Un incendie accidentel ravage Radio Toulouse, ce qui l’arrange finalement

Incendie Radio Toulouse

C’est une soirée entièrement musicale que propose à ses auditeurs Radio Toulouse (385,1 m – 779 kc) ce 5 avril 1933. A 20 heures, ils ont pu entendre des extraits d’opéras comiques, un quart d’heure plus tard des airs viennois et à 20h45 des chansonnettes. Le clou de la soirée, c’est un concert programmé à 21 heures avec les musiciens de la société La Toulousaine qui doivent interpréter des morceaux du folklore local. Mais un problème technique survient. L’amplificateur du micro de la grande salle où doivent jouer les 70 musiciens de la Toulousaine tombe en panne et le concert doit être retardé. Le chef électricien, M. Causse, cherche en vain à résoudre le problème et vers 22h30, il faut se résoudre à annuler ce concert.

Radio-Toulouse sur le plateau de Balma
La villa Schmidt et les antennes de Radio-Toulouse.

Un immense brasier

Vers 22h40, les musiciens “étaient à peine dehors et M. Causse venait de téléphoner pour prévenir les auditeurs, que M. Durand, venu sur le bord de la terrasse de la villa, aperçut une lueur se reflétant dans les arbres. Il se précipita et aperçut des flammes vers la salle des machines“, rapporte l’Express du Midi. Malgré l’arrivée rapide des pompiers, la Villa Schmidt, louée par la Radiophonie du Midi rue Monié dans le quartier de Balma, est un immense brasier. Les soldats du feu déploient trois lances et empêchent l’incendie de se propager à la villa mitoyenne des Tourterelles “et aux locaux d’habitation du chef de poste“, souligne La Dépêche.

Le feu, qui avait pris naissance près du grand studio, avait eu dans le calfeutrage matelassé en crin, un aliment de propagation rapide et en moins d’une demi-heure, les 60 mètres de façade sur 9 mètres de large, étaient en flamme“, poursuit l’Express du Midi. “Il ne reste que des murs noircis, des décombres et quelques poutres rongées par les flammes, observe La Dépêche. L’auditorium n’est plus qu’une enceinte ouverte à tous les vents et encombrée de débris. La salle des machines a pu être cependant être sauvegardée en grande partie mais on ne peut encore savoir ce qui sera réutilisable.” Quasiment rien finalement. “Les circuits émetteurs, condensateurs, résistances, selfs, etc., ont, de minuit à huit heures du matin été inondés par le jet de trois puissantes lances à incendie“, se désole le magazine spécialisé L’Antenne.

Un mégot oublié ?

Une information judiciaire est ouverte pour déterminer les causes du sinistre. Un juge et des représentants des PTT viennent sur les lieux. Deux témoins, dont le chef électricien, expliquent que le feu a pris naissance dans le grand auditorium, au bas du mur à droite et à peu de distance de la porte d’entrée. Une observation qui va dans le sens de la négligence d’un fumeur qui aura jeté son mégot alors que la thèse d’une malveillance est écartée. Mais les enquêteurs décident de poursuivre jusqu’au bout leurs investigations, histoire de ne rien négliger.

Un nouveau site d’émission attend depuis un an

Car depuis un an, Radio Toulouse dispose d’un nouveau site d’émission situé à une trentaine de kilomètres à Saint-Agnan dans le Tarn qui attend désespérément une autorisation officielle pour démarrer et diffuser avec 60 kw de puissance. Cette histoire d’incendie ne tomberait-elle pas à pic ? Le 31 mai 1932, ce nouvel émetteur a été autorisé à procéder à des essais la nuit à partir de minuit.

Une autorisation renouvelée tous les mois depuis lors mais jamais entérinée comme c’est le cas pour Radio-Paris et le Poste Parisien, deux radios privées qui ont quitté la capitale pour pouvoir émettre plus confortablement en banlieue. On peut aussi soupçonner l’administration des PTT, déjà propriétaire du poste de Toulouse-Pyrénées de monter peu d’empressement. La tension entre les deux stations a souvent été grande.

Radio-Toulouse finalement autorisée mais à une condition

Après des votes de soutien des différents conseils généraux du sud-ouest, de pétitions pour aider la centaine de personnes que l’incendie a mis au chômage, d’articles révoltés dans la presse spécialisée, l’émetteur de Saint-Agnan est finalement autorisé. Le 1er juillet 1933, un décret du président de la République, Albert Lebrun, permet enfin le retour de Radio Toulouse sur les ondes.

Mais l’administration n’a pas dit son dernier mot car la station de la Radiophonie du Midi doit conserver la puissance qu’elle avait à Balma (ce sera 8 kw). Et à peine les émissions de retour sur les ondes le 8 juillet, elles doivent de nouveau s’arrêter quelques jours pour permettre la visite d’une commission de contrôle. Bref, ce n’est que le 24 juillet que tout rentre dans l’ordre et Radio Toulouse peut émettre tous les jours en élargissant les plages horaires de ses programmes. Avec notamment une heure de concert le matin entre 8 et 9 heures. Voici par exemple, le programme du mardi 9 août 1933 (avec le programme pour l’Afrique du nord).

Un an plus tard, le 7 mai 1934, à la faveur d’un changement de longueur d’ondes (328,6 m – 913 kc), Radio Toulouse met la gomme à 60 kw. Toulouse-Pyrénées (386,6 m – 776 kc), le poste des PTT, prévoit de passer de 2 à 120 kw !

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