Lorsque le Parizer Zeitung, en ce 30 octobre 1941, annonce que la propagande antigaulliste va recevoir un « renforcement décisif », l’information passe presque inaperçue. Le journal est certes parisien mais en langue allemande. Elle est pourtant capitale. Le régime de Vichy s’apprête à mettre à disposition des autorités allemandes le plus puissant émetteur de la zone non occupée : Radio-Toulouse. Aux commandes de la nouvelle émission, Alex Delpeyroux, ancien collaborateur du Jour et de l’Écho de Paris, recruté pour orchestrer l’opération. Les essais commencent le 25 novembre sur 328,20 m.
Un faux poste clandestin
Les débuts de Radio-Révolution ressemblent à une mise en scène savamment floue et plutôt réussie car des journaux collabos s’y sont laisser prendre. Le poste se présente comme quasi clandestin. Il faut faire comme si cette station squattait l’onde de Radio Toulouse alors que la modulation arrive dans la ville rose par câble. Il n’y pas d’heure de démarrage fixe ; les émissions ont lieu tous les deux ou trois jours. Les animateurs sont anonymes et adoptent un ton volontairement naturel, décontracté, en rupture totale avec la solennité pompeuse de la Radio nationale à Vichy.
Cette ambiguïté n’a rien d’un accident. Il s’agit de créer l’illusion d’un poste indépendant, alors que le programme relève en réalité du ministère de l’Information.
Stabilisation début 1942 : un rendez-vous quotidien
À partir de janvier 1942, la mécanique s’installe. À 20 h 45, l’indicatif résonne. Il s’agit de la chanson de marins Le Trente-et-un du mois d’août dont les paroles comportent le fameux « Et merde pour le roi d’Angleterre qui nous a déclaré la guerre ! » Le style se veut pêchu, incisif. L’objectif est clair : vilipender les anciens dirigeants républicains ; accuser francs-maçons et Juifs ; dénigrer les Britanniques et les Américains ; servir la Milice, le Parti populaire français, les collaborationnistes parisiens.
Le journal France, basé à Londres, résume la situation sans détour : Radio-Révolution diffuse « les thèmes favoris de la Propagande, de la Milice, du PPF… en un mot, de tous les groupes hostiles à la République et aux Alliés ».
L’erreur technique qui trahit le secret
Le 22 mai 1942, un incident fait sourire la Résistance. Le Franc-Tireur, journal clandestin, révèle qu’au cours d’une émission, on a entendu « l’heure de l’Observatoire ». Le masque tombe. Le poste dit « indépendant » n’est autre qu’une émanation du ministère de l’Information du gouvernement de Vichy.
Les speakers sont nommés : Delpeyroux, Marius Alix, Barbier. Le tout gravite autour du Casino de Vichy, centre nerveux de la Radiodiffusion nationale.
L’enthousiasme de l’extrême-droite parisienne
Pendant que la presse clandestine s’en amuse, la presse collaborationniste applaudit.
Dans le journal Je Suis Partout, Radio-Révolution devient « l’émission éclatante » qui manquait à la propagande. Le ton est admiratif : argumentation « impeccable », ironie « cruelle », slogans « admirables ». Le chroniqueur regrette que le programme reste trop discret, trop « clandestin », avant de saluer son succès grandissant.
Seule frustration : en juillet 1943, le même journal se lamente de ne pouvoir capter l’émission à Paris.

La montée en puissance via les ondes courtes (juin 1942)
En juin 1942, La Liberté du Sud-Ouest détaille une nouvelle phase. Après six mois d’antenne, le programme atteint une audience fidèle. Dans leurs rapports, les préfets le relève : « Les émissions du poste Radio-Révolution sont de plus en plus suivies« .
Signe de ce succès : dès juin 1942, Radio-Révolution s’étend aux ondes courtes.
On peut désormais l’écouter tous les jours, de 20h45 à 21h15, sur : 31,19 m, 41,38 m, 49,26 m.
Les émissions sur ondes moyennes continuent, mais l’auditoire se renforce.
Les voix derrière le micro
Les voix de Radio-Révolution forment un véritable panorama de la collaboration intellectuelle :
- Alex Delpeyroux, figure centrale et ancien rédacteur en chef du Jour.
- Marius Alix, journaliste du Petit Journal, futur fugitif à Sigmaringen puis réfugié dans un couvent en Italie, arrêté en 1950.
- Jean Fursac, voix régulière à l’antenne.
- Cecil Saint-Laurent, plume littéraire associée.
- Léon Gaultier, jeune juriste brillant, secrétaire au ministère de l’Information, auteur d’éditoriaux quotidiens et de violentes attaques contre les Alliés, avant de rejoindre la Waffen-SS où il sera blessé sur le front russe. Après guerre, la chute est brutale. Le 4 février 1946, Le Berry Républicain annonce la condamnation de Gaultier à 10 ans de travaux forcés.
La galaxie élargie avec le journal France-Révolution
À partir du 1er mai 1942, l’univers de Radio-Révolution se prolonge sur papier avec le journal France-Révolution. On y retrouve les signatures de : Fursac, Sautonnier, Prévost, Batisti, Pianotin, Daix, Bardier, Philibert Géraud, Georges Suarez.
Une arme radiophonique au service de la Collaboration
Malgré ses airs d’initiative spontanée, Radio-Révolution est pleinement intégré au dispositif officiel. Le journal France, basé à Londres, le souligne en 1944. Ce poste bénéficie naturellement des faveurs du gouvernement, et Pierre Laval n’en ignore rien.
Au terme de son évolution, Radio-Révolution apparaît comme l’une des expériences médiatiques les plus agressives du régime. Créée dans l’ambiguïté, structurée à partir de 1942, elle occupe une position singulière : assez « indépendante » pour diffuser une propagande plus brutale que la Radiodiffusion nationale.
Elle constitue le pendant radiophonique de la presse ultra-collaborationniste, un espace où s’échangent attaques contre Londres, haine envers la République, les Juifs et slogans du PPF. Radio Révolution reste un des rares succès du régime de Vichy en terme de propagande.
L’histoire retiendra son rôle : celui d’un poste conçu pour diviser, pourfendre les Forces françaises libres et dynamiser la propagande d’un régime en quête d’adhésion. Une voix parallèle portée par une cohorte de journalistes collaborationnistes dont, après 1944, beaucoup devront répondre devant la justice.


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