Des journalistes de Vichy arrêtés après le reportage sur le sabordage de la flotte

Sabordage de la flotte à Toulon

Le matin du 27 novembre 1942, la flotte française basée à Toulon se saborde pour éviter d’être capturée par les Allemands qui depuis le 11 novembre ont envahi la zone libre en réaction au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord. L’après-midi, la Radiodiffusion nationale rend compte de l’événement via le correspondant marseillais de l’Office français de l’information-Havas, l’agence de presse de Vichy. Le poste pétainiste est généralement connu pour le manque de réactivité se son service d’informations. Les rapports des préfets s’en plaignent régulièrement.

Radiodiffusion nationale de Vichy

Mais, le jour du sabordage de la flotte, la Radiodiffusion nationale se démarque en décrivant les événements de façon précise. A tel point, que les informations de la radio de Vichy, ou directement la dépêche de l’agence, sont reprises par les agences de presse alliées dont l’agence France Afrique à Alger ou directement par les journaux en français installés à Londres. La station explique dans le détail comment des Français ont tenté de retarder l’entrée des Allemands dans l’arsenal. Outre la précise relation des faits, la fin de la dépêche va mettre le gouvernement de Vichy dans l’embarras.

Sabordage de la flotte à Toulon

Soudain, une violente explosion déchirait l’air ; le Strasbourg venait de se saborder, bientôt imité par tous les autres navires ancrés dans la rade et par les batteries côtières. Dans certains cas, le dispositif de sabordage n’ayant pas fonctionné a temps voulu, les marins ouvrirent le feu avec leurs mitrailleuses jusqu’à ce que l’explosion eut détruit le navire ou l’ouvrage défendu.
Des combats s’engagèrent et de nombreuses victimes tombèrent pendant que les équipes de sabordage se sacrifiaient pour que leurs bateaux ne soient pas capturés. La plupart des commandants de bâtiments périrent sur leur passerelle de commandement.
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La radio de Vichy se tait quelques heures

Cette dernière partie est fortement contestée le lendemain par les autorités de Vichy alors que la dépêche a fait le tour du monde. Des journaux anglo-saxons et Reuters rapportent que la Radiodiffusion nationale est restée “inexplicablement” silencieuse quelques heures “en raison des événements” et qu’elle est revenue sur les ondes en soirée à 18 heures. On peut émettre l’hypothèse que les Allemands ont coupé la diffusion. Ils avaient fait de même le 11 novembre lors de l’invasion de la zone libre. L’émetteur parisien de la Radiodiffusion nationale, le seul de la zone occupée, avait quitté les ondes alors que la station diffusait toutes les heures la “protestation” du maréchal Pétain.

Vichy fait le ménage

L’agence OFI-Havas, qui elle aussi avait été silencieuse un long moment, finit par accuser le rédacteur de mensonges. Elle annonce que le nombre de victimes s’établit à 2 morts (12 dans la réalité) et 27 blessés, avant que le bilan ne monte à 6 suite aux décès de blessés graves. Vichy donne le nom des victimes mais cherche à minimiser les incidents en éludant la cause de leur mort ou de leurs blessures. Ainsi le lieutenant de vaisseau Dominique Faÿ du Strasbourg est “décédé des suites de ses blessures à la jambe“. En 1946, quand il sera décoré à titre posthume on apprendra qu’il “a fait preuve d’un beau courage et d’un grand mépris du danger sous le feu des chars allemands qui avaient pénétré dans l’arsenal. Il a fait ouvrir le feu sur ces chars et a été mortellement blessé à son poste de combat.” Des faits qu’évoquait la dépêche de l’OFI-Havas.

A la demande des Allemands, Vichy fait le ménage dans sa propre agence d’information OFI-Havas. Depuis Alger, l’Agence France Afrique annonce ainsi début décembre : “On apprend de Vichy que MM. Louis Perrin, rédacteur en chef ; Jean Allary, rédacteur diplomatique, et Léon Chadé, rédacteur en chef des services étrangers de l’Office français d’information, ont été arrêtés et seront jugés par le tribunal d’Etat a la suite du reportage diffusé par cette agence de presse sur le sabordage de la flotte française à Toulon. Une information antérieure avait déjà annoncé l’arrestation du reporter lui-même dont le nom n’a pas été révélé.

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