L’histoire de la première émission humoristique n’est pas marrante

Dès le début des radios en France, il y a bien eu des histoires drôles, des blaguesGabriel Timmory racontées, des chansons rigolotes dans certains programmes. Mais de quand date la première vraie émission humoristique ? Du 18 novembre 1923, soit un an après la naissance de la première radio privée française Radiola. Le poste propose alors, chaque dimanche à 20h30, « Histoires de rire ». Une émission de quelques minutes entre les nouvelles de l’agence Havas et le programme de la soirée. Comme le font encore aujourd’hui les chaîne de télévision entre le journal et le « prime time ». Cette première émission poilante est présentée par Gabriel Timmory. Ce fantaisiste excelle dans l’écriture de comédies et de pièces de boulevard.

Les droits d’auteurs ne le font pas rigoler

Mais pas seulement. Il est aussi très attaché aux droits d’auteur. « Il serait injuste et immoral que la radiophonie continuât d’ignorer les auteurs sans qui elle ne serait pas », déclare-t-il au journal culturel Comoedia en octobre 1924. A l’époque les radios ne paient rien. Elles considèrent qu’un conférencier, un auteur, se rémunère par la publicité que lui apporte son intervention sur les ondes. Gabriel Timmory parvient à convaincre les différentes sociétés d’auteurs. Depuis le 6 juillet 1924, « Histoires de rire » s’est tue. La collaboration de Gabriel Timmory avec Radiola devenue Radio-Paris s’est arrêtée. On peut se marrer à l’antenne mais on ne rigole pas avec les droits d’auteur…

A la veille de l’été, le premier concert sponsorisé accueille le Printemps

En avril 1923, Radiola, le premier poste privé français, avait innové en proposant au Pigall’s, une boîte de Montmartre, de faire jouer son orchestre dansant en échange de citer son nom à l’antenne. Une première publicité sur les ondes de France sous la forme d’un échange de bons procédés.

Printemps avec un P majuscule

Mais pour entendre le premier programme réellement sponsorisé, il faudra attendre une année de plus. Il est diffusé le jeudi 12 juin 1924 sur Radio-Paris (ex-Radiola). Il s’agit d’un concert consacré au Printemps. Avec un P majuscule. Car il s’agit des magasins du Printemps, boulevard Hausmann, qui fêtent leur réouverture après le terrible incendie qui avait complètement ravagé l’immeuble en septembre 1921. A quelques jours de l’été, les auditeurs ont le droit à une soirée lyrique d’une heure. Et bien sûr, le nom de chaque oeuvre a un rapport avec le printemps.

On a retrouvé la « playlist », la voici :

Radio Paris

Une anecdote à l’intention des mélomanes : c’est lors de ce programme que le chanteur lyrique Lucien Fugère a chanté pour la première fois devant un micro.

Incendie du Printemps 1921
A la une du Journal, le 29 septembre 1921

 

Et la palme d’or de la première émission de radio sur le cinéma est attribuée à…

« N’est-ce pas étrange que vous m’ayez vue, peut-être, sur l’écran du cinéma, sans m’entendre, et que ce soir vous m’entendiez sans me voir ? »

GenevieveFelix2Si dans les années vingt, la radio n’en est qu’à ses balbutiements, le cinéma, même muet, connaît son heure de gloire. Cinéma et radio vont très tôt se rejoindre. C’est sur Radiola (future Radio-Paris), la première radio privée, que l’on trouve la première émission dédiée au septième art. Ce n’est encore qu’une courte rubrique diffusée chaque jeudi au beau milieu du concert de 21 heures, dès août 1923 (on la retrouvera plus tard, placée juste après les infos de 20h30). Elle s’appelle « radio-chronique de l’écran ».

Le 29 mai 1924, c’est au tour du poste de l‘Ecole supérieure des PTT (le futur Paris-PTT) d’ajouter à ses programmes une radio-rubrique diffusée le jeudi soir (veille de sortie des films) quasiment à la même heure que la radio-chronique de Radio-Paris. C’est l’actrice Geneviève Félix (photo), vedette du cinéma muet français, qui en est la première invitée. « N’est-ce pas étrange que vous m’ayez vue, peut-être, sur l’écran du cinéma, sans m’entendre, et que ce soir vous m’entendiez sans me voir ?« , déclare-t-elle ce soir-là. Belle entrée en matière, non ?

Mai 1923 : le premier reportage sportif en direct sur une radio française

Le dimanche 6 mai 1923, la toute jeune radio privée Radiola (future Radio-Paris) annonce que le compte-rendu du match de boxe Carpentier-Nilles sera donné round par round à l’antenne à partir de15h45, en direct du stade-vélodrome de Buffalo (Montrouge). Une première dans l’histoire de la radio en France.Radiola-sports-Nilles

Au micro, Edmond Dehorter qui fait ses débuts sur les ondes.Ce premier reporter sportif vient tout juste d’être embauché par Radiola. A l’antenne, il se fera connaître un peu plus tard sous le nom du Parleur inconnu. C’est l’usage sur cette station de donner des surnoms au speakers (Radiolo, Radiolette, etc.).

Les huit rounds du combat sont commentés à l’antenne et surprise, à la fin du match, Georges Carpentier, champion de France, saute du ring pour aller ce placer à la demande de son coach près du microphone. » Ici Georges Carpentier, je viens de battre Nilles en huit rounds. je suis très content de ma victoire. »  Une courte déclaration avant de s’éclipser au vestiaire. Le premier commentaire de champion en direct fut donc très bref.

Et le deuxième reportage, c’était quand ?

Suzanne_Lenglen_02Le dimanche 27 mai, les championnats du monde de tennis sur terre battue se déroulent au bois de Saint-Cloud. La gagnante, la Française Suzanne Lenglen, s’est exprimée au micro de Radiola après sa victoire. Elle est plus bavarde que Georges Carpentier et la Divine (c’est son surnom) peut expliquer, via Edmond Dehorter, aux auditeurs comment elle est venue à bout de sa concurrente anglaise.

La première pub sur une radio française, c’était pour une boîte de nuit de Pigalle

A quand remonte la première publicité sur les ondes françaises ? Quasiment en même temps que la naissance de la radio en France. Nous sommes en 1923. Radiola, le premier poste privé lancé sur les ondes en novembre 1922 par la SFR commence à avoir du mal à financer ses programmes.

PigallsLes Français sont encore très peu équipés et les auditeurs ne sont donc pas légion. Le poste imagine alors de confier sa soirée consacrée à de la musique légère, le Radio-Dancing à l’orchestre d’un des nombreux cabarets parisiens.

L’un d’entre-eux, le Pigall’sPigalls2 à Montmartre accepte et une à deux fois par semaine ses musiciens viennent au studio de Radiola (qui va devenir Radio-Paris l’année suivante) dans une cave du 79, boulevard Hausmann.

En échange son nom est cité et cette collaboration du Radio-Dancing avec l’orchestre du Pigall’s devient la première réclame sur une antenne française le 19 avril 1923.

Un orchestre endiablé

Que trouve-t-on au 7, rue de Pigalle ? « Un orchestre endiablé. Les samedis, galas, cotillons très amusants et très bruyants. Pigall’s ouvre ses portes vers 23 heures, c’est vraiment un des endroits les plus gais de Montmartre« , souligne un guide de la nuit parisienne de l’époque.

C’était aussi, dit-on, le rendez-vous de quelques malfrats peu recommandables. Peut-être des fans du Radio-Dancing ?

11 novembre 1922 : première concurrence sur les ondes françaises

La Tour Eiffel diffuse ré11novembregulièrement depuis quelques mois et le poste privé Radiola depuis quelques jours à peine (début le 6 novembre). Mais déjà une (petite) concurrence s’installe.

Pour la première fois, les auditeurs vont pouvoir choisir entre deux postes français différents pour commémorer en musique l’anniversaire de l’Armistice de 1918.

A cette occasion les deux radios proposent des concerts patriotiques en direct comme on peut le lire sur le programme du jour :

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Les premières municipales sur les ondes, c’était sur Radio-Paris

« La Société française de radiophonie (émissions Radio-Paris) transmettra les résultats des élections municipales parisiennes au fur et à mesure qu’ils lui seront communiqués par le journal le Matin » souligne ce quotidien. Nous sommes le 3 mai 1925 et voici donc les premières élections municipales couvertes par un tout jeune média : la radio. Et encore une fois, c’est le poste privé Radio-Paris (ex-Radiola) qui innove face à ses concurrents, la Tour Eiffel, l’Ecole supérieure des PTT et Le poste du Petit-Parisien.

Municipales

Radiola, première radio française à couvrir les JO

ChamonixEn 1924, les premiers jeux olympiques d’hiver ont lieu à Chamonix. La radio est alors balbutiante. Trois postes sont sur les ondes : la Tour Eiffel et l’Ecole supérieure des PTT ainsi qu’un poste privé Radiola qui s’apprête dans quelques mois à changer de nom pour devenir Radio-Paris. C’est ce dernier qui va, le premier, mettre les moyens pour couvrir cet événement sportif. Chaque soir, entre le bulletin d’informations et le radio-concert, quelques minutes sont consacrées sur l’antenne de Radiola à la transmission des résultats commentés des Jeux olympiques à Chamonix, le tout par poste spécial. Une très belle performance technique pour l’époque.