Quelles radios émettaient au Vietnam avant le départ des Français ?

Eté 1955 : la guerre d’Indochine se termine et les troupes de l’Union française sont sur le point de plier progressivement bagages. Le Vietnam est coupé en deux, au nord, la République démocratique du Vietnam d’Ho Chi Minh et au sud, l’Etat du Vietnam, secoué par des rivalités politiques et menacé par la guérilla vietminh. Tour d’horizon des stations qui émettaient à l’été 1955 recensés notamment dans des dossiers déclassifiés de la CIA.

France

Radio France Asie. 140 personnes travaillent pour Radio France Asie qui prend la suite de Radio Saïgon en 1949-1950, suite à un accord avec l’Etat du Vietnam. La station qui s’annonce la Voix de la France en Extrême-Orient diffuse en français, en anglais, en vietnamien, en mandarin et en cantonnais. Elle dispose de trois émetteurs de 25 kw et un de 1 kw et ses studios sont à Saïgon (aujourd’hui Hô-Chi-Minh-Ville).

En décembre 1955, le Premier Ministre du Vietnam du Sud, Ngo Dinh-Diem, signe un décret instaurant un monopole d’Etat des émissions radiophoniques. Radio France Asie cesse d’émettre le dimanche 26 février 1956.

Radio-Hirondelle. C’est la radio du corps expéditionnaire. La Voix des forces de l’Union française en Indochine est entendue trois fois par jour, matin, midi et soir, sur 7410 khz et 4403 khz (puissance 1 kw). Elle ouvre et clos ses émissions par La Marseillaise. Ses programmes sont en français, vietnamien, arabe et langues d’Afrique occidentale. Après avoir émis de Hanoï, elle se replie au sud, à Tourane (aujourd’hui Da Nang) à partir d’octobre 1954. Radio-Hirondelle cesse d’émettre le 11 avril 1956 à minuit.

Radios Vietnam

Vietnam du Sud

La Voix du Vietnam Libre (Tieng Noi Vietnam Tu Do).

C’est la radio de l’Etat du Vietnam qui deviendra la république du Vietnam du Sud. Elle a commencé à émettre le 4 janvier 1950 et porte un discours anticommuniste et antifrançais. Elle se nomme Radio Vietnam après la proclamation de la République du Sud Vietnam le 26 octobre 1955.

Elle a deux radios régionales, l’une à Hué (7205 khz), l’autre à Dalat (7265 khz), qui, elles, datent de 1947.

La Voix de l’Armée Nationale Vietnamienne. Elle utilise les mêmes émetteurs que La Voix du Vietnam Libre. Elle a débuté ses émissions le 13 septembre 1954.

Vietnam du Nord

La Voix du Vietnam (Tieng Noi Vietnam)

La station a commencé à émettre clandestinement le 2 septembre 1945. Elle diffuse officiellement de Hanoi depuis le 15 octobre 1954 en vietnamien, cambodgien, laotien, cantonais, mandarin, thaï et français sur cinq fréquences ondes courtes. C’est la radio de la République Démocratique du Vietnam (Vietnam du Nord). Elle existe toujours.

 

Radios clandestines

La Voix du Front National Uni (Tieng Noi Cua Mat Tran Thong Nhat Toan Luc Quoc Gia). La radio est entendue la première fois le 25 mars 1955. C’est la station des confréries Bình Xuyên, Hoa Hao et Cao Dai. C’est une radio anti-Diem, alors Premier Ministre (Sud) et pro-Bao Dai (chef de l’Etat du Vietnam destitué le 23 octobre 1955). Elle diffusait très probablement du sud de Saïgon.

La Voix Libre du Peuple Vietnamien (Tieng Noi Tu Do Cua Nguoi Viet). Elle a émis très peu de temps, du 5 au 11 avril 1955. Il est probable qu’elle était à l’initiative du Dai Viet, des nationalistes anticommunistes.

La Voix de l’Union du Peuple (Tieng Noi Quoc Dan Doan Ket). Elle est sur les ondes à partir du 14 mai 1955 et émet depuis le secteur de Saïgon-Cholon. La station est pro Diem et anti Bao Dai.

La Voix de la Juste Cause Nationale (Tieng Noi Cun Chinh Nghia Quoc Gia). Cette radio a émis du 14 avril au 10 mai 1955. C’est une station de partisans de Diem.

La Voix des Troupes de Libération Nationale du Dai Viet (Tieng Noi Cua Doan Dai Viet Giai Phong Cuoc Gia). Elle émet depuis les montagnes de l’Annam à l’initiative des nationalistes du Dai Viet.

Radio du Peuple, la Voix du Comité révolutionnaire du Sud Vietnam. Elle est entendue la première fois le 1er août 1955. Elle prend la suite de Radio République qui a arrêté ses émissions le 12 juillet. Elle se trouve au coin des rue Miche et Richard dans une maison saisie à la confrérie Bình Xuyên pour en faire le siège du Comité révolutionnaire pro Diem. Pas trop difficile à repérer car elle n’émet pas quand le quartier est privé de courant.

Cambodge et Laos

Radiodiffusion nationale khmère. La Voix du Cambodge émet de Phnom -Penh en khmer et en français sur 6090 khz avec 10 kw. Elle possède également un émetteur de 50 watts à Battambang (6035 khz) et un autre de 200 watts à Siemreap (4970 khz).

Radio des forces armées royales khmères. La station démarre le 20 mai 1955.

Radiodiffusion nationale du Laos. La station de Ventiane a démarré ses émissions en mars 1951. Elle est entendue sur 7215 khz.

Que connaît-on de la Radio Inconnue ?

Une radio clandestine, baptisée la Radio Inconnue, se fait remarquer sur les ondes courtes au cours de l’été 1941. Elle semble émettre de France et se singularise par un discours violemment antipétainiste.

Ainsi le 10 août, une femme déclare : « Une Française vous parle. Vous ne savez peut être pas qu’il y a plus de deux millions de touristes boches en France qui s’abattent sur nos provisions, nourriture, vêtements, qui achètent tout et qui ne paient presque rien qu’en papier. Comme une nuée de sauterelles,ils prennent tout et quand ils seront partis, nos rations déjà si maigres seront encore réduites et nous n’aurons rien, nos enfants jeûneront quand ils auront tout emporté. Français, n’endurez pas cela. Révoltez-vous contre le gouvernement de poules mouillées de Vichy !« 

Une radio bien connue de Londres

Ces émissions intéressent les médias américains qui pensent avoir affaire à une radio clandestine émettant depuis la France. Il n’en est rien. C’est une radio noire. Une station qui se fait passer pour une clandestine mais qui en réalité est mise en ondes par les services secrets anglais (Political Warfare Executive).

Elle est animée par deux anglais qui maîtrisent parfaitement le français, M. Kingsbury et Mme Mainwaring et qui sont installés dans une maison de la campagne anglaise au nord de Londres. Ils diffusent sur ondes courtes, 30.77 mètres, un programme trois fois par jour depuis fin 40-début 41. Mais c’est surtout durant l’été 1941, que la Radio Inconnue fait parler d’elle. On la croit installée en région parisienne.

Une bien mystérieuse organisation

Le ton est très virulent. Une organisation bidon, Les Chevaliers du coup de balai est imaginée car les Anglais veulent faire à un réseau bien structuré. Radio Inconnue dénonce nommément des industriels qui collaborent. Elle appelle à des sabotages comme le 10 août 1941 : « Français qui travaillez dans les chantiers allemands aux travaux d’atterrissage et de décollage, mettez beaucoup d’eau dans le ciment, laissez-le prendre, et mettez encore beaucoup d’eau; de cette façon il ne tient pas ferme. Aussi mettez du sulfate d’ammoniaque dans le plâtre, de cette façon il s’émiettera. »

Mais c’est surtout la personne de Pétain qui est visée par les attaques comme ici, le  17 Août 1941 : « Pétain nous a menti, Pétain nous a vendus aux Boches. Hitler se sert de Pétain comme il se servait de Hindenburg. Pétain a tort de nous imposer le gouvernement d’Hitler. Le peuple français ne veut pas vivre sous les boches. Pétain a tort de nous imposer la violence, Pétain peut redoubler la police s’il veut, le peuple n’obéira pas à Pétain, le peuple répondra par la violence. II y a encore des armes en France ; des couteaux, des pioches,des pelles. Nous remplacerons Pétain !« 

C’est probablement la fausse radio clandestine anglaise qui a eu le plus d’impact en France. Elle a émis jusqu’au 10 janvier 1944 et son existence n’a été révélée qu’après la guerre. Même les Gaullistes n’ont pas été mis dans la confidence.

« La voix de l’Algérie française », l’insaisissable radio pirate de l’OAS

Après l’échec du putsch des généraux en avril 1961, des militaires et des pieds noirs fondent clandestinement l’Organisation Armée Secrète (OAS) pour garder l’Algérie française, alors qu’elle se dirige vers l’indépendance suite au référendum de janvier 1961. Outre ces actions terroristes, l’OAS a réussi à diffuser à de nombreuses reprises, des émissions pirates. C’est cette histoire qui nous intéresse ici.

Samedi 5 août 1961. Vers 13 heures, les câbles qui alimentent l’émetteur algérois de France V sont sabotés. Le programme local de la RTF est réduit au silence. Au même moment une émission pirate de l’OAS est entendue sur la même longueur d’ondes. les auditeurs peuvent entendre un discours du général Gardy, ancien commandant de la Légion étrangère et du putsch des généraux en avril 1961.

Ce premier coup d’éclat n’est que le début d’une très longue série d’action pour diffuser Radio France, la Voix de l’Algérie française, la station pirate de l’OAS. Emissions diverses et variées, attentats, fusillades, poursuites, brouillages, voici ci-dessous un recensement, non exhaustif, des épisodes de cette aventure.

L’OAS fait exploser l’émetteur de la RTF d’Alger

Jeudi 21 septembre. Vers 20 heures, un commando d’une quinzaine d’hommes investit le centre émetteur de Cap-Matifou, à 40 km d’Alger. Après avoir neutralisé les marins qui gardaient le site, il font exploser l’antenne de 40 mètres de haut et les installations émettrices. L’OAS peut alors diffuser à partir de 20h02 son émission pirate sur la même fréquence. Les téléspectateurs voit l’image disparaître et une voix déclarer: « Restez à l’écoute, l’OAS a décidé d’interrompre volontairement les émissions de la RTF gaulliste. » Suivent le Chant des Africains, la Marseillaise et des déclarations des généraux Gardy et Salan.

Vendredi 22 septembre. Nouvelle émission vers 20 heures sur la longueur d’ondes de la télévision algéroise réduite au silence la veille. L’émission est brouillée.

Lundi 9 octobre. Vers 13 heures, les émissions de France V (ex Radio-Alger) sont interrompues. Deux sabotages ont coupé l’alimentation électrique des émetteurs d’Ouled-Fayet et des Eucalyptus. L’émetteur pirate de l’OAS diffuse sur la même fréquence une série de gongs puis le Chant des Africains. La station s’identifie comme Radio-France, la voix de l’Algérie française. Le programme comprend une proclamation de l’ex-général Salan. A 13h20, l’émission se termine. France V revient sur les ondes vers 14h20.

Mardi 10 octobre. Nouvelle émission pirate à Alger de 13h15 à 13h28 sur une fréquence très voisine de France V dont le programme se poursuit. La réception est très mauvaise.

Mercredi 11 octobre. L’OAS diffuse de 13h02 à 13h15. Mais le brouillage rend l’émission difficilement audible sur Alger.

Jeudi 12 octobre 1961. A 13 heures, émission pirate de l’OAS sur une fréquence plus éloignée de France V. Fort brouillage. A 19h15, militaires et gendarmes saisissent l’émetteur clandestin dans un appartement vide des hauteurs d’Alger.

Samedi 28 octobre 1961. A 13h10, retour des émissions pirates sur 280 mètres (France V diffuse sur 306 mètres). Brouillage au bout d’un quart d’heure. Fin à 13h30. Le lendemain deux hélicos survolent Alger pour débusquer l’émetteur mais pas d’émissions.

Lundi 30 octobre. A 20 h. 55, une explosion secoue le sixième étage de l’immeuble qui abrite rue Perret à Alger les studios de la RTF. Le programme en arabe est interrompu et une émission pirate de l’OAS est diffusée pour appeler musulmans à rester chez eux le 1er novembre. L’OAS diffuse un autre émission pirate sur Oran.

Vendredi 3 novembre. Nouvelle émission-pirate de cinq minutes sur Alger. On entend l’ex général Salan. A Oran, un sabotage interrompt les émissions de la télévision et la radio de l’OAS se fait entendre pendant 20 minutes sur le canal son. Brouillage.

Samedi 18 novembre 1961. A 13 heures, un attentat à Boufarik détruit la ligne à haute-tension qui alimente l’émetteur de France V à Ouled-Fayet. Une émission pirate est alors entendue mais elle est fortement brouillée. En soirée, une nouvelle émission, sur le canal son de la télévision est diffusée sans brouillage. Les téléspectateurs peuvent entendre l’ex-général Salan.

Mardi 21 novembre 1961. Une nouvelle émission sur Alger qui s’annonce « Algérie, province française ». Des émissions quotidiennes sont annoncées chaque matin. La longueur d’onde sera entre 209 et 400 mètres. Sans suite apparemment.

Jeudi 23 novembre 1961. Emission pirate de l’OAS à Bône à 12h30 sur 200 mètres pendant cinq minutes.

Samedi 25 novembre. Un poste électrique EDF qui alimente l’émetteur TV du Pic de l’Ours qui dessert Cannes est victime d’une tentative de sabotage. Une émission pirate est entendue mais difficilement.

Samedi 9 décembre 1961. L’OAS parvient à diffuser pendant douze minutes sur le canal son de la télévision à Nice. De 20h55 à 21h07, des télespectateurs peuvent entendre le Chant des Africains et un discours de du général Salan. L’émission provenait d’une villa inoccupée sur la colline Pessicart qui appartenait à… un député gaulliste !

Mercredi 13 décembre. Dans la nuit du mercredi au jeudi, le navire de transport de la Marine nationale, le Laïta, est victime d’un attentat dans le port d’Alger. Un marin est tué. Le bateau hébergeait un émetteur destiné à relayer les émissions de la RTF en cas de sabotage.

L’OAS détruit l’émetteur télé d’Oran

Dimanche 31 décembre 1961. Un programme pirate est diffusé sur le canal son de la télévision d’Oran dont les installations ont été sabotées le vendredi. On y entend le général Jouhaud.

Lundi 1er janvier 1962. En début d’après-midi, le programme de l’émission pirate du dimanche est entendu sur la fréquence de France V à Oran.

Vendredi 5 janvier. Un discours du Général Salan est diffusé vers 13 heures à Alger sur 235 mètres. En soirée l’OAS brouille France V.

Lundi 8 janvier 1962. Emission pirate très claire sur le canal son de la télévision à Alger à 20 heures pendant dix minutes. Une autre émission pirate a lieu à Bône sur une fréquence proche de celle de France V. Elle est brouillée.

Jeudi 18 janvier 1962. Après l’attentat de fin décembre, la télévision reprend ces émission. Mais pendant trois minutes, l’OAS diffuse une courte émission sur le canal son.

Samedi 20 janvier 1962. A Mostaganem, une émission-pirate est entendue pour la première fois,

Mardi 23 janvier 1962. L’OAS diffuse une émission pirate dans l’après-midi sur Alger.

Dimanche 4 février. Une explosion coupe le câble alimentant l’émetteur de télévision Constantine. Une  émission pirate est alors diffusée sur le canal son.

Lundi 5 février 1962. Nouvelle émission pirate de l’OAS à Bône.

Jeudi 15 février 1962.  Emission pirate de 13 h 10 à 13 h 27, sur une longueur d’ondes voisine de celle de France V.

Dimanche 18 février 1962. Emission pirate à Alger.

Lundi 19 février 1962. Emission pirate sur le canal son de la télévision d’Oran.

Vendredi 23 février. A 20 h 12 émission pirate de dix minutes sur le canal son de la télévision d’Oran.
Samedi 24 février. Emission pirate sur le canal son de la télévision à Alger.

Mercredi 7 mars. Emission pirate en arabe par l’OAS zone III (Oran).

L’OAS vole un émetteur de télévision

Mardi 13 mars. A 20 heures, l’OAS annonce lors d’une émission pirate qu’elle a volé la veille un émetteur de télévision, en pièces détachées, devant les studios de la RTF.

L’OAS fait exploser les locaux de la RTF à Oran

Mercredi 14 mars. Un attentat détruit les locaux de la télévision à Oran qui doit cesser ses émissions pour plusieurs mois. Un programme pirate est diffusé en soirée sur le canal son puis tous les soirs sans brouillage pendant plusieurs semaines.

Lundi 19 mars. Emission pirate de trois minutes sur le canal son de la télévision de Bastia.

Fusillade pour tenter de saisir l’émetteur

Mercredi 21 mars. L’émetteur radio de l’OAS est repéré par un hélicoptère. Les gendarmes et les CRS interviennent mais ils doivent faire face à des tirs depuis des terrasses et à des rues bloquées par de véhicules. La saisie de l’émetteur échoue.

Samedi 24 mars. Emission vers minuit sur Alger.

Mardi 27 mars. Deux émissions pirates à Alger, à 13 heures et en soirée.

Vendredi 30 mars. L’OAS brouille le discours télévisé d’Abderrahmane Farès, président de l’Exécutif provisoire (structure qui prépare l’installation de la future république algérienne), qui appelle à la paix.

L’OAS brouille le discours de De Gaulle

Vendredi 6 avril. Du jazz et des infos de l’OAS brouillent le discours du général de Gaulle à la télé d’Alger.

Dimanche 3 juin. L’OAS diffuse brièvement sur le canal son de la télévision d’Alger.

Mercredi 6 juin. A 20 heures, émission-pirate sur le canal son de la télé d’Alger.

Jeudi 7 juin. Une émission-pirate est diffusée deux fois consécutives sur le canal de la télévision d’Alger, entre 19 h30 et 20 heures.

Vendredi 8 juin. Emission-pirate sur le canal son de la télévision à Alger au moment même où s’exprime le général de Gaulle.

Samedi 9 juin. Nouvelle émission.
Jeudi 14 juin. 19h55 sur le canal son de la télévision d’Alger, l’OAS menace d’une politique de la terre brûlée.
Vendredi 15. Nouvelle émission à Alger.
A Oran, une émission de l’OAS demande aux Européens de se regrouper en Oranie.
Dimanche 17 juin. Peu avant 20h sur le canal son de la télévision d’Alger, l’OAS annonce un accord avec l’Exécutif provisoire et donne l’ordre de cesser le combat. L’émission ne porte pas le titre de Voix de l’Algérie française mais celle de L’OAS vous parle.
Courte émission pirate à Oran.
Lundi 18 juin. Sur le canal son de la télévision d’Alger : « un grand pas a été accompli sur la voie de la réconciliation« .
A Oran, une émission pirate annonce que l’OAS poursuit le combat. Des tracts dénoncent l’émission pirate d’Alger du 17 juin comme une manipulation du gouvernement.
Mardi 19 juin. Au cours d’une émission pirate à Alger, Jean-Jacques Susini

, commandant de l’OAS, confirme l’accord OAS-FLN.

Mercredi 20 juin. A 20h15 sur le canal son de la télé d’Alger, le colonel Gardes confirme à son tour les accords OAS-FLN.
Jeudi 21 juin. Emissions pirates à Alger et Oran. A Oran, l’OAS déclare ne pas suivre l’OAS d’Alger.
Vendredi 22 juin. Double émission pirate à Oran sur le canal son de la télévision et à la radio. Le général Gardy annonce que l’OAS Oran continue le combat.
Samedi 23 juin. Nouvelle émission pirate à Alger.
Mercredi 27 juin. Emission pirate à 20h15 à Alger.
Vendredi 29 juin. Sur le canal son de la télé d’Alger, l’OAS demande aux Européens de voter oui au référendum d’autodétermination du 1er juillet.
Jeudi 5 juillet 1962. Proclamation de l’indépendance de l’Algérie.

Trois histoires radiophoniques du début de l’ère castriste

1958 : la guérilla de Fidel Castro lance ses émissions rebelles

Aujourd’hui, Radio Rebelde est une station qui couvre Cuba par de multiples et puissants émetteurs. A ses débuts, la station est clandestine. Elle démarre ses émissions le 24 février 1958 dans la sierra à l’initiative de Che Guevara par un programme de 20 minutes alimenté par un groupe électrogène.

Radio Rebelde diffuse ensuite tous les jours à 17 et 19h dans la bande des 20 mètres des émissions constitués d’infos, communiqués, musique, messages aux familles, messages aux unités de la guérilla.

1960 : l’Empire contre-attaque avec Radio Swan

Le 17 mai 1960, les auditeurs des Caraïbes peuvent entendre une nouvelle station en espagnol et en anglais sur 1160 khz. Radio Swan diffuse des programmes commerciaux mais très hostile au nouveau régime de Cuba. Elle bénéficie de deux émetteurs, un en ondes moyennes de 50 kw et un second en ondes courtes de 3,5 kw (fréquence 6000 khz). Le tout est installé sur l’île de Swan, un territoire alors contesté entre les USA et le Honduras. Fidel Castro réagit en organisant les radios cubaines proches de la fréquence de Radio Swan en une même station, La Voz del INRA (la Voix de l’Institut national pour la réforme agraire) dont la mission est de gêner les émissions.

Les programmes de Radio Swan sont enregistrés aux USA et acheminés sur l’île par avion. L’équipe technique est ravitaillée sur l’île par l’US Navy. Car Radio Swan est en fait une radio de la CIA. Elle sera notamment très active lors du débarquement de la baie des Cochons. Mais elle est si violemment anti-castriste qu’elle rate sa cible et finit par perdre sa crédibilité.

1962 : Radio Free Dixie, la riposte de Fidel Castro

En 1962, Fidel Castro autorise Robert F. Williams et sa femme Mabel a utiliser les ondes cubaines pour diffuser un programme pour les Américains. Ces deux militants des droits civiques ont obtenu l’asile politique à Cuba. La première émission est sur les ondes le 27 juillet 1962.  Chaque lundi, ils enregistrent un programme d’une heure, baptisé Radio Free Dixie, diffusé trois fois par semaine (lundi, mercredi et vendredi) à 23 heures sur un émetteur puissant (50 kw) de Radio Progreso (690 khz). Radio Free Dixie s’adresse tout particulièrement aux noirs des états du sud et  diffuse des infos sur tout ce qui concerne les combats des afro-américains mais aussi du jazz, du blues et de la soul.

Les émissions prennent fin en 1966 quand le couple choisit de partir pour la Chine populaire.

La radio de Vichy annonce un évènement, trois ans avant qu’il ne se produise

Lors de son bulletin d’informations du 28 mars 1942, la Radiodiffusion nationale à Vichy, citant un message de Tokyo, annonce que le leader hindou Subhas Chandra Bose est mort dans un accident d’avion au large du Japon alors qu’il se rendait à une conférence Subhas Chandra Bosenippo-indienne. C’est une boulette mais qui est reprise par l’agence Reuters et qui amène même Gandhi à envoyer un télégramme de condoléance à la mère de Subhas Chandra Bose. Certes, une dépêche japonaise a annoncé que quatre nationalistes hindous sont décédés dans un crash aérien mais pas le chef nationaliste passé du côté des forces de l’Axe.

Radio-Paris dément en annonçant que le leader nationaliste a parlé sur sa radio clandestine (lire ci-dessous). L’affaire tombe ensuite dans les oubliettes. Jusqu’en août 1945, quand on apprend que Subhas Chandra Bose est mort dans un accident au large de Taiwan alors qu’il faisait route vers Tokyo. La boulette de la Radiodiffusion nationale aura été prophétique.

Cette anecdote nous donne l’occasion d’évoquer les radios clandestines des nationalistes indiens mises en place avec le soutien des nazis et des Japonais. En prônant la résistance armée, Subhas Chandra Bose s’oppose à Gandhi, partisan de la non-violence. Il rejoint les forces de l’Axe pour mettre en place une armée indienne. Il a besoin pour cela d’instruments de propagande.

Azad Hind Radio (Radio Inde libre) démarre ses émissions sur ondes courtes en janvier 1942. Elle diffuse quotidiennement un programme de deux heures depuis deux émetteurs,Flag_Azad_Hind l’un en Bohême, l’autre en Hollande, deux pays occupés par les Allemands. Les programmes consistent en infos, commentaires, interviews en plusieurs langues parlées sur le sous-continent indien et en anglais. Plus tard, Azad Hind Radio est relayée depuis un émetteur de Singapour (occupé par les Japonais) et un second à Saïgon (colonie fidèle à Vichy et sous tutelle japonaise).

Subhas Chandra Bose bénéficie également de deux autres radios clandestines diffusées par les Allemands. Azad Moslem Radio émet un quart d’heure chaque jour en hindi à destination des musulmans qui seraient tenter de suivre Jinnah qui souhaite un état séparé (le futur Pakistan). Elle a pour but de rallier les musulmans à l’idée d’une Inde unie. National Congress Radio diffuse à partir d’août 1942 en quatre langues durant 40 minutes. Elle fait à sa façon la promotion du Quit India Movement, l’appel de Gandhi pour l’indépendance de l’Inde.  Le nom de la station se confond d’ailleurs avec celui de Congress Radio, la vraie radio pirate du Quit India Movement. C’est une technique de propagande très utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais ces deux dernières radios n’ont eu que peu de retentissement.

Ces trois stations étaient diffusées sur les mêmes longueurs d’ondes, 9 550 et 11 470 khz.

« France Libre d’outre-mer », un poste clandestin sous les cocotiers

Le contexte

Après l’armistice de juin 1940, les autorités des territoires français de l’océan indien, Madagascar et La Réunion, sont restés fidèles au gouvernement de Vichy. En 1942, les Britanniques craignent que les ports de Madagascar soient utilisés par les sous-marins japonais pour se ravitailler. Le 5 mai 1942, les troupes britanniques débarquent à Diego-Suarez. Le 8 novembre, l’armée française fidèle à Vichy capitule.

Maurice

La radio française dans l’océan indien

L’Etat français (Vichy) dispose de Radio-Saint-Denis à la Réunion, un poste local de faible puissance mais surtout de Radio-Tananarive. Cette station émet en ondes moyennes mais aussi en ondes courtes. A Madagascar, de nombreux français sont favorables à la France libre. Un poste clandestin « Tananarive libre » a émis quelques heures mais a dû cesser d’émettre faute de moyens techniques.

Radio Tananarive diffuse la propagande de Vichy avec un ton très anglophobe. Ce n’est pas Radio-Maurice, le petit poste monté en 1927 par Charle Jollivet, un marchand de disques de l’île Maurice (territoire britannique),  et qui diffuse à faible puissance sur ondes moyennes qui peut rivaliser.

Une voix clandestine

En 1941, France Libre d’outre-mer, une radio clandestine, se met en place sur l’île Maurice. Un émetteur d’occasion d’un kilowatt est acheté à la radio sud-africaine. C’est une initiative de Henri Montocchio et François d’Unienville. Elle est située près de la sucrerie de Highlands et émet sur ondes courtes dans la bande des 41 mètres. Cette station qui peut diffuser jusqu’à trois heures par jour est animée un speaker, Amédée Poupard aidé pour tout ce qui est musical de Max Moutia. François d’Unienville s’occupe d’écrire les textes des infos.

A la fin de la guerre, ce poste clandestin fusionne avec Radio-Maurice et le petit poste de la Société des radiophiles pour mettre en place le 1er juillet 1944 MBS, Mauritius Broadcasting Service, la radio publique de l’île qui deviendra Mauritius Broadcasting Corporation à l’indépendance.

 

Emetteur n°4, la mystérieuse radio clandestine estonienne

Dès le début de 1927, les auditeurs de Tallinn, la capitale de l’Estonie, captent un nouveau poste qui s’annonce comme l’Emetteur n°4. La radio passe des disques et diffuse en estonien quelques causeries. Problème : personne n’a autorisé cette station.

D’où émet-elle? Qui sont ses animateurs ? Les sans filistes de ce pays balte cherchent à en savoir plus. Une revue de radio diffuse même une photo de ce poste mystérieux mais l’image s’avère en fait truquée.Estonie

Le mystère enfin s’éclaircit. La police, qui avait offert une récompense, parvient à identifier un peu plus d’un an plus tard, les auteurs de ces émissions clandestines. Deux jeunes Estoniens de 18 ans avaient fabriqué un émetteur à lampes des plus simples à partir d’un récepteur et s’amusaient à diffuser de la musique jusqu’à 40 km à la ronde.

Soit aussi bien que la radio estonienne qui faisait à l’époque ses premiers pas. Une de leurs émissions fut même entendue en Finlande ! Pas mal pour la première radio pirate balte…

Radio Justice et Liberté, le mystérieux poste clandestin de Limoges

Le 10 avril 1947 à 13 heures, un mystérieux poste clandestin se fait entendre sur les ondes de Limoges. Radio Justice et Liberté diffuse sur la longueur d’ondes de 40 mètres ondes courtes. Pour cette première émission, le poste a cherché un maximum de publicité. Dans la nuit, des tracts ont été jetés place d’Aisne d’une voiture qui n’a pas été identifiée.

Que dit-il ? « Appel à la population. Aujourd’hui jeudi, considérant que tous les maux qui accablent notre pays sont dues à l’incurie des organismes légaux chargés de l’épuration, Radio Justice et Liberté, organe du Comité secret d’épuration nationale, vous demande de prendre l’écoute à 13 heures dans la bande des ondes courtes, longueur d’ondes 40 mètres. Ecoutez, faites écouter Radio Justice et Liberté. C. S. E. N. »

L’attentat de la rue du Clocher

Justice6Cette émission intervient alors que l’émotion est encore très grande à Limoges suite à un attentat à la bombe qui a frappé la rue du Clocher le 25 mars. Peu avant minuit, une explosion a dévasté le magasin Letourneur et les vitrines des boutiques à 200 mètres à la ronde. Cette action non revendiquée est attribuée à des collabos.Justice5

Elle est condamnée par tous les mouvements de résistance. Et c’est dans ce milieu qu’il faut très probablement chercher le groupe à l’initiative des émissions de Radio Justice et Liberté. Il faut en effet être très organisé et disposer du matériel de transmission.

Justice3

Quelques jours plus tard deux autres émissions ont lieu

Le poste dénonce « les décisions de clémence appliquées aux collaborateurs par les cours de justice ». Et notamment, la mesure de grâce dont ont bénéficié, la veille de la première émission, André Algarron (directeur adjoint du Petit Parisien et éditorialiste de Radio-Paris), Pierre-Antoine Cousteau (rédacteur en chef adjoint à Paris-Soir et rédacteur à Je Suis Partout) et Lucien Rebatet (rédacteur à Je Suis Partout). Ces trois collaborateurs ont échappé à la peine mort, commuée en travaux forcés.

La radio cesse d’émettre

 La police recherche activement le mystérieux poste clandestin. Le 20 avril 1947 à 13 heures, Radio Justice et Liberté annonce lors de sa quatrième émission que ce sera la dernière « par suite des surveillances effectuées par les pouvoirs publics ». La station annonce toutefois qu’elle envisage de revenir plus tard sur les ondes en utilsant même des réémetteurs !