3 mai 1936 : la victoire électorale du Front populaire est aussi celle de la radio

FrontPop3Il y a 80 ans, les élections législatives voient la victoire du Front populaire, union des socialistes, radicaux et communistes et entraînent toute une série de transformations sociales. Ce scrutin historique l’est également dans le domaine de la radio. C’est elle, la première à annoncer l’alternance.

A cette époque, les électeurs ont l’habitude de suivre les résultats devant les sièges des principaux quotidiens qui affichent sur des tableaux lumineux ou diffusent par haut-parleurs les victoires et les défaites tout au long de la soirée et une bonne partie de la nuit. Les 26 avril et 3 mai, c’est toujours la foule devant les grands journaux. Mais c’est aussi devant son poste de TSF que l’on peut suivre la soirée électorale. Plusieurs stations proposent un programme spécial.

Du côté du service public, la soirée est organisée par Paris-PTT de 19h30 à 4h avec de la musique et des résultats, un programme repris par les stations régionales, le poste de la Tour Eiffel et Radio-Paris.

Radio-Cité fait la révolution

Du côté des stations privées, si Radio-Toulouse offre une soirée et une nuit de musique et de résultats et que Radio-Luxembourg attend minuit pour les donner, à Paris, c’est une fois de plus la touteFrontPop5 jeune Radio-Cité qui va secouer le cocotier.

La station diffuse la première soirée électorale moderne avec l’aide du quotidien l’Intransigeant. En plus des résultats bruts qu’égrenent ses consoeurs, Radio-Cité fait vivre aux auditeurs la soirée électorale avec des des journalistes en direct dans plusieurs villes de France: Jean Guignebert est à Strasbourg, Jean Antoine à Marseille, Carlos Larronde à Bordeaux, R.-L. Dauven à Lyon, Michel Ferry à Lille et Fred Poulain à Nantes et le rédacteur en chef de la Voix de Paris, Louis Gautier-Chaumet est au studio à Paris. Radio-Cité impose un ton nouveau alors que curieusement son principal concurrent, le Poste Parisien n’a rien prévu. Du coup, la radio du Petit Parisien organisera sa propre soirée musique et résultats pour le second tour et Radio-Ile-de-France fera de même… et les soirées électorales ne seront plus les mêmes.

Il y a 80 ans : Radiovision-PTT diffuse la première émission de la télé française

Après plusieurs émissions tests très techniques, les premiers essais officiels de la télévision française datent du 26 avril 1935. Mais la première émission publique a été diffusée plusieurs mois plus tard, en décembre. Avec un grand spectacle de variétés…

 

Quelle est cette première télévision française ?

Tele8-antenneSous l’impulsion de Georges Mandel, ministre des PTT, en septembre 1935 la France s’équipe pour monter sa station de télévision. L’émetteur a été installé sous le pilier nord de la Tour Eiffel. De là, un câble de plus de 300 mètres et de 10 cm de diamètre court jusqu’au sommet de la tour et de petites antennes envoie le signal sur Paris. Les émissions sont réalisées au studio des PTT, 103 rue de Grenelle et le signal est acheminé par ligne téléphonique. Tele8-installationemetteurL’image est cinq fois plus nette que lors des essais du mois d’avril. Radiovision-PTT est diffusée en 180 lignes et déjà les techniciens espèrent passer à 240 lignes au printemps suivant. Voilà pour l’image. Pour l’audio, l’émission est « sonorisée » de 17h30 à 18h30 par Paris-PTT (et ses stations régionales !) et de 18h30 à 19h30 par la Tour Eiffel.

Qui peut la regarder ?

En décembre 1935, il n’existe que dix téléviseurs en état de fonctionner. Pour ce premier pas de la télévision française, six centres équipés de récepteurs ont été aménagés à Paris, au studioTele8-Foule des PTT, à l’office du tourisme, à la Maison de la chimie, à la Maison des ingénieurs civils, à mairie du cinquième arrondissement et au Conservatoire des arts et métiers.

L’écran des premiers téléviseurs étant très petit (une vingtaine de centimètres) les téléspectateurs sont admis dans chacun des centres de réception par groupe d’une cinquantaine et défilent quelques minutes devant l’écran par grappes de 15 personnes. Ainsi, à la mairie du Ve, des centaines de personnes ont patiemment attendu leur tour, dehors, sous la pluie ; devant l’office du tourisme aux Champs-Elysées plusieurs milliers de personnes sont restées à la porte. Car il fallait s’inscrire préalablement. Au total, 10 000 Parisiens avaient fait la demande et il n’y eut pour cette première que 3000 chanceux.

Quel est le programme de la première émission ?

Tele8-JeanneProvostCette émission est historique, alors voici son programme complet. Une scène de La féerie les Trois petits cochons et le grand méchant loup, interprétée par les petits Redon, Berjac, Cazenave et la petite Manès, du Théâtre du Petit-Monde. Danses de Nikitina.

Roger Bourdin, de l’Opéra-Comique : les Vieilles de chez nous, de Ch. Levadé ; Paysage, de Raynaldo Hahn. Un sketch de Tristan Bernard : Révélation, interprété par Georges Colin et Jane Lory. Poésies dites par Jane Provost. Germaine Lubin, de l’Opéra : D’amour, l’ardente flamme, de Berlioz. Théâtre par Béatrice Bretty et. Georges Lafon, sociétaires de la Comédie-Française, dans une scène du Bourgeois gentilhomme.Tele8-BéatriceBrettyEtLafon Danse par Suzanne Lorcia, danseuse étoile de l’Académie nationale de musique. Gilles et Julien, dans leur répertoire. Lys Gauty, dans son répertoire. Noël-Noël, dans ses œuvres. Pauiley, dans Un homme heureux, sketch de Dorin et de Saint-Granier, aTele8-ZoulaDeBoucsavec Pierre Blancart et Suzy Leroy. Théâtre : Fernand Gravey, Germaine Dermoz et Jacques Erwin dans une scène d’Elizabeth, la, femme sans homme. Elvire Popesco et André Lefaur, dans une scène de Vive le roi. Gaby Morlay et Victor Boucher, dans un fragment du Billet de loterie, de Francis de Croisset. Sacha Guitry et  Jacqueline Delubac dans un à-propos de Sacha Guitry. Danses de Suzane Lorcia ; au piano d’accompagnement, M. Maurice Faure, de l’Opéra. Intermèdes de danse par Mlle Zoula de Boncza.

Et ensuite ?

Devant le succès de cette première émission publique, une nouvelle diffusion est organisée le dimanche 15 décembre avec, aux mêmes horaires, un programme tout aussi éclectique intitulé « Reflet de la saison parisienne », dont la partie sonore est reprise par les postes de Paris-PTT (et ses stations régionales) et la Tour Eiffel. Et l’on parle déjà de quatre à cinq émissions par semaine pour le courant de l’année 1936. Mais il faudra attendre le 4 janvier 1937 pour voir la naissance des émissions régulières de Radiovision-PTT, la première chaîne de télévision française.


Avril 1935, les premiers mots de la télévision française

TelebettyAu début de l’année 1935, le procédé mis au point par René Barthélemy peut être testé. Le ministre Georges Mandel souhaite que les choses aillent vite. Une grande salle qui servait à dispenser des cours dans les locaux des PTT rue de Grenelle est transformée en une dizaine de jours en un studio de télévision. Le 26 avril à 20h30, le premier essai officiel de la télévision d’état est présenté à la presse nationale et internationale. Béatrice Betty, de la Comédie française, raconte pendant une bonne vingtaine de minutes, son récent voyage en Italie. Elle ouvre son propos par une phrase extraite de Ciboulette, l’opérette de Reynaldo Hahn : « Nous avons fait un beau voyage« .

 

Quand a-t-on pu suivre le Tour de France en direct à la radio ?

Suivre le Tour de France en direct ? C’est possible depuis quand ?

Depuis 85 ans, quand le journal L’Intransigeant et l’hebdomadaire sportif Match concrétisèrent une expérience menée l’année précédente par un des journalistesReport2 du quotidien, Jean Antoine. Lors du Tour de 1929, ce dernier, accompagné d’un technicien radio embarque dans un camion Saurer équipé d’un émetteur à ondes courtes branché sur la batterie ainsi que d’une antenne de vingt mètres.

Jean Antoine fait alors quelques émissions en direct en transmettant sur 45 m de longueur d’onde, que les stations publiques reprennent. « Les envoyés spéciaux de l’Intransigeant et de Match, MM. René Lehmann, C.-A. Gonnet, René Bierre et Jean de Lascoumettes se trouveront devant le microphone et, avec le concours de Jean Antoine, qui organise techniquement ce reportage« , précise le quotidien. Les reporters voyagent dans trois voitures Torpédo. La classe.

En 1930, l’expérience ayant montré que c’était possible techniquement, ces reportages en direct sont mieux organisés. Jean Antoine reprend la route en compagnie d’Alex Virot en respectant un horaire précis : 7h45 commentaires sur l’étape de la journée ; 13 h reportage sur la course et un autre plus tard au moment de l’arrivée; 20h15 le classement et les commentaires. Le tout est diffusé par les radios des PTT.Tour22

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Et la palme d’or de la première émission de radio sur le cinéma est attribuée à…

« N’est-ce pas étrange que vous m’ayez vue, peut-être, sur l’écran du cinéma, sans m’entendre, et que ce soir vous m’entendiez sans me voir ? »

GenevieveFelix2Si dans les années vingt, la radio n’en est qu’à ses balbutiements, le cinéma, même muet, connaît son heure de gloire. Cinéma et radio vont très tôt se rejoindre. C’est sur Radiola (future Radio-Paris), la première radio privée, que l’on trouve la première émission dédiée au septième art. Ce n’est encore qu’une courte rubrique diffusée chaque jeudi au beau milieu du concert de 21 heures, dès août 1923 (on la retrouvera plus tard, placée juste après les infos de 20h30). Elle s’appelle « radio-chronique de l’écran ».

Le 29 mai 1924, c’est au tour du poste de l‘Ecole supérieure des PTT (le futur Paris-PTT) d’ajouter à ses programmes une radio-rubrique diffusée le jeudi soir (veille de sortie des films) quasiment à la même heure que la radio-chronique de Radio-Paris. C’est l’actrice Geneviève Félix (photo), vedette du cinéma muet français, qui en est la première invitée. « N’est-ce pas étrange que vous m’ayez vue, peut-être, sur l’écran du cinéma, sans m’entendre, et que ce soir vous m’entendiez sans me voir ?« , déclare-t-elle ce soir-là. Belle entrée en matière, non ?

1924 : les premières émissions consacrées au Tour de France

A l’été 1924, les stations de radios françaises sont certes encore balbutiantes mais elles savent déjà que le sport peut être un bon vecteur d’audience et notamment le Tour de France. A l’occasion de cette 18e édition de la Grande Boucle (un vrai tour de l’hexagone comme on peut le constater sur la carte), pour la première fois des programmes de radio sont consacrés au Tour. A chaque étape, les résultats et le classement sont « radiophonés » par la Tour Eiffel. A 17h35 en semaine et à 18h05 le dimanche avant le radio concert de 18h15, annonce la presse au départ du Tour. Un horaire qui a finalement été décalé plus tard. Les résultats, les auditeurs les auront vers 20h45, dans une émission reprise également par la station de l’Ecole supérieure des PTT. Il manque encore la saveur du direct…

Tour

Quelles radios diffusaient la Coupe du monde de football avant guerre ?

1930 – Uruguay : Passons rapidement sur la première Coupe du monde en 1930 en Uruguay. Les radios françaises sont encore toutes jeunes et la technique ne permet pas de suivre des matchs aussi loin. Ainsi, la ligne téléphonique Paris-Montevidéo vient tout juste d’être inaugurée. Pour suivre les joies de cet événement footballistique gagné par le pays organisateur, il faut alors se contenter de la presse écrite.Coupedumonde1

1934 – Italie : C’est peut-être mieux en 1934 ? Pas vraiment. La coupe du monde qui se déroule en Italie ne passionne pas encore les foules. D’autres événements sportifs lui font de l’ombre comme la coupe Davis et Roland-Garros, le prix du jockey-club à Chantilly (en direct sur le poste de la Tour Eiffel repris par des radios régionales des PTT), Paris -Vichy à vélo (arrivée en direct sur Radio-Luxembourg). Mais bon, on peut compter sur Radio-Paris pour nous faire vivre cette Coupe du monde qui s’achève sur une victoire italienne.

1938 – France : En 1938, on constate que le football a gagné en notoriété. Les radios s’intéressent Citécoupebeaucoup plus à ce sport et à une Coupe du monde qui se déroule cette année-là en France. Les premiers matchs du Mondial sont diffusés par Radio-Paris puis c’est Paris-PTT et ses déclinaisons régionales qui prennent le relais. C’est Paris-PTT qui diffuse en direct la finale Italie-Hongrie (remportée par l’Italie). Mais la station n’est pas toute seule. Des radios privées, Radio-Cité et Radio-37 diffusent également cette finale en direct. Preuve radiophonique que le football a gagné des galons.