En 1929, Radio-Toulouse expérimente la comparaison entre le direct et le disque

En février 1929, le quotidien toulousain Le Télégramme rapporte une expérience radiophonique particulièrement révélatrice des enjeux techniques et artistiques de la radio des années 1920. À une époque où la diffusion en direct et la reproduction phonographique coexistent encore difficilement, Radio-Toulouse propose à ses auditeurs une soirée expérimentale destinée à comparer, à l’antenne, le son du direct et celui du disque.

Une soirée exceptionnelle autour de Ninon Vallin

L’initiative est rendue possible par la présence à Toulouse de la célèbre cantatrice Ninon Vallin, figure majeure de l’opéra français et international. Radio-Toulouse organise alors une soirée exceptionnelle réunissant l’orchestre complet du Théâtre du Capitole (pas moins de 54 musiciens) placés sous la direction de M. Waersegers, premier chef de l’institution.

Le protocole inédit : direct contre disque

Dans le grand auditorium de la station, l’orchestre interprète plusieurs extraits des opéras Louise de Gustave Charpentier et Werther de Jules Massenet, chantés par Ninon Vallin elle-même. L’originalité de l’expérience tient à son protocole : après chaque interprétation en direct, le même passage est immédiatement rediffusé à partir d’un disque, enregistré plusieurs semaines auparavant par la cantatrice.

Les auditeurs sont ainsi placés dans des conditions idéales pour comparer la diffusion en direct d’un grand ensemble orchestral et la reproduction mécanique du son, avec les mêmes artistes et le même répertoire. L’expérience suscite un vif intérêt, comme en témoigne l’« énorme correspondance » reçue par la station à la suite de l’émission.

Ce que révèle l’expérience

Les conclusions tirées de ces retours sont nuancées. Oui, une différence existe entre l’émission directe – qualifiée avec humour par le speaker d’interprétation par des artistes « en chair et en os » et la reproduction par disque. Mais cette différence apparaît finalement légère aux oreilles de nombreux auditeurs. Lors d’un dernier test, mené sans indiquer s’il s’agissait d’un direct ou d’un enregistrement, les avis divergent, preuve que la distinction n’est pas toujours évidente à percevoir.

L’expérience permet néanmoins de dégager un constat technique important : le direct devant le microphone offre une sonorité plus ample et plus vivante que le disque. Toutefois, l’article souligne aussi que des disques bien utilisés peuvent fournir des résultats très supérieurs à ceux obtenus avec de petits orchestres de fortune, souvent limités à trois ou quatre musiciens, fréquents à l’époque dans les studios radiophoniques.


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