« Ici la France ! », la radio des collabos qui n’émettait pas de France

Radio Sigmaringen

A la Libération de la France, les dignitaires du gouvernement de Vichy s’exilent en Allemagne suivis par quelques centaines de collaborateurs et des miliciens. Ils s’installent à Sigmaringen, une petite ville du sud de l’Allemagne. Une commission gouvernementale présidée par Fernand de Brinon, organise un semblant d’état avec notamment, et c’est ce qui nous intéresse ici, une station de radio. Elle est mise en place par Jean Luchaire, le commissaire à l’information. Des studios sont installés au coeur de Sigmaringen et les nazis autorisent une émission quotidienne d’une heure trente du puissant émetteur voisin de Mühlacker (120 kw). Ce site diffuse la radio allemande mais possède également un puissant brouilleur. C’est lui qui va être mis à contribution pour diffuser la radio en soirée sur 278,60 mètres. C’est la  longueur d’ondes de l’émetteur de Bordeaux, détruit lors de la retraite de la Wehrmacht.

Pas de maréchal à l’antenne

Radio SigmaringenLa première émission de « France-Radio, poste gouvernemental » est annoncée pour le mercredi 1er novembre 1944. Pour cette inauguration un programme plus étoffé est programmé. Au décrochage autorisé de 19h30 à 21h s’ajoute une heure de programme de 12h30 à 13h30.

Mais au dernier moment, le poste change de nom et s’annonce comme « Ici, la France !« . Radio SigmaringenCe qui ne manque pas de sel pour une radio diffusant depuis l’étranger. Ce nom a la forme d’un pied de nez des collaborateurs qui gardent l’espoir de revenir au pouvoir à la faveur d’un retournement de la situation militaire.

Le programme inaugural est à l’image de ce que sera cette station durant sa courte existence (quatre mois), plutôt terne malgré un effectif pléthorique, on parle de 80 personnes. Du Berlioz, un bulletin d’information, une annonce de la nouvelle radio et de nouveau du Berlioz. Pas de maréchal Pétain à l’antenne. Cloîtré dans le château des Hohenzollern, il boude la commission gouvernementale. 

Beaucoup de musique et quelques chroniques

Radio Sigmaringen

Chaque soir, Ici la France ! ouvre son antenne à 19h30 et diffuse beaucoup de musique enregistrée. Deux bulletins d’informations sont diffusés à 19h45 et 20h30 (avec un édito). Leur contenu est à l’image des articles que l’on retrouve dans la presse collabo exilée, l’espoir d’armes nouvelles qui renverseraient la situation et l’exploitation jusqu’au ridicule de la moindre mauvaise nouvelle venue de France. On conçoit dès lors que l’écoute de ces programmes est restée confidentielle et moquée comme dans cette caricature ci-contre.

A partir du 7 novembre, une émission d’un quart d’heure, « la Milice française vous parle », complète les programmes tous les jours sauf le lundi. François Davignon anime une chronique « D’un front à l’autre » et Robert Peyronnet (ex Radio Paris) « Entre nous ».

Ici, la France ! diffuse son dernier programme le vendredi 2 mars, probablement à l’initiative des Allemands. Les Alliés approchent et les collaborateurs s’organisent pour fuir. Le 23 avril, l’armée française entre dans Sigmaringen.

2 Commentaires

  1. En plus de « Ici La France » une deuxième station de radio des collaborateurs réfugiés en Allemagne après août 1944 à existé, c’était « Radio Patrie » la radio du P.P.F. (Parti Populaire Français), le parti de Jacques Doriot :. De même il y avait deux quotidiens francophones celui proche de « Ici la France » qui s’intitulait « La France » et celui du P.P.F. « Le Petit Parisien ». La collection de ces quotidiens est consultable en ligne dans la bibliothèque numérique de la B.N.F. : http://gallica.bnf.fr

    • Dans cette débâcle des collabos, on n’oublie pas Radio Patrie et les autres stations comme la Voix du Reich ou les dernières radios noires du IIIe Reich. En ce qui concerne la presse quotidienne, il y avait également L’Echo de Nancy qui s’était installé à Ludwigshafen.

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