ne se prononcent pas.

Les disparités régionales

La RTF a défini plusieurs régions pour cette enquête. Elles ne correspondent pas aux régions d’aujourd’hui. Pour s’y retrouver, voici la carte de la RTF.

Bretagne : Programme parisien (59 %), Radio-Luxembourg (36%), Radio Andorre (5%)

Normandie : Radio Luxembourg (67%), Programme parisien (13%), Programme national (5%)

Nord : Radio Luxembourg (60 %), Programme parisien (25%), Paris Inter (6%)

Est : Radio Luxembourg (69 %), Programme parisien (16%), Paris Inter (9%)

Alsace-Lorraine : Programme parisien et Radio Luxembourg à égalité (29%), Radio Suisse Romande (11%)

Région de Dijon : Radio Luxembourg (62 %), Radio Suisse Romande (11%), Programme parisien (9%)

Région de Lyon : Radio Luxembourg (37 %), Programme parisien (25%), Radio Monte Carlo (11%)

Provence : Radio Monte Carlo (37 %), Programme parisien (23%), Programme national (19%)

Languedoc : Programme parisien (32 %), Radio Monte Carlo (27%), Radio Andorre (11%)

Sud-Ouest : Programme parisien (29%), Radio Monte Carlo (17%), Radio Monte Carlo (17%) Radio Luxembourg (16%).

Région de Limoges : Programme parisien (49 %), Radio Luxembourg (18 %), Programme national (8 %)

Bassin parisien : Radio Luxembourg (77%), Programme parisien (9%), Paris Inter et Programme national (4%)

Paris : Radio Luxembourg (45%), Programme parisien (24%), Paris Inter (12%).

Les émissions préférées des Français

Les sondés devaient choisir dans une liste d’une quinzaine d’émissions. Voici le top 6 :

1–  Le Grenier de Montmartre (Programme parisien) le dimanche de 12h50 à 13h20.

2– Reine d’un jour (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le mardi de 20h à 20h45.

3– Sports et musique (Programme parisien) le dimanche de 15h à 18h30.

4– La Grande Revue Philips (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le dimanche de 20h15 à 20h45.

5– Dimanche de gala (Programme parisien) le dimanche de 20h30 à 21h30.

6– La roue tourne (Programme parisien) le lundi de 20h30 à 21h30.

6 janvier 1922 : la première radio de France passe son premier disque

On connaît la première radio française : c’est le poste de la Tour Eiffel. Mais quel est le premier disque que la station a diffusé ?

Depuis novembre 1921, le poste militaire de la Tour Eiffel (indicatif FL) fait des essais de radiodiffusion, tous les jours de 16 à 17 heures sur 2600 mètres de longueur d’ondes. La puissance est faible, 400 à 600 watts, mais les ondes sont loin d’être encombrées. Le signal porte donc très loin. Lors de ces essais, on lit des journaux, des romans et certains amateurs poussent la chansonnette ou jouent de leur instrument. Parfois, des séries de chiffres sont diffusées à des fins de vérification de la réception par des stations militaires. Régulièrement, un speaker annonce : « Allô, allô, ici le poste de la Tour Eiffel« .

Un micro devant le phonographe

En décembre, deux concerts, un pour Lille puis un autre pour Bruxelles (en présence des souverains belges) sont diffusés. Les essais se poursuivent tous les jours de 16h30 à 17 heures et le 6 janvier, la Tour Eiffel diffuse un concert depuis le bureau du commandant Julien, le directeur du poste. Un phonographe a été installé et un militaire tient un micro devant le pavillon. Ainsi, quelques disques du ténor italien Enrico Caruso sont diffusés : Madame Butterfly, Paillasse (Pagliacci). Et enfin, La Marseillaise. Ce sont les premiers disques de la radio française !

A partir du lundi 6 février, la station diffuse un bulletin météo quotidien à 16h30 suivi d’un concert. C’est la date de naissance de la radio française.

Les premières émissions de la Tour entraînent un intérêt du public qu’accompagnent immédiatement les constructeurs de TSF comme sur cette réclame du printemps 1922.Une partie de l’équipement technique du poste de la Tour Eiffel en 1922.