En 1938, une mystérieuse Radio National agite la presse française

Radio Saragosse
Les antennes de Radio Saragosse.

Fin mars 1938, la presse parisienne s’enflamme. Un mystérieux poste se fait entendre sur 250 mètres depuis le 27 mars entre Radio-Cité et Radio-Île-de-France. « Une voix, sans accent, annonce : Ici, Radio-National-France. Puis on entend de fausses nouvelles relatives à la guerre d’Espagne ; ensuite, une causerie qui, dimanche matin, fut violemment antisémite, s’inquiète L’OEuvre. Hier, répétant la manœuvre, ce furent, en termes inadmissibles, des insultes à l’égard du président du Conseil. »

Radio NationalCette émission est diffusée durant un quart d’heure à 13h15. Vers minuit, dans la bande des 25 mètres sur ondes courtes, le même type de programme est entendu. Beaucoup pensent à un poste clandestin installé dans la région parisienne.

Radio Saragosse

Mais très vite, le voile se lève, grâce notamment à la presse de gauche : « Les services techniques des PTT, alertés, ont pu établir d’une façon incontestable que ce nouveau poste… français était en réalité Radio-Salamanque, appartenant aux rebelles espagnols qui, dissimulant son identité se livrait à ces intolérables attaques », lit-on dans Le Populaire. Le 31 mars, le poste arrête ces émissions.

Il s’agissait en fait très probablement des essais de l’émetteur de 30 kw de Radio-Saragosse, inaugurée le 19 avril par le général Franco. C’est cette station qui diffusera l’émission L’Heure française dont un des slogans sera « Vive la France nationale ».

La police des ondes prise en défaut

L’affaire aura surtout permis de mettre en évidence le manque de moyens des autorités françaises pour surveiller les ondes en cette période de bruits de bottes et de crise internationale. Le fort de Bicêtre abrite la station d’écoute des PTT qui traque les émissions non autorisées. « Le matériel est assez moderne, certes, mais quatre personnes seulement sont occupées à cette surveillance des ondes courtes. Ils ne sauraient y suffire« , constate Le Journal. Par ailleurs, le réseau goniomiétrique des trois forts, Romainville, Montrouge et Mont-Valérien, a été fermé en 1937.

Fort de Bicêtre
Le poste d’écoute du fort de Bicêtre.

Il existe cependant une section à la Sûreté nationale qui dispose du personnel mais pas du matériel. « Il n’y a pas plus de trois jours que nous avons été saisis de cette affaire d’émetteurs clandestins, déclare à la presse M. Moitessier, directeur général de la Sûreté nationale. Nous ne pouvons rien en dire encore. Nos appareils pour la détection des émetteurs sur ondes courtes sont d’ailleurs en cours de modernisation. D’ici quelques semaines, ils pourront fonctionner et nous donneront alors pleine satisfaction. » L’affaire aura au moins permis d’alerter les autorités sur ce point faible alors qu’à l’approche du conflit mondial, les postes clandestins vont se multiplier.

 

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