Les radios nationalistes en français pendant la guerre d’Espagne

Après avoir fait le point sur les radios républicaines qui diffusaient des programmes en français pendant la guerre civile espagnole, voici le même panorama, côté nationaliste. A la différence des Républicains qui sont restés très divisés sur les ondes, les Nationalistes ont unifié leur réseau à partir de l’été 1937 avec Radio Nacional de Espana basée à Salamanque.

Radio Séville

espagne-sevilleAu début du soulèvement militaire, Radio-Séville est la première radio puissante espagnole à tomber aux mains des putschistes. Elle devient donc rapidement la voix des Nationalistes. Radio-Séville se fait connaître par les allocutions extrémistes du général Queipo de Llano. Elle diffuse une émission en français deux fois par jour à 13h30 et à 20h sur 410,4 m en ondes moyennes. Du fait de sa situation géographique, la station est particulièrement bien reçue en Afrique du Nord.espagne36

Radio Salamanque

En décembre 1936, des techniciens allemands débarquent au port de Vigo et prennent la direction de Salamanque pour y installer un émetteur Telefunken de 20kw. Le général Franco peut inaugurer le 19 janvier 1937, Radio Nacional de Espana. La station émet sur 274 mètres en ondes moyennes et sur 41,5 mètres en ondes courtes. Elle diffuse en français à 21 h et 23h30.

Radio Saragosse

espagne-saragosse2Inaugurée par Franco le 19 avril 1938, Radio Saragosse diffuse sur 352,9 mètres avec une belle puissance de 30 kw, deux émissions en français, à 20 h (L’Heure française) et à 23h40 (20 minutes), chaque jour sauf le dimanche. Le programme s’ouvre par la Marche lorraine et s’achèvent « par le cri du speaker français : « Vive la France nationale ! Vive l’Espagne ! Franco ! Franco ! Franco ! Arriba Espana ! », souligne le quotidien royaliste l’Action française. Le programme de Radio-Saragosse porte sur les questions suivantes : communiqué officiel de guerre (au début de chaque émission), documentation politique, informations, radio-reportages, tourisme, analyse d’articles de presse et d’ouvragessaragosse-aout-39 d’actualité, avis et critiques des auditeurs, affaires commerciales, publicité (aux conditions avantageuses de la radio espagnole aussi bien pour les émissions françaises que pour les émissions espagnoles), placement, etc… « 

A l’automne 1938, l’émission L’Heure française est supprimée, les Franquistes voulant afficher une neutralité alors que les accords de Munich viennent d’être signés. Il ne reste qu’un bulletin d’informations à minuit. L’Heure française revient sur les ondes avant Noël.

Le speaker du programme en français, jusqu’en août 1939, s’appelle Jean Hérold-Paquis. Pendant l’Occupation, il sera une des voix de Radio-Paris (sous contrôle allemand) et sera condamné à mort à la Libération. C’est lui qui fonde l’Association des auditeurs de langue française de Radio-Saragosse, dont l’adresse est 1, place d’Espagne et qui revendique en août 1939, 22 000 membres dans une centaine de sections. Il reçoit à son micro des personnalités d’extrême-droite dont Charles Maurras, Pierre Héricourt, Léon Bailby, Robert Brasillach…

Radio Requeté

espagne-requeteLa radio des Requetés, une milice royaliste, émet depuis San Sebastian sur ondes moyennes avec 3 kw sur 238.5 mètres. Elle est bien reçue sur la côte ouest française. Ses programmes sont également retransmis sur ondes courtes (41,65 mètres). Elle ouvre ses programmes par Oriamendi, l’hymne des traditionalistes. La station diffuse en français à 13h et 18h45 pendant un quart d’heure. Cette émission s’ouvre par la Marche Lorraine et s’achève par La Royale, la marche des Camelots du Roi, les militants royalistes français.

Elle devient Radio Nacional de Espana San Sebastian le 15 août 1937.

Radio Castille

Cette radio contrôlée par les Carlistes et appelée par la presse française Radio Burgos diffuse une émission en plusieurs langues (anglais, français, allemand, italien et portugais) de 20h à 21h sur 238,5 mètres en ondes moyennes et dans la bande des 48 mètres en ondes courtes. C’est Radio Castille qui diffuse les informations officielles du camp franquiste avant que cette tâche ne revienne à Radio Nacional de Espana à l’été 1937.

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Radio Tenerife

C’est la première station à basculer du côté des Nationalistes. Le général Franco étant au moment su soulèvement de juillet 1936 gouverneur militaire des Canaries. Radio Tenerife émet en français à 20h30 et 23h30 sur ondes courtes (28,90 mètres).

Radio La Corogne

Une émission en français est diffusée de 20h à 20h15 dans la bande (très encombrée) des 40 mètres à l’automne 1936. Le poste n’est ensuite plus entendu.

Radio FET

Les stations de la Falange Española Tradicionaespagne-phalangelista, la Phalange espagnole traditionaliste, ont diffusé des programmes en français. Celle de Burgos, Radio FET 5,  propose un programme francophone sur 40,81 mètres en ondes courtes, chaque jour de 19h30 à 20 heures, à partir de l’été 1938 et jusqu’à la fin de la guerre.

Radio FET 1, basée à Valladolid, diffuse elle aussi un programme en français sur ondes courtes (42,82m) à partir de l’été 1938 de 20h à 20h30.

Les radios républicaines en français pendant la guerre d’Espagne

Espagne22En juillet 1936, un coup d’état militaire échoue en Espagne mais plonge le pays dans la guerre civile. Deux camps s’affrontent, les Républicains (loyalistes) et les Nationalistes qui l’emportent en 1939. Les stations se multiplient, chaque faction de chaque camp souhaitant faire entendre sa propre voix, le plus souvent en plusieurs langues, à destination des pays voisins mais également aux nombreux combattants étrangers venus soutenir les belligérants. La plupart de ces stations avaient des programmes en français. Voici un panomara des radios républicaines qui en diffusaient.

La Voix de l’Espagne républicaine

C’est la voix officielle du gouvernement républicain. On l’appelle aussi en France la Voix de Madrid ou même Radio-Madrid. Après le soulèvement militaire de Espagne-EAQjuillet 1936, la zone de Madrid est restée du côté loyaliste. Le gouvernement républicain continue à utiliser l’émetteur de la Voix de l’Espagne (indicatif EAQ), basé à Aranjuez à une cinquantaine de kilomètres de la capitale. A partir de septembre 1936, elle diffuse des infos en cinq langues, dont le français, de 23h30 à minuit. En 1938, la Voix de l’Espagne républicaine peut être entendue en français sur 30,43 mètres en ondes courtes tous les jours de 8 h 30 à 8 h 45 et de 21 h 20 à 21 h 40.

Madrid Union Radio

Ce poste privé (indicatif EAJ-7) qui dispose d’un émetteur de 10 kw sur 274 mètres en ondes moyennes est réquisitionné par le gouvernement républicain pendant la guerre civile. A l’automne 1936, la station diffuse des informations en français à midi et en début de soirée, vers 20 heures. Puis cette horaire change pour se fixer en seconde partie de soirée, 23 heures en été, 22 heures en hiver, ce qui est plus judicieux compte-tenu de la propagation en ondes moyennes.

Radio Barcelone

espagne55Radio Barcelone, indicatif EAJ-1, est la première radio espagnole. Cette radio privée a commencé à émettre en 1924. Pendant la guerre civile, elle passe sous l’autorité de la Généralité de Catalogne. En 1938, elle diffuse un programme en français à 22h45 réalisé par le secrétariat à la propagande, sur ondes moyennes 377,4 mètres et sur ondes courtes dans la bande des 40 mètres à 20h30. L’émission en français s’annonce alors comme Radio République. L’indicatif du poste ondes courtes est celui d’un radio amateur EA3SI. A la mi-novembre 1938, l’émission en français est diffusée sur 42 mètres et aussi en ondes moyennes sur les longueurs d’ondes de 293,5m (Radio Associacio de Catalunya) et 377,4 m (Radio Barcelona) quand les stations fusionnent leurs programmes.  L’adresse est alors au QG de l’armée républicaine à Barcelone. La radio passe aux mains des Nationalistes à la chute de Barcelone fin janvier 1939.

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Radio PSU

Espagne33Le Parti socialiste unifié de Catalogne, membre de l’Internationale communiste, dispose en septembre 1936 d’une station sur ondes courtes dont l’adresse est à l’hôtel Colon sur la place de Catalogne à Barcelone. Elle diffuse une émission en français tous les jours de 20h50 à 21h10 puis l’horaire est décalé à 20h30. On la retrouve en ondes courtes sur 42,08 mètres.  Radio PSU ouvre et ferme son antenne par l’Internationale.

Radio CNT-FAI

Le 29 août 1936, la première radio libertaire de l’histoire se lance sur les ondes. RadioRadioCNT CNT-FAI, indicatif ECN-1, c’est le poste de la Confédération nationale du travail de la Fédération anarchique ibérique. Elle est installée via Layetana à Barcelone dans le bâtiment qui abritait la confédération patronale et que les anarchistes occupent. La radio ouvre son antenne à 17 heures et la ferme à minuit par les hymnes Hijos del pueblo et A las barricadas. Les premières semaines, ECN-1 n’est entendue que sur ondes courtes, 42,88 mètres. En novembre 1936, elle s’équipe d’un émetteur en ondes moyennes, 222,55 mètres. La radio diffuse des programmes en plusieurs langues. A son démarrage, elle émet en français trois fois par semaine mais ces émissions deviennent quotidiennes de 22h à 22h30. Les autorités de Catalogne ferment la station après les évènements de mai 1937.

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Radio UGT Madrid et Barcelone

L’UGT, c’est le syndicat Unión General de Trabajadores, l’Union général des travailleurs, la CGT espagnole pour faire simple.

Madrid. Ce863 syndicat communiste lance fin juillet 1936, une radio qui diffuse en ondes courtes sur 41,6 mètres des émissions en français (20h10-20h30), anglais, allemand, polonais et hongrois. Elle programme fin 36 deux émissions en français, à midi et 20h50. Elle doit s’arrêter quelques jours le vendredi 6 novembre au soir alors que les troupes nationalistes sont aux portes de Madrid. A midi, la speakerine avait été interrompue en direct par la sirène de guerre. Au printemps 37, elle propose une émission en français tous les soirs de 20h10 à 20h30 sur 40,60 m. En 1938, une seconde émission en français est diffusée à 21h30 sur 42 m puis 30,43m.

Barcelone. Le 6 octobre 1936, le syndicat UGT démarre ses émissions à Barcelone. La radio émet sur 38,4 mètres de  18h30 à 21h et  en français de 20h à 20h30.

Postes du Parti communiste espagnol

Espagne-PCELa radio sur ondes courtes du Parti communiste espagnol basée à Madrid démarre sur ondes courtes le 31 août 1936. Radio PCE (indicatif PCE-1) diffuse en plusieurs langues (espagnol, anglais, français à 22h, allemand, italien et portugais). La Radio du parti communiste espagnol est entendue sur 40.5 mètres.

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Le Parti Communiste espagnol monte à Valence une station d’émission sur ondes courtes. Elle diffuse sur 41,87 mètres des infos en français deux fois par jour à 12h15 et 16h15 durant l’automne 1936, puis sur 41,37 mètres à 12h45 et 16h15 au printemps 1937. Son adresse est 3, place de Tetuan à Valence.

Radio POUM

C’est la station du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM). Ce parti marxiste, ni stalinien, ni trotskiste, émet depuis Barcelone sur 42 mètres à partir du 22 septembre 1936. Radio POUM, indicatif ECP-2, émet de 18h à 20h30 en plusieurs langues. A 19h20, débute une émission de 20 minutes en français animée par Emmanuel Loubier. Radio POUM diffuse aussi en espagnol, anglais, allemand (speaker Herbert Lentze), et en italien (speaker Almo Moretti). La radio change de longueur d’onde pour 38,11 m en mai 1937. Elle est interdite par les autorités de Catalogne en juin 1937 quand le parti est déclaré illégal suite notamment aux troubles de mai 1937.

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Radio Carthagène

En 1938, des communistes diffusent un programme en français depuis Carthagène à 19h30 sur 42,50 m. Ces émissions provenaient probablement de la radio de la flotte républicaine.

Quand l’ORTF lance depuis un bateau de la Marine une radio très active à Mururoa

Le 29 mai 1968 à 18 heures, une voix se fait entendre sur ondes moyennes dans le Pacifique : « Ici Radio-Mururoa, Office de Radiodiffusion et de Télévision Française, émettant sur la fréquence de 910 KHZ. Bonjour à tous.« 

Mururoa, île de l’archipel des Tuamotu en Polynésie française, abrite le Centre d’expérimentation du Pacifique. C’est là que l’armée française teste ses bombes nucléaires depuis juillet 1966. On y capte très mal Radio-Tahiti, l’atoll étant situé à 1200 km de Papeete. Un émetteur plus puissant est prévu mais en attendant, pour distraire et informer le personnel de ce site militaire, les autorités montent Radio-Mururoa.

Mururoa

MoselleLe studio et l’émetteur sont installés sur le navire de la Marine nationale la Moselle, un bâtiment-base qui ressemble plus à un petit paquebot qu’à un navire de guerre. Pour cette première émission, Jean Raynaud du service presse de la Marine nationale, interview le commandant de Mururoa, le capitaine de vaisseau Servent. Pour le reste, un bulletin d’information avec les dernières nouvelles de Paris (et des événements de mai 68) puis de la musique choisie dans une discothèque de 1300 titres suivie d’un programme sur la vie et l’oeuvre de Mozart.

Les programmes de Radio-Mururoa, animés par des marins du bâtiment Moselle, sont diffusés chaque jour  : de 6 h 30 à 7 h 30, de 13 h à 14 h, de 18 h à 19 h, de 20 h 30 à 22 h. Entre chaque programme, la station relaie Radio-Tahiti.

Comment les radios françaises ont couvert les J. O. de Berlin ?

JO-12Le 1er août 1936 s’ouvre à Berlin la XIe Olympiade. Ces Jeux olympiques sont restés dans l’histoire comme une démonstration de force de la propagande nazie. Les Allemands ont mis les moyens, notamment pour la radio, 2JO-Radio-Allemande80 micros, 10 km de câble, des nouveaux émetteurs ondes courtes à Zeesen. Toutes les stations régionales du Reich diffusent le programme de Deutschland Sender (ci-contre le détail du programme du premier jour) et sur ondes courtes des programmes olympiques clefs en mains en plusieurs langues peuvent être repris par les radios étrangères.

Les journalistes français accrédités sont au nombre de 29. Ils sont issus pour l’essentiel de la presse écrite. Mais la radio, surtout concentrée sur le Tour de France, n’est pas en reste dès que la Grande Boucle se termine le 2 août.

Du côté de la radio publique, les retransmissions de Berlin, cérémonies et radio-reportages des épreuves, sont surtout diffusés par Radio-Paris mais aussi par Paris-PTT et son réseau de stations régionales (voir le programme ci-dessous).

En ce qui concerne les radios privés, la jeune et dynamique Radio-Cité fait l’impasse sur les Jeux olympiques. Elle a beaucoup investi dans le Tour de France avec l’Intransigeant. C’est surtout le Poste parisien qui se démarque avec l’aide des journalistes du Petit Parisien et de Paris-Soir. Chaque soir à 19h30, les auditeurs du poste peuvent entendre un résumé de le journée et des reportages de Berlin. Quelques épreuves sont également commentée en direct comme l’arrivée du marathon.

Par ailleurs, Radio-Luxembourg diffuse tous les jours à partir du dimanche 2 août, 20h en semaine, 20h35 le dimanche, un résumé de la journée.

OlympiadeXI

Le cafouillage de Radio-Paris qui diffuse la cérémonie de clôture en allemand !

La cérémonie de clôture de cette XIe olympiade est retransmise le 16 août depuis Berlin en direct par Radio-Paris à partir de 21 heures. Mais surprise pour les auditeurs, c’est le commentaire en allemand qui passe à l’antenne. Point de reportage en direct en français. « Pour eux, la cérémonie de clôture des Jeux olympiques fut une succession incompréhensible de hourras, de musique chorale, de coups de canon, d’appels de clairons, de piétinements, puis de Heil Hitler, la cérémonie se terminant par des acclamations frénétiques, tandis que sonnait une grosse cloche« , souligne le journal Comoedia.

Seule, une déclaration en français est lue par le représentant de Tokyo, la ville qui doit accueillir la prochaine olympiade en 1940 (elle sera annulée). A la fin de la cérémonie, cinq minutes de blanc, le temps qu’un speaker à Paris comprenne qu’il faut reprendre l’antenne. Quelques disques sont diffusés pour meubler et revoilà la liaison avec Leipzig pour le retransmission de la Neuvième Symphonie de Beethoven. Mais le son s’avère si calamiteux que Radio-Paris doit se résoudre à cesser cette diffusion. Bref, c’est une des soirées les plus catastrophiques de la radio nationale.

Cette dernière accuse une mauvaise organisation des Allemands. L’envoyé spécial français de la radio publique avait bien commencé à parler à 18 heures en direct et tout fonctionnait bien mais la cérémonie a brusquement été retardée à 21 heures. Là, le pauvre speaker a commenté toute la cérémonie pour rien car la ligne n’avait pas été connectée. La faute à qui ? Le mystère reste entier.JO-Fin

 

Le courrier des auditeurs, c’était le « Médiamétrie » des années trente

Comment connaître la popularité et l’écoute des radios ? Vaste débat qui perdure encore aujourd’hui. A la fin des années trente, les radios privées cherchent à montrer à leurs annonceurs qu’elles sont plus écoutées que leurs rivales. Elles mettent en avant l’abondant courrier reçu lors de concours radiophoniques. Florilège :

Le Poste parisien : une enquête organisée par la revue Mon Programme classe la radio du Petit Parisien, poste préféré desSondage1 Français par 12 017 voix sur 17 010. Côté courrier, une question posée lors d’un jeu l’émission les Petits Amateurs a entraîné 23547 lettres. En une saison (17 émissions sur quatre mois), le Gala des Amateurs en rassemble 251 7693.

Radio-37 : le concours du meilleur slogan pour le spectacle sur glace la Féerie blanche reçoit 13 157 réponses.

Radio-Cité : du 15 au 31 mars, le concours du meilleurs disque publicitaire enregistre 79 139 réponses (contre 52 258 l’année précédente). A la question de savoir s’il faut arrêter la famille Duraton, 7800 auditeurs répondent. Un autre programme vedette, le crochet Sondages3radiophonique patronné par Monsavon, amène son flot de 3500 à 5000 lettres par émission. Le Meilleur Chanteur, du 1er au 15 mai 1937, reçoit 61 423 réponses.

Radio-Luxembourg : Phoscao a reçu 3 177 lettres accompagnées d’un cliché pour lePhoscao concours de la plus belle photo d’enfant après huit annonces diffusées dans l’émission féminine.

Radio-Toulouse : le concours du billet de banque au début de 1938, amène 50 500  réponses en 18 jours à la radio du sud.

Radio-Île-de-France : le concours du billet de banque, le même que celui de Radio-Toulouse, entraîne 32 000 réponses.

Si le volume de réponses est encourageant pour les marques, sa traduction en audience reste cependant hasardeuse.

Combien d’auditeurs derrière chaque réponse ?

Pour chaque lettre, les stations comptent un minimum de 160 auditeurs. Ce nombre a été évalué par l’agence de publicité JW Thompson. Elle a fait un constat lors de la diffusion d’une émission salle Pleyel dont les 2400 places étaient occupées. La moyenne des familles au concert était de trois personnes. Sur ces 800 familles, cinq ont répondu au concours lors de cette soirée. D’où cette jauge, empirique, de 160 auditeurs par lettre.

L’agence JW Thompson a tenté une autre technique pour mesurer l’audience des concerts patronnés. Elle a fait diffuser les même concerts sur trois stations (Radio-Île-de-France, Radio-Toulouse et Radio-Luxembourg avec un jeu pour susciter des lettres d’auditeurs. Les réponses sont venues à 41.4% pour Radio-Île-de-France, Radio-Luxembourg 39,4% et Radio-Toulouse 18,4%.

Un premier sondage conforte Radio-Île-de-France

IDF2Plus intéressante, cette initiative du service publicité de la grande marque de cosmétiques Tokalon. Elle a  fait remplir 200 questionnaires dans toute l’Ile de France. Le poste le plus écouté est Radio Île-de-France pour 36% des sondés, puis le Poste parisien (26%), Radio-Cité (14%), PTT-Radio (7%), Radio-Toulouse (4,5%), Radio-Paris (3%), Radio-Luxembourg (2%). Les émissions plébiscitées : Lustucru-Théâtre (Poste parisien) 32 % et le radio crochet Monsavon (Radio-Cité) 31 %.

Pas de sondages par téléphone

En juin 1938, le patron-fondateur de Radio-Cité, Marcel Bleustein, découvre aux Etats-Unis les méthodes de l’institut de sondages Gallup. Les Américains interrogent déjà les auditeurs par téléphone sur leurs préférences d’écoute (les foyers sont mieux équipés qu’en France). C’est la même technique qu’utilise aujourd’hui encore Médiamétrie pour mesurer l’audience des radios en France. Les Américains, eux, sont passés à un nouveau système de mesure beaucoup plus précis et gardent encore de nos jours une bonne longueur d’avance.

1966 : la radio et la télé viennent à la rescousse des candidats au bac

En juin 1966, les résultats du baccalauréat se révèlent catastrophiques. 31,5 % seulement des 200 000 candidats décrochent leur bachot, sésame pour accéder à l’enseignement supérieur. La suppression de l’examen probatoire qui régulait l’accès à la terminale, des programmes surchargés et des sujets très difficiles ont entraîné cette Bérézina.

Il reste cependant un espoir pour les candidats malheureux, la session de rattrapage en septembre. Pour ceux qui ont les moyens, pas de problèmes, des cours privés se proposent de les remettre à niveau pendant l’été.

RTS2Mais pour les autres, que faire ? « Des émissions de radio et de télévision destinées à faciliter la préparation des candidats à la deuxième session du baccalauréat seront diffusées du jeudi 4 août au mercredi 7 septembre inclus« , annonce début juillet le ministère de l’Education nationale.

RTSCes émissions doivent avoir lieu du lundi au vendredi pendant deux heures à la radio et une heure à la télévision. « Les émissions de radio seront diffusées tous les matins du lundi au vendredi inclus sur les antennes de France-Culture (modulation de fréquence et modulation d’amplitude), et sur celles de France-Inter (pour les seuls émetteurs de Lyon et de Rennes), de 9 h 15 à 11 h 15. Les émissions de télévision seront diffusées sur les antennes de la première chaîne tous les après-midi du lundi au vendredi inclus, de 14 heures à 15 heures. » Ces créneaux horaires sont loués par le ministère à l’ORTF (l’Office de la radio télévision française).


 

Quel résultats ?

L’expérience s’avère concluante. 42% des élèves inscrits en septembre demandent les fascicules accompagnants les émissions. « En ce qui concerne l’efficacité des émissions, un sondage portant sur 2 133 candidats utilisateurs de Radio-télé-bac fait apparaître, parmi les candidats ayant fait connaître leurs résultats, un pourcentage de reçus définitifs à la session de septembre de 64 %« , indique un communiqué de l’Education nationale. En février 1967, le ministère décide de reconduire l’opération du 31 juillet au 8 septembre (douze heures hebdomadaires à la radio et sept heures à la télévision). En 1968, l’opération n’a pas été reconduite. Inutile de vous expliquer pourquoi…

La Voix de la France, la radio coloniale sur ondes courtes du régime de Vichy

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Au cours des premiers mois de 1941, le Gouvernement de Vichy, inquiet des ralliements de colonies à la France libre, souhaite mettre en place un service de radiodiffusion pour l’Empire. L’Etat français a déjà perdu le contrôle de l’Afrique équatoriale française, du Tchad, des Etablissements français de l’Océanie, des comptoirs de l’Inde, de la Nouvelle Calédonie et en juin, les Britanniques et les Français libres ont libéré le Liban et la Syrie.

Après des premiers tests début août, composés d’infos en français et de musique non-stop, c’est le 17 août 1941 que le gouvernement de Vichy, après avoir eu l’autorisation des autorités allemandes, inaugrue sur les ondes courtes son service extérieur dénommé La Voix de la France. La rédaction de la radio est tout d’abord logée dans une petite pièce du quatrième étage de l’hôtel britannique (eh oui, drôle d’adresse pour une radio anglophobe), siège du ministère des Colonies. Elle s’installera plus tard dans deux pièces du Cécil-Hôtel, 13 boulevard de Russie, c’est à dire au siège de la Radiodiffusion nationale, à proximité immédiate de l’hôtel du Parc, le coeur du pouvoir. Le studio est aménagé dans un coin (une portion du couloir du deuxième balcon) du casino de Vichy puis le signal est transmis à la station ondes courtes d’Allouis près de Vierzon en zone occupée.


 

Qui la dirige ?

La création de ce programme international de la radio de Vichy est confiée à Albert Demaison assisté d’Albert Perche. A partir du 21 avril 1942, c’est Léon Broussard, ancien journaliste de la presse quotidienne nationale (L’Intransigeant, Paris-Soir et surtout le Petit Journal) qui prend la suite d’André Demaison quand ce dernier est nommé directeur de la Radiodiffusion nationale.

Quels sont ses programmes ?

La grille des programmes puise dans les émissions de la Radiodiffusion nationale et inversement certaines émissions de La Voix de la France sont reprises sur le réseau de Vichy comme Guerre et diplomatie de Léon Boussard. On y trouve donc :  Au fil des jours, la vie à Paris, une rubrique mode, les revues de presse française et étrangère, des infos culturelles et sportives, une rubrique littéraire (Pierre Humbourg).

Elle a aussi des émissions spécifiques comme La France est toujours vivante (Léon Boussard) ou la chronique hebdomadaire pour les francophones de l’Amérique du Nord (Firmin Roze). Le programme musical est puisé dans les disques du Poste parisien car la discothèque de la radio privée sabordée en juin 1940 a été repliée sur Vichy. En 1943, un reporter de la Radiodiffusion nationale, Pierre Beauvois, prend en charge la direction artistique de la station. Paulette Tossa est la principale animatrice des émissions en français.

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A gauche, M. Diop, ingénieur de prise de son. Au centre, Pierre Beauvois, directeur artistique et Jacques Lesgards, opérateur. En haut à droite, Paulette Tossa en compagnie de Pierre Humbourg. A droite en bas, M. Rasolonbraide, speaker malgache.

En quelles langues ?

La Voix de la France diffuse en français, en annamite (vietnamien), malgache et wolof (Sénégal, Mauritanie). Elle émet également en anglais, en espagnol, en roumain (trois fois par semaine), en portugais (à partir d’octobre 1941).

Quand émet-elle ?

A ses débuts, la station diffuse 8 heures par jour. Le 1er février 1942, La Voix de la France est sur les ondes seize heures par jour  avec 21 émissions, le double que précédemment. Fin 1943, La Voix de la France émet 18 heures par jour sur quatre longueurs d’ondes. La Voix de la France devient aphone quand les Allemands dynamitent les émetteurs d’Allouis lors de leur retraite le 17 août 1944.

Les messages familiaux, vitrine de la station

Début septembre 1941, le poste propose aux Français qui ont des parents dans les colonies ou à l’étranger, de diffuser leurs messages. « Il conviendra d’adresser les communications à M. André Demaison, la Voix de la France, ministère des colonies; les messages ne devront pas dépasser 15 mots en totalité« , souligne un communiqué de Vichy. La radio ondes courtes réalise aussi parfois des émissions spéciales. Comme durant l’hiver 1941, pour les marins retenus en Turquie. Suite à leur évacuation de Beyrouth, quand les Britanniques et les Français libres ont pris la ville, desVdF-77-1 marins se sont retrouvés à Erdek, un port de Turquie. Tous les samedis, une émission spéciale leur est destinée. Une autre s’adresse à partir de mars 1942 à l’Afrique du Sud « aux Français évadés des territoires dissidents ou dont les navires ont été capturés par la flotte anglaise« . Un premier bilan établi par Vichy fait état de 1000 messages pour l’Indochine, 750 pour la Syrie et le Liban, 600 pour l’Afrique équatoriale française, 500 pour les Antilles, 300 pour l’Afrique du Sud.

En 1942, les messages des familles continuent d’être diffusés. Ils sont plus longs, ce n’est plus quinze mots mais le double. Ils restent cependant contingentés. Ils ne sont pas autorisés pour l’Europe et l’Amérique du Nord. Fin 1942, c’est un message par mois pour l’Extrême-Orient, l’Afrique et Madagascar. Deux pour le Proche-Orient, les Antilles, les Amériques centrale et du Sud. Les messages ne sont plus autorisés pour l’Afrique du Nord où les Alliés ont débarqué début novembre. Le 11 janvier 1943, le couperet tombe : « La direction de la Radiodiffusion nationale porte à la connaissance du public que la Voix de la France n’est plus en mesure de transmettre les messages familiaux à destination de l’Empire et de l’étranger« . Il faut dire que l’Empire Vichy s’est réduit comme peau de chagrin suite au débarquement des Américains en Afrique du Nord, suivi du ralliement de l’Afrique occidentale française.

 

La radio de Vichy annonce un évènement, trois ans avant qu’il ne se produise

Lors de son bulletin d’informations du 28 mars 1942, la Radiodiffusion nationale à Vichy, citant un message de Tokyo, annonce que le leader hindou Subhas Chandra Bose est mort dans un accident d’avion au large du Japon alors qu’il se rendait à une conférence Subhas Chandra Bosenippo-indienne. C’est une boulette mais qui est reprise par l’agence Reuters et qui amène même Gandhi à envoyer un télégramme de condoléance à la mère de Subhas Chandra Bose. Certes, une dépêche japonaise a annoncé que quatre nationalistes hindous sont décédés dans un crash aérien mais pas le chef nationaliste passé du côté des forces de l’Axe.

Radio-Paris dément en annonçant que le leader nationaliste a parlé sur sa radio clandestine (lire ci-dessous). L’affaire tombe ensuite dans les oubliettes. Jusqu’en août 1945, quand on apprend que Subhas Chandra Bose est mort dans un accident au large de Taiwan alors qu’il faisait route vers Tokyo. La boulette de la Radiodiffusion nationale aura été prophétique.

Cette anecdote nous donne l’occasion d’évoquer les radios clandestines des nationalistes indiens mises en place avec le soutien des nazis et des Japonais. En prônant la résistance armée, Subhas Chandra Bose s’oppose à Gandhi, partisan de la non-violence. Il rejoint les forces de l’Axe pour mettre en place une armée indienne. Il a besoin pour cela d’instruments de propagande.

Azad Hind Radio (Radio Inde libre) démarre ses émissions sur ondes courtes en janvier 1942. Elle diffuse quotidiennement un programme de deux heures depuis deux émetteurs,Flag_Azad_Hind l’un en Bohême, l’autre en Hollande, deux pays occupés par les Allemands. Les programmes consistent en infos, commentaires, interviews en plusieurs langues parlées sur le sous-continent indien et en anglais. Plus tard, Azad Hind Radio est relayée depuis un émetteur de Singapour (occupé par les Japonais) et un second à Saïgon (colonie fidèle à Vichy et sous tutelle japonaise).

Subhas Chandra Bose bénéficie également de deux autres radios clandestines diffusées par les Allemands. Azad Moslem Radio émet un quart d’heure chaque jour en hindi à destination des musulmans qui seraient tenter de suivre Jinnah qui souhaite un état séparé (le futur Pakistan). Elle a pour but de rallier les musulmans à l’idée d’une Inde unie. National Congress Radio diffuse à partir d’août 1942 en quatre langues durant 40 minutes. Elle fait à sa façon la promotion du Quit India Movement, l’appel de Gandhi pour l’indépendance de l’Inde.  Le nom de la station se confond d’ailleurs avec celui de Congress Radio, la vraie radio pirate du Quit India Movement. C’est une technique de propagande très utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais ces deux dernières radios n’ont eu que peu de retentissement.

Ces trois stations étaient diffusées sur les mêmes longueurs d’ondes, 9 550 et 11 470 khz.