Pourquoi 8FM peut être considérée comme la première radio libre parisienne

8FM

8FM, un nom qui sonne comme celui d’une radIo issue de la libération de la bande FM en 1981. Mais ici, il s’agit d’un indicatif, celui d’un radioamateur qui à la fin des années vingt faisait des transmissions sur ondes courtes. Mais l’analogie avec l’époque des radios libres ne s’arrête pas là. C’est ce que nous allons découvrir. Car dans le courant du mois de février 1929, ce radio amateur se déplace vers les ondes moyennes, celles dévolues à la radiodiffusion. Il se place au plus proche de la longueur d’ondes de Radio-Vitus, le poste de Montmartre, qui émet sur 308.9 mètres. Il commence ses émissions depuis sa villa du 9, rue Félix-Faure, dès que Vitus quitte les ondes vers 22 heures. Les premières mesures de l’air Les Deux Gendarmes de Gustave Nadeau lui sert d’indicatif.

Un journaliste de l’Intransigeant, un grand quotidien de l’époque était à l’écoute. « Un mardi soir, vers 23 h 30 alors que je cherchais quelques postes assez faibles aux alentours de 250 et 300 mètres, j’eus la surprise d’entendre une voix française, qui semblait toute proche tant la réception était, bonne, dire textuellement : « Allô Melun, allô 8 GM, allô la rue Saint-Maur, allô René, allô tous. Ici 8 FM qui procède à des essais de modulation avec plusieurs amateurs. » Et 8 FM, je ne le connais que par son matricule puisque j’ignore tout de lui fit des essais devant le micro et passa quelques disques de jazz et de chant. Il s’agissait d’un amateur dûment autorisé et qui s’était égaré sur la bande réservée au broadcasting. »

« Une voix vraiment vivante »

Ce genre de transmission à la limite entre l’activité de radioamateur et la radiodiffusion n’était pas rare. Mais dans le cas de 8FM, la personnalité de M. Merckel, un passionné de Neuilly-Plaisance, se détache. « Il donnait, en quelque sorte, un concert de phonographe à quelques amis prévenus à l’avance et aux autres, aux sans-filistes inconnus qui, comme moi, étaient ce soir-là à l’écoute, mais il le faisait avec tant de bonhomie, d’humour, que je me sentais réconforté par la présence d’une voix vraiment vivante dans mon haut-parleur, généralement plus habitué à amplifier la voix officielle et froide des speakers », poursuit l’Intransigeant. L’émission a « l’avantage d’apporter brusquement de la vie.« 

« Un genre nouveau »

M. Merckel (photo ci-contre) n’hésite pas imiter Dehorter, le chansonnier René Devilliers ou le speaker de Radio-Toulouse. Il a également un « carillon » au son de casseroles qui imite celui de Neuilly. « Il nous semble que 8 FM a créé là un genre nouveau susceptible de remporter un grand succès« , s’enthousiasme l’Intransigeant.

Tout le monde n’est pas de cet avis : « Un brave homme a établi, à Neuilly-Plaisance, un poste d’émission de faible puissance. Trois fois par semaine, il donne, sur 310 mètres de longueur d’onde, un concert de disques assaisonné de quelques plaisanteries d’un goût douteux et de commentaires politiques que personne ne lui demande« , peut-on lire dans la Parole Libre.

Adieu 8FM

Mais 8FM et ses émissions débridées après 22 heures cartonnent. Les autorités réagissent. Fin 1929, M. Merckel reçoit une injonction d’arrêter ses émissions signée de Louis-Germain Martin, ministre des PTT qui recule après une campagne de presse juste avant de quitter son poste. Mais en octobre 1930, l’administration des PTT revient à la charge. M. Merckel s’incline. « Le propriétaire de 8 FM n’a fait qu’une émission de quelques minutes. Juste pour nous apprendre qu’une lettre, la réponse, lui était enfin arrivée ce jour, lui interdisant toute émission et le menaçant de poursuites judiciaires s’il contrevenait à cette défense.« 

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