C’est sur fond de polémique que naît le 21 février 1954 la première station de télévision d’Afrique et de toute l’Union française. La presse locale, inquiète pour ses parts du marché publicitaire, est vent debout contre ce projet autorisé dès 1950 par la Résidence générale (les représentants français du protectorat) et en 1951 par le sultan du Maroc. La Télévision marocaine, baptisée Telma, a dû avancer de quelques semaines son lancement prévu initialement en mars. Elle n’émet alors que sur la ville de Casablanca, trois heures par jour dont une partie en arabe. Son principal actionnaire est la Compagnie des compteurs de Montrouge, pionnière dans le développement technique de la télévision en France. On trouve par ailleurs dans le tour de table, Publicis, Gaumont, Suez, Gaz Lebon…

Le studio et l’émetteur sont situés à Aïn Chock au sud de la cité (4 kw). Le cahier des charges prévoit que Telma ouvre un deuxième émetteur à Rabat (ce sera le cas le 1er septembre 1954) puis dans les dix ans à Fès et à Meknès. C’est Line Renaud et sa revue qui animent la première soirée de gala du lancement de la chaîne le 4 mars. Telma diffuse des émissions de variétés et beaucoup de films en français ou en arabe. La direction est assurée par Georges de Caunes, qui présente également les infos. Il a été recruté par Marcel Bleustein-Blanchet, le patron de Publicis qui gère la partie publicitaire.

Telma a vu trop grand
Au bout d’un an de fonctionnement, les pertes sont beaucoup plus importantes que celles prévues. Telma a vu grand pour ses programmes fort onéreux et les recettes publicitaires ne suivent pas. De même que la part de la taxe de vente des téléviseurs qu’elle perçoit. De plus, la situation politique se détériore alors que les Marocains s’impatientent d’obtenir leur indépendance. La Telma accuse un « boycottage antifrançais » d’avoir aggravé ses difficultés. « L’instabilité politique et le climat d’attentats créèrent dans la population européenne un malaise qui ne tarda pas à ralentir les ventes de récepteurs« , souligne un rapport de la chaîne.
Ecran noir pour la télévision marocaine
Le 20 mai 1955, le speaker Tommy Bourdelle annonce à l’antenne la fin des émissions. Puis, un communiqué de la station annonce la suspension des émissions. Elle ne les reprendra pas.
Dans ce communiqué, la direction annonce que des négociations sont en cours avec le gouvernement français, mais qu’aucune date de reprise ne peut être donnée, laissant planer le doute sur l’avenir même de la télévision au Maroc.
Des récepteurs devenus inutiles
Cette décision provoque un choc chez les téléspectateurs et les importateurs de téléviseurs. Environ 3000 foyers ont acheté des postes, souvent à crédit, convaincus que la télévision bénéficiait d’une garantie implicite de l’État, puisque les PTT percevaient une taxe d’installation et une redevance annuelle. L’arrêt des émissions rend ces appareils inutiles, ce qui entraîne des refus de paiement, des retours de matériel et de nombreux conflits commerciaux.
Les importateurs sont lourdement pénalisés : ils doivent faire face à des stocks invendables et à des clients insolvables, sans pouvoir récupérer leurs pertes. La direction de la télévision estime que l’administration française, et en particulier les PTT, porte une responsabilité pour avoir cautionné de fait l’existence de TELMA en encaissant les taxes.
Les actionnaires cherchent des acheteurs mais en vain. La société est mise en liquidation en janvier 1957.

La RTM prend sa place
Le 3 mars 1962, la télévision du Royaume du Maroc débute ses émissions après avoir racheté en 1960 les installations de la Telma et grâce à l’aide technique de la France qui remet en état l’émetteur de Casablanca, change le standard à 625 lignes et en fournit deux autres de 1 et 0,5 kw. L’Italie prête de son côté un émetteur de 0,2 kw.
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