Que connaît-on de la Radio Inconnue ?

Une radio clandestine, baptisée la Radio Inconnue, se fait remarquer sur les ondes courtes au cours de l’été 1941. Elle semble émettre de France et se singularise par un discours violemment antipétainiste.

Ainsi le 10 août, une femme déclare : « Une Française vous parle. Vous ne savez peut être pas qu’il y a plus de deux millions de touristes boches en France qui s’abattent sur nos provisions, nourriture, vêtements, qui achètent tout et qui ne paient presque rien qu’en papier. Comme une nuée de sauterelles,ils prennent tout et quand ils seront partis, nos rations déjà si maigres seront encore réduites et nous n’aurons rien, nos enfants jeûneront quand ils auront tout emporté. Français, n’endurez pas cela. Révoltez-vous contre le gouvernement de poules mouillées de Vichy !« 

Une radio bien connue de Londres

Ces émissions intéressent les médias américains qui pensent avoir affaire à une radio clandestine émettant depuis la France. Il n’en est rien. C’est une radio noire. Une station qui se fait passer pour une clandestine mais qui en réalité est mise en ondes par les services secrets anglais (Political Warfare Executive).

Elle est animée par deux anglais qui maîtrisent parfaitement le français, M. Kingsbury et Mme Mainwaring et qui sont installés dans une maison de la campagne anglaise au nord de Londres. Ils diffusent sur ondes courtes, 30.77 mètres, un programme trois fois par jour depuis fin 40-début 41. Mais c’est surtout durant l’été 1941, que la Radio Inconnue fait parler d’elle. On la croit installée en région parisienne.

Une bien mystérieuse organisation

Le ton est très virulent. Une organisation bidon, Les Chevaliers du coup de balai est imaginée car les Anglais veulent faire à un réseau bien structuré. Radio Inconnue dénonce nommément des industriels qui collaborent. Elle appelle à des sabotages comme le 10 août 1941 : « Français qui travaillez dans les chantiers allemands aux travaux d’atterrissage et de décollage, mettez beaucoup d’eau dans le ciment, laissez-le prendre, et mettez encore beaucoup d’eau; de cette façon il ne tient pas ferme. Aussi mettez du sulfate d’ammoniaque dans le plâtre, de cette façon il s’émiettera. »

Mais c’est surtout la personne de Pétain qui est visée par les attaques comme ici, le  17 Août 1941 : « Pétain nous a menti, Pétain nous a vendus aux Boches. Hitler se sert de Pétain comme il se servait de Hindenburg. Pétain a tort de nous imposer le gouvernement d’Hitler. Le peuple français ne veut pas vivre sous les boches. Pétain a tort de nous imposer la violence, Pétain peut redoubler la police s’il veut, le peuple n’obéira pas à Pétain, le peuple répondra par la violence. II y a encore des armes en France ; des couteaux, des pioches,des pelles. Nous remplacerons Pétain !« 

C’est probablement la fausse radio clandestine anglaise qui a eu le plus d’impact en France. Elle a émis jusqu’au 10 janvier 1944 et son existence n’a été révélée qu’après la guerre. Même les Gaullistes n’ont pas été mis dans la confidence.

« La voix de l’Algérie française », l’insaisissable radio pirate de l’OAS

Après l’échec du putsch des généraux en avril 1961, des militaires et des pieds noirs fondent clandestinement l’Organisation Armée Secrète (OAS) pour garder l’Algérie française, alors qu’elle se dirige vers l’indépendance suite au référendum de janvier 1961. Outre ces actions terroristes, l’OAS a réussi à diffuser à de nombreuses reprises, des émissions pirates. C’est cette histoire qui nous intéresse ici.

Samedi 5 août 1961. Vers 13 heures, les câbles qui alimentent l’émetteur algérois de France V sont sabotés. Le programme local de la RTF est réduit au silence. Au même moment une émission pirate de l’OAS est entendue sur la même longueur d’ondes. les auditeurs peuvent entendre un discours du général Gardy, ancien commandant de la Légion étrangère et du putsch des généraux en avril 1961.

Ce premier coup d’éclat n’est que le début d’une très longue série d’action pour diffuser Radio France, la Voix de l’Algérie française, la station pirate de l’OAS. Emissions diverses et variées, attentats, fusillades, poursuites, brouillages, voici ci-dessous un recensement, non exhaustif, des épisodes de cette aventure.

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Trois histoires radiophoniques du début de l’ère castriste

1958 : la guérilla de Fidel Castro lance ses émissions rebelles

Radio RebeldeAujourd’hui, Radio Rebelde est une station qui couvre Cuba par de multiples et puissants émetteurs. A ses débuts, la station est clandestine. Elle démarre ses émissions le 24 février 1958 dans la sierra à l’initiative de Che Guevara par un programme de 20 minutes alimenté par un groupe électrogène.

Radio Rebelde diffuse ensuite tous les jours à 17 et 19h dans la bande des 20 mètres des émissions constitués d’infos, communiqués, musique, messages aux familles, messages aux unités de la guérilla.

1960 : l’Empire contre-attaque avec Radio Swan

Le 17 mai 1960, les auditeurs des Caraïbes peuvent entendre une nouvelle station en espagnol et en anglais sur 1160 khz. Radio Swan diffuse des programmes commerciaux mais très hostile au nouveau régime de Cuba. Elle bénéficie de deux émetteurs, un en ondes moyennes de 50 kw et un second en ondes courtes de 3,5 kw (fréquence 6000 khz). Le tout est installé sur l’île de Swan, un territoire alors contesté entre les USA et le Honduras. Fidel Castro réagit en organisant les radios cubaines proches de la fréquence de Radio Swan en une même station, La Voz del INRA (la Voix de l’Institut national pour la réforme agraire) dont la mission est de gêner les émissions.

Les programmes de Radio Swan sont enregistrés aux USA et acheminés sur l’île par avion. L’équipe technique est ravitaillée sur l’île par l’US Navy. Car Radio Swan est en fait une radio de la CIA. Elle sera notamment très active lors du débarquement de la baie des Cochons. Mais elle est si violemment anti-castriste qu’elle rate sa cible et finit par perdre sa crédibilité.

1962 : Radio Free Dixie, la riposte de Fidel Castro

En 1962, Fidel Castro autorise Robert F. Williams et sa femme Mabel a utiliser les ondes cubaines pour diffuser un programme pour les Américains. Ces deux militants des droits civiques ont obtenu l’asile politique à Cuba. La première émission est sur les ondes le 27 juillet 1962.  Chaque lundi, ils enregistrent un programme d’une heure, baptisé Radio Free Dixie, diffusé trois fois par semaine (lundi, mercredi et vendredi) à 23 heures sur un émetteur puissant (50 kw) de Radio Progreso (690 khz). Radio Free Dixie s’adresse tout particulièrement aux noirs des états du sud et  diffuse des infos sur tout ce qui concerne les combats des afro-américains mais aussi du jazz, du blues et de la soul.

Les émissions prennent fin en 1966 quand le couple choisit de partir pour la Chine populaire.

La radio de Vichy annonce un évènement, trois ans avant qu’il ne se produise

Lors de son bulletin d’informations du 28 mars 1942, la Radiodiffusion nationale à Vichy, citant un message de Tokyo, annonce que le leader hindou Subhas Chandra Bose est mort dans un accident d’avion au large du Japon alors qu’il se rendait à une conférence Subhas Chandra Bosenippo-indienne. C’est une boulette mais qui est reprise par l’agence Reuters et qui amène même Gandhi à envoyer un télégramme de condoléance à la mère de Subhas Chandra Bose. Certes, une dépêche japonaise a annoncé que quatre nationalistes hindous sont décédés dans un crash aérien mais pas le chef nationaliste passé du côté des forces de l’Axe.

Radio-Paris dément en annonçant que le leader nationaliste a parlé sur sa radio clandestine (lire ci-dessous). L’affaire tombe ensuite dans les oubliettes. Jusqu’en août 1945, quand on apprend que Subhas Chandra Bose est mort dans un accident au large de Taiwan alors qu’il faisait route vers Tokyo. La boulette de la Radiodiffusion nationale aura été prophétique.

Cette anecdote nous donne l’occasion d’évoquer les radios clandestines des nationalistes indiens mises en place avec le soutien des nazis et des Japonais. En prônant la résistance armée, Subhas Chandra Bose s’oppose à Gandhi, partisan de la non-violence. Il rejoint les forces de l’Axe pour mettre en place une armée indienne. Il a besoin pour cela d’instruments de propagande.

Azad Hind Radio (Radio Inde libre) démarre ses émissions sur ondes courtes en janvier 1942. Elle diffuse quotidiennement un programme de deux heures depuis deux émetteurs,Flag_Azad_Hind l’un en Bohême, l’autre en Hollande, deux pays occupés par les Allemands. Les programmes consistent en infos, commentaires, interviews en plusieurs langues parlées sur le sous-continent indien et en anglais. Plus tard, Azad Hind Radio est relayée depuis un émetteur de Singapour (occupé par les Japonais) et un second à Saïgon (colonie fidèle à Vichy et sous tutelle japonaise).

Subhas Chandra Bose bénéficie également de deux autres radios clandestines diffusées par les Allemands. Azad Moslem Radio émet un quart d’heure chaque jour en hindi à destination des musulmans qui seraient tenter de suivre Jinnah qui souhaite un état séparé (le futur Pakistan). Elle a pour but de rallier les musulmans à l’idée d’une Inde unie. National Congress Radio diffuse à partir d’août 1942 en quatre langues durant 40 minutes. Elle fait à sa façon la promotion du Quit India Movement, l’appel de Gandhi pour l’indépendance de l’Inde.  Le nom de la station se confond d’ailleurs avec celui de Congress Radio, la vraie radio pirate du Quit India Movement. C’est une technique de propagande très utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais ces deux dernières radios n’ont eu que peu de retentissement.

Ces trois stations étaient diffusées sur les mêmes longueurs d’ondes, 9 550 et 11 470 khz.

« France Libre d’outre-mer », un poste clandestin sous les cocotiers

Le contexte

Après l’armistice de juin 1940, les autorités des territoires français de l’océan indien, Madagascar et La Réunion, sont restés fidèles au gouvernement de Vichy. En 1942, les Britanniques craignent que les ports de Madagascar soient utilisés par les sous-marins japonais pour se ravitailler. Le 5 mai 1942, les troupes britanniques débarquent à Diego-Suarez. Le 8 novembre, l’armée française fidèle à Vichy capitule.

Maurice

La radio française dans l’océan indien

L’Etat français (Vichy) dispose de Radio-Saint-Denis à la Réunion, un poste local de faible puissance mais surtout de Radio-Tananarive. Cette station émet en ondes moyennes mais aussi en ondes courtes. A Madagascar, de nombreux français sont favorables à la France libre. Un poste clandestin « Tananarive libre » a émis quelques heures mais a dû cesser d’émettre faute de moyens techniques.

Radio Tananarive diffuse la propagande de Vichy avec un ton très anglophobe. Ce n’est pas Radio-Maurice, le petit poste monté en 1927 par Charle Jollivet, un marchand de disques de l’île Maurice (territoire britannique),  et qui diffuse à faible puissance sur ondes moyennes qui peut rivaliser.

Une voix clandestine

En 1941, France Libre d’outre-mer, une radio clandestine, se met en place sur l’île Maurice. Un émetteur d’occasion d’un kilowatt est acheté à la radio sud-africaine. C’est une initiative de Henri Montocchio et François d’Unienville. Elle est située près de la sucrerie de Highlands et émet sur ondes courtes dans la bande des 41 mètres. Cette station qui peut diffuser jusqu’à trois heures par jour est animée un speaker, Amédée Poupard aidé pour tout ce qui est musical de Max Moutia. François d’Unienville s’occupe d’écrire les textes des infos.

A la fin de la guerre, ce poste clandestin fusionne avec Radio-Maurice et le petit poste de la Société des radiophiles pour mettre en place le 1er juillet 1944 MBS, Mauritius Broadcasting Service, la radio publique de l’île qui deviendra Mauritius Broadcasting Corporation à l’indépendance.

 

Emetteur n°4, la mystérieuse radio clandestine estonienne

Dès le début de 1927, les auditeurs de Tallinn, la capitale de l’Estonie, captent un nouveau poste qui s’annonce comme l’Emetteur n°4. La radio passe des disques et diffuse en estonien quelques causeries. Problème : personne n’a autorisé cette station.

D’où émet-elle? Qui sont ses animateurs ? Les sans filistes de ce pays balte cherchent à en savoir plus. Une revue de radio diffuse même une photo de ce poste mystérieux mais l’image s’avère en fait truquée.Estonie

Le mystère enfin s’éclaircit. La police, qui avait offert une récompense, parvient à identifier un peu plus d’un an plus tard, les auteurs de ces émissions clandestines. Deux jeunes Estoniens de 18 ans avaient fabriqué un émetteur à lampes des plus simples à partir d’un récepteur et s’amusaient à diffuser de la musique jusqu’à 40 km à la ronde.

Soit aussi bien que la radio estonienne qui faisait à l’époque ses premiers pas. Une de leurs émissions fut même entendue en Finlande ! Pas mal pour la première radio pirate balte…

Radio Justice et Liberté, le mystérieux poste clandestin de Limoges

Le 10 avril 1947 à 13 heures, un mystérieux poste clandestin se fait entendre sur les ondes de Limoges. Radio Justice et Liberté diffuse sur la longueur d’ondes de 40 mètres ondes courtes. Pour cette première émission, le poste a cherché un maximum de publicité. Dans la nuit, des tracts ont été jetés place d’Aisne d’une voiture qui n’a pas été identifiée.

Que dit-il ? « Appel à la population. Aujourd’hui jeudi, considérant que tous les maux qui accablent notre pays sont dues à l’incurie des organismes légaux chargés de l’épuration, Radio Justice et Liberté, organe du Comité secret d’épuration nationale, vous demande de prendre l’écoute à 13 heures dans la bande des ondes courtes, longueur d’ondes 40 mètres. Ecoutez, faites écouter Radio Justice et Liberté. C. S. E. N. »

L’attentat de la rue du Clocher

Justice6Cette émission intervient alors que l’émotion est encore très grande à Limoges suite à un attentat à la bombe qui a frappé la rue du Clocher le 25 mars. Peu avant minuit, une explosion a dévasté le magasin Letourneur et les vitrines des boutiques à 200 mètres à la ronde. Cette action non revendiquée est attribuée à des collabos.Justice5

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Une fausse radio clandestine annonce en exclu le Débarquement

« L’ennemi débarque en force par air et par mer. Le Mur de l’Atlantique est percé àDelmer plusieurs endroits. Le commandant a ordonné l’état d’alarme n°3, » annonce à l’aube du 6 juin 1944, Soldatensender Calais quelques minutes après la dépêche de l’agence de presse allemande DNB. Un scoop mondial certes, mais cette radio dont le ton s’apparente à une radio pour les militaires allemands était dans la confidence ! Soldatensender Calais (que l’on traduit souvent par Radio Calais-Armée allemande) était en effet un faux poste clandestin allemand monté par les services britanniques depuis le 24 octobre 1943. Cette station bénéficiait d’un émetteur ondes moyennes d’une puissance peu commune pour l’époque, 600 kw, surnommé Apidistria, situé dans le sud de l’Angleterre. Les techniciens pouvaient également changer la fréquence rapidement, ce qui permettait au poste de se placer sur celle d’un émetteur officiel allemand dès que ce dernier quittait les ondes en cas de raid aérien.

La radio émettait à partir du soir et pendant toute la nuit, un programme de musique de danse, très apprécié de la troupe. Le tout agrémenté d’informations, souvent très précises et vérifiées par les services secrets britanniques, lestées cependant de fausses nouvelles. L’ensemble faisait un tout très crédible pour le soldat mal informé de la Wehrmacht. Cette antenne était dirigée par Sefton Delmer (photo), un journaliste passé maître dans l’art de la radio noire.

Quel a été son rôle le 6 juin 1944?

Soldatensender Calais a distillé dans son programme des infos tendant à faire croire que le débarquement n’avait pas lieu qu’en Normandie. Elle annonce par exemple des parachutages entre Boulogne et Calais au niveau de Rouen et des navires de débarquement au nord du Havre. Des infos reprises par exemple par le correspondant suédois d’Aftonbladet à Berlin et relayées par plusieurs journaux anglosaxons.

Relayée par Radio Atlantik

Atlantik-lib-sep-43Soldatensender Calais  était relayée sur ondes courtes par Kurzwellensender Atlantik, une autre radio noire dirigée par Sefton Delmer et lancée sur les ondes le 5 février 1943 à raison de plusieurs sessions d’une demi-heure répétées la nuit. Ses infos ont été souvent reprises dans la presse alliée et celle de la Résistance (lire ci-dessus). On imagine son impact sur le moral des soldats allemands qui ont pu l’écouter.