La guerre de communiqués fait rage entre le Poste parisien et Radio-Cité

La guerre fait rage au début de l’année 1938 entre deux stations très populaires, le Poste parisien et Radio-Cité. Et pas seulement sur la grille de programmes. Les deux radios se disputent le titre de radio leader par l’intermédiaire de leur régie de publicité, Informations et Publicité (Havas) pour la radio du Petit Parisien et Publicis pour celle de Marcel Bleustein-Blanchet.

En juin 1937, Radio-Cité claironne que son nouvel émetteur d’Argenteuil et son antenne antifading est le plus puissant dans Paris. Réplique du Poste parisien dans un communiqué quelques semaines plus tard. Suite aux affirmations de Radio-Cité, « le Poste parisien a tenu à faire exécuter par un organisme officiel, une série de mesures précises qui lui permettent d’affirmer qu’aucun poste privé autre que le Poste parisien (60 kw) ne valablement se dire le plus puissant dans Paris. »

Les lettres des auditeurs épluchées

Puis, la guerre se poursuit par régies interposées. Publicis a épluché les réponses à un concours et cartographié l’origine géographiques des participants pour montrer la force en Ile-de-France et dans le Nord-Est, de Radio-Cité qui s’autoproclame « poste le plus écouté » depuis fin 1935..

Le Poste parisien réplique par un constat d’huissier. Il prend pour base le concours organisé par un hebdomadaire de TSF, Mon Programme, et démontre que la station couvre une large partie de la France. Un bon point pour attirer les annonceurs. Le Poste parisien peut s’enorgueillir d’être la radio la plus entendue quand Radio-Cité continue à affirmer être le plus écoutée.

Le Poste du Petit Parisien improvise un premier camion de reportage

Le 11 novembre 1926, le quotidien Le Petit Parisien organise la première édition du Grand Prix de l’Armistice, une course de marche athlétique qui regroupe sur la ligne de départs une soixantaine de concurrents dont une moitié d’anciens combattants de 14-18. La course part de la forêt de Rethondes près de Compiègne, où fut signé l’Armistice le 11 novembre 1918 pour rejoindre la place de la Concorde à Paris. Le journal dispose de sa propre station de radio, le Poste du Petit Parisien, dans ses locaux de la rue d’Enghien.

petitparisien

Pour informer de la progression de la course, le quotidien met les moyens. Un récepteur relié à un haut-parleur installé sur le ministère de la Marine permet au public de suivre les péripéties du Grand Prix. Et pour communiquer avec le Poste du Petit Parisien, une camionnette de livraison de journaux est équipée d’un équipement de TSF fourni par la compagnie Radio L.-L. « Un émetteur Hartley alimenté par un convertisseur haute tension travaillait avec 100 watts de puissance sur 50 mètres de longueur d’onde, il était couplé à un système d’antenne rayonnement horizontal système bien connu dû à M. Lucien Lévy qui a donné d’excellents résultats » se félicite Le Petit Parisien. La station venait d’improviser avec succès son premier camion-reportage.

Comment les radios françaises ont couvert les J. O. de Berlin ?

JO-12Le 1er août 1936 s’ouvre à Berlin la XIe Olympiade. Ces Jeux olympiques sont restés dans l’histoire comme une démonstration de force de la propagande nazie. Les Allemands ont mis les moyens, notamment pour la radio, 2JO-Radio-Allemande80 micros, 10 km de câble, des nouveaux émetteurs ondes courtes à Zeesen. Toutes les stations régionales du Reich diffusent le programme de Deutschland Sender (ci-contre le détail du programme du premier jour) et sur ondes courtes des programmes olympiques clefs en mains en plusieurs langues peuvent être repris par les radios étrangères.

Les journalistes français accrédités sont au nombre de 29. Ils sont issus pour l’essentiel de la presse écrite. Mais la radio, surtout concentrée sur le Tour de France, n’est pas en reste dès que la Grande Boucle se termine le 2 août.

Du côté de la radio publique, les retransmissions de Berlin, cérémonies et radio-reportages des épreuves, sont surtout diffusés par Radio-Paris mais aussi par Paris-PTT et son réseau de stations régionales (voir le programme ci-dessous).

En ce qui concerne les radios privés, la jeune et dynamique Radio-Cité fait l’impasse sur les Jeux olympiques. Elle a beaucoup investi dans le Tour de France avec l’Intransigeant. C’est surtout le Poste parisien qui se démarque avec l’aide des journalistes du Petit Parisien et de Paris-Soir. Chaque soir à 19h30, les auditeurs du poste peuvent entendre un résumé de le journée et des reportages de Berlin. Quelques épreuves sont également commentée en direct comme l’arrivée du marathon.

Par ailleurs, Radio-Luxembourg diffuse tous les jours à partir du dimanche 2 août, 20h en semaine, 20h35 le dimanche, un résumé de la journée.

OlympiadeXI

Le cafouillage de Radio-Paris qui diffuse la cérémonie de clôture en allemand !

La cérémonie de clôture de cette XIe olympiade est retransmise le 16 août depuis Berlin en direct par Radio-Paris à partir de 21 heures. Mais surprise pour les auditeurs, c’est le commentaire en allemand qui passe à l’antenne. Point de reportage en direct en français. « Pour eux, la cérémonie de clôture des Jeux olympiques fut une succession incompréhensible de hourras, de musique chorale, de coups de canon, d’appels de clairons, de piétinements, puis de Heil Hitler, la cérémonie se terminant par des acclamations frénétiques, tandis que sonnait une grosse cloche« , souligne le journal Comoedia.

Seule, une déclaration en français est lue par le représentant de Tokyo, la ville qui doit accueillir la prochaine olympiade en 1940 (elle sera annulée). A la fin de la cérémonie, cinq minutes de blanc, le temps qu’un speaker à Paris comprenne qu’il faut reprendre l’antenne. Quelques disques sont diffusés pour meubler et revoilà la liaison avec Leipzig pour le retransmission de la Neuvième Symphonie de Beethoven. Mais le son s’avère si calamiteux que Radio-Paris doit se résoudre à cesser cette diffusion. Bref, c’est une des soirées les plus catastrophiques de la radio nationale.

Cette dernière accuse une mauvaise organisation des Allemands. L’envoyé spécial français de la radio publique avait bien commencé à parler à 18 heures en direct et tout fonctionnait bien mais la cérémonie a brusquement été retardée à 21 heures. Là, le pauvre speaker a commenté toute la cérémonie pour rien car la ligne n’avait pas été connectée. La faute à qui ? Le mystère reste entier.JO-Fin

 

Quand Maurice Chevalier chante pour la première fois dans un studio de radio

Dans les années trente, Maurice Chevalier est une énorme vedette. Chanteur et acteur, il enchaîne les succès. On l’entend sur toutes les stations de radio mais seulement sur disques ou lorsqu’unCadum concert est retransmis en direct. Mais pour entendre l’homme au canotier être interviewé et chanter en direct depuis un studio de radio, il faut attendre le 5 mai 1936. Maurice Chevalier est l’invité d’une émission de variétés animée chaque semaine par Jean Sablon sur le Poste Parisien et reprise, comme c’est le cas des émissions sponsorisées, par d’autres postes privés. Ici, c’est une célèbre marque de savon qui donne son nom à l’émission. Cadum Variétés est diffusée chaque semaine de 20h15 à 20h45. Au cours du programme, Maurice Chevalier aura sans doute chanté les tubes du film qui sortait alors sur les écrans, le Vagabond bien aimé, mais sans son célèbre canotier qu’il avait vendu la veille à une vente aux enchères caritative.

3 mai 1936 : la victoire électorale du Front populaire est aussi celle de la radio

FrontPop3Il y a 80 ans, les élections législatives voient la victoire du Front populaire, union des socialistes, radicaux et communistes et entraînent toute une série de transformations sociales. Ce scrutin historique l’est également dans le domaine de la radio. C’est elle, la première à annoncer l’alternance.

A cette époque, les électeurs ont l’habitude de suivre les résultats devant les sièges des principaux quotidiens qui affichent sur des tableaux lumineux ou diffusent par haut-parleurs les victoires et les défaites tout au long de la soirée et une bonne partie de la nuit. Les 26 avril et 3 mai, c’est toujours la foule devant les grands journaux. Mais c’est aussi devant son poste de TSF que l’on peut suivre la soirée électorale. Plusieurs stations proposent un programme spécial.

Du côté du service public, la soirée est organisée par Paris-PTT de 19h30 à 4h avec de la musique et des résultats, un programme repris par les stations régionales, le poste de la Tour Eiffel et Radio-Paris.

Radio-Cité fait la révolution

Du côté des stations privées, si Radio-Toulouse offre une soirée et une nuit de musique et de résultats et que Radio-Luxembourg attend minuit pour les donner, à Paris, c’est une fois de plus la touteFrontPop5 jeune Radio-Cité qui va secouer le cocotier.

La station diffuse la première soirée électorale moderne avec l’aide du quotidien l’Intransigeant. En plus des résultats bruts qu’égrenent ses consoeurs, Radio-Cité fait vivre aux auditeurs la soirée électorale avec des des journalistes en direct dans plusieurs villes de France: Jean Guignebert est à Strasbourg, Jean Antoine à Marseille, Carlos Larronde à Bordeaux, R.-L. Dauven à Lyon, Michel Ferry à Lille et Fred Poulain à Nantes et le rédacteur en chef de la Voix de Paris, Louis Gautier-Chaumet est au studio à Paris. Radio-Cité impose un ton nouveau alors que curieusement son principal concurrent, le Poste Parisien n’a rien prévu. Du coup, la radio du Petit Parisien organisera sa propre soirée musique et résultats pour le second tour et Radio-Ile-de-France fera de même… et les soirées électorales ne seront plus les mêmes.

12 mars 1924 : les premiers pas du Poste du Petit-Parisien

PP2Ici, poste radio-téléphonique du Petit Parisien, c’est par ces mots qu’ont été lancées  sur 350 mètres (il se poussera par la suite sur 340 puis 345 mètres), le 12 mars 1924, les premières émissions d’essais du Poste du Petit Parisien, la radio du quotidien éponyme. Le studios et l’antenne et l’antenne sont en plein Paris, au dessus de l’immeuble du journal, rue d’Enghien.

Ce poste de la Western Electric est le dernier construit et le plus moderne, s’enthousiasme le Petit Parisien. Dès le premier jour, il a été entendu en haut-parleur dans toute la France, en Suisse, en Angleterre, en Italie et même en Espagne. Enfin, nous recevons chaque jour de l’étranger des dépêches et lettres nous disant combien ce poste est précis. Il n’est certes pas puissant, 500 watts, mais les essais ont lieu en soirée, vers 22 heures, ce qui accroît sa propagation. Ce poste, c’est le bébé de Paul Dupuy, directeur du Petit Parisien, le plus fort tirage des journaux du matin, qui s’est pris d’intérêt pour la radio après un voyage aux Etats-Unis. C’est la première radio française propriété d’un titre de presse.

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Qui a porté le chapeau lors de la première radio interview ?

En avril 1925, Paris accueille la grande vedette internationale de l’époque, le John WayneTom Mix d’avant guerre, Tom Mix. L’acteur américain, connu notamment pour ses très nombreux films où il incarne un cow-boy est en voyage en Europe. Arrivé en France par bateau via Dieppe, le voici à Paris où il fera sensation en se montrant sur les grands boulevards sur son cheval à l’occasion d’un gala de charité. Tom Mix, fait également une halte au Poste du Petit Parisien dans les locaux du quotidien, rue d’Enghien. C’est là qu’il donne, son grand chapeau vissé sur le crâne, ce que le poste annoncera comme la première radio-interview en France. « Dans son smoking marron, Tom Mix, cow-boy et star de l’écran, a prononcé, hier soir, au poste radiophonique du Petit Parisien, quelques paroles d’amitié à la foule de ses auditeurs invisibles, rapporte le quotidien. Il leur a dit qu’il était heureux de se trouver en France et surtout à Paris, qu’il aimait déjà avant de le connaitre. Il leur a parlé de son cheval Tony, véritable frère d’armes, du film qu’il vient d’achever, Dick Turpin, histoire du célèbre valeur de chevaux anglais.« 

Mais cette première radio-interview française, comment s’est-elle passée ? « La célèbre vedette a d’ailleurs fort complaisamment répondu aux diverses questions qui lui étaient posées… Après avoir bu. une coupe d’eau de Vichy car il est très respectueux du régime prohibitionniste, Tom Mix, qu’accompagnaient sa jeune femme, sa belle-mère et les directeurs de la Fox-Film, a regagné ses appartements, non sans nous avoir redit sa joie, d’avoir pu lancer, par, d’entremise de notre poste, un message à ses nombreux amis et admirateur, français.« 

La première radio-interview française aura donc surtout été la première radio-promo !