Première émission de Radio PTT Nord, cha ch’est quette cosse !

« Cha ch’est quette cosse« , ça c’est quelque chose ! Il y a 90 ans, la première station régionale nordiste, future Radio PTT Nord,  faisait ses premières émissions régulières sur les ondes lilloises. Le décret de décembre 26 prévoyait en effet trois stations nationales et 18 stations régionales, dont une pour le nord de la France.

Antenne de Radio PTT Nord sur l'hôtel des Postes à Lille
La première antenne sur l’Hôtel des Postes

En janvier, un pylône est installé sur la coupole de l’hôtel des postes qui domine l’angle de la rue Inkerman et de la place de la République à Lille. La radio est installée dans quatre pièces au quatrième étage, sous cette même coupole. Un modeste émetteur de 500 watts fait des essais sur 286 mètres dès le début du mois d’avril.

C’est le dimanche 3 avril que le poste du nord est mis en service par Léon Plouviet. Son équipe profite de la visite du président de la République, Gaston Doumergue, qui vient inaugurer la Foire commerciale de Lille. Les essais consistent en la retransmission des discours 13h45 à la chambre de commerce, 16h30 à l’hôtel de ville, 21 heures concert à la préfecture. Les jours suivants, des essais techniques se poursuivent et c’est le 14 avril que sont vraiment lancés des programmes.

Premier émetteur de Radio PTT Nord
La premier émetteur de Radio PTT Nord

Un concert lance Radio PTT Nord

« Ici, la station radiotéléphonique du nord de la France« . En ce 14 avril 1927, à 20 heures, cette annonce ouvre la première émission de ce qui deviendra quelques semaines plus tard Radio PTT Nord. Puis un concert est diffusé en direct de la Maison Coupleux. Ce fabricant de piano possède un auditorium dans ses locaux de la rue Esquernoise, d’où il a diffusé pendant plusieurs mois ses propres programmes sous le nom de Radio-Flandre. 18 avril, le petit poste relaie PTT Paris en soirée. Puis le lendemain toute la journée. Le 20 avril, à 21 heures un concert en direct de la Maison Coupleux est diffusé par le poste de l’Ecole Supérieure des PTT. PTT Nord relaie Paris quasiment tous les jours.

Pour démarrer véritablement ses programmes locaux, la station attend de déménager au premier étage de la Porte de Paris. Ces locaux sont mis à disposition par la municipalité à l’Association de la radiophonie du Nord, qui gère la station. Une inauguration est dans un premier temps prévue le 19 juin, à l’occasion de la Fête des PTT. Mais elle est annulée.

Inauguration de Radio PTT Nord à Lille

Le lundi 25 juillet, c’est la soirée inaugurale depuis le studio de la Porte de Paris, place Simon-Volant, organisée par l’Association de radiophonie du Nord. A 20h30, s’ouvre une soirée musicale de quinze morceaux de musique qui débute par La Marseillaise. Elle s’achève comme il se doit par l’hymne du Nord, Le Petit Quinquin.

Hector Franchomme, président de l’Association de radiophonie du Nord s’exprime en premier. « L’ idée nouvelle éclaire nos horizons. La voix humaine traverse l’espace y portant la pensée. Par le poste émetteur que nous inaugurons ce soir le Nord va parler. Il devra trouver sa place dans la grande famille française.« 

Porte de Paris à Lille

Tiens, voilà Radiolo

Pour clore ce sujet sur les premiers pas de Radio PTT Nord, soulignons le dynamisme de cette station par deux événements qu’elle organise en novembre 1927.

Le 13 novembre, la grande vedette de la radio française, Marcel Laporte, connu sous le nom Radiolo quand il officiait sur Radiola, fait les annonces d’un concert de gala. Il diffusé le soir depuis les studios de la Porte de Paris et offert par la maison Monopole.

Le 15 novembre, nouvelle soirée de gala  à L’Ecole nationale supérieure des arts et industries textiles à Roubaix. Un ténor italien est placé devant un micro à l’hôtel des postes d’Amiens. Il est accompagné par une pianiste à l’Ecole des arts. Le tout est tout retransmis par la station de l’Ecole supérieure des PTT et le poste de la Tour Eiffel !

Radio Wallonia, la petite radio belge populaire dans le nord de la France

Avant guerre, il y avait en Belgique de nombreux petits postes privés à faible puissance. Parmi eux Radio Wallonia. Une station qui fut très populaire dans toute une partie du département du Nord (Avesnes, Bavay et Valenciennes) grâce à ses émissions en patois, un parler partagé des deux côtés de la frontière.

Cette station, installée dans le petit village de Veillereille-les-Brayeux – Bonne Espérance dans le Hainaut, a démarré au cours du week-end pascal enWallonia2 1926. Elle naît à l’initiative d’un passionné de radio, Maurice Tricoté. Dès sa jeunesse, il bricole des récepteurs. Il est parmi les premiers radioamateurs belges. Devenu électricien, il monte en 1924 un premier émetteur durant ses loisirs et s’essaie sur ondes moyennes puis ondes courtes. Début avril 1926, à Pâques, il monte Radio Wallonia sur 201 mètres. La puissance est modeste, une centaine de watts. Mais la station devient populaire de part de d’autre de la frontière franco-belge. Elle réussit par exemple à recueillir une somme conséquente après la catastrophe minière du Fief de Lambrechies (57 morts).

Wallonia

Les petites postes privés doivent se partager les fréquences

A partir de 1934, Radio Wallonia doit réduire ses émissions. La convention de Lucerne fait le ménage sur la répartition des fréquences. Les petits postes privés belges doivent se partager deux longueurs d’ondes. La première proposition des autorités n’est pas tendre pour certains postes. Sur 201,07 mètres: Radio-Schaerbeek, Radio-Conférence, Radio-ChâteaulineauRadio-Binche (15 heures d’émission hebdomadaire chacune), Radio-Wallonia-Bonne-Espérance et Radio-Courtrai (7h30 d’émission par semaine). Sur 200 mètres : Radio-Wallonie (Liège), Radio-Verviers, Radio-Ottomont (Verviers), Radio-Eglise du Christ (Anvers), 15 heures par semaine et Radio-Cointe (Liège), Liège expérimental, Radio-Seraing, 7h30. Le 11 janvier, l’administration accorde une autre longueur d’ondes 267 mètres. Ce qui permet aux treize stations de trouver un accord. Dur dur pour Radio Wallonia qui émet alors une cinquantaine d’heures par semaine. Cette proposition entraîne un tollé de part et d’autre de la frontière. Une manifestation est même organisée à Mons le 19 janvier 1934.

Après quelques péripéties, les horaires bien morcelés de la petite station patoisante finiront par s’établir comme suit: chaque jour de 8h30 à 10 h, les lundi et mardi de 15h à 17h, les mercredi. vendredi et samedi de 18h à 18, le jeudi de 13h à 15h, le dimanche de 13h à 17h.

1925, les premiers pas de la radio à Lille

LilleNous sommes le dimanche 30 août 1925. La métropole du Nord vit au rythme de deux évènements, la foire de Lille avec ses animations et ses manèges et le lancement de l’emprunt national. L’Etat à la recherche d’argent frais a lancé une souscription nationale et les autorités locales organisent à cette occasion une série d’animations destinées à encourager les épargnants à placer leur argent dans des bons. A 15h15, un concert de l’harmonie des mines de Dourges est proposé à la Bourse du commerce suivi d’un discours-conférence par un envoyé du ministère des finances.

Le tout est radiodiffusé par le radio-club de Lille sur 200 mètres de longueur d’ondes. Et comme à l’époque peu de gens sont équipés de récepteurs, des haut-parleurs ont été installés un peu partoutLille3 en ville pour retransmettre cette promotion pour la Journée de l’emprunt. Pour cette première, la radio-club utilise l’équipement de son secrétaire, Jean Rougeron, un employé de commerce d’Asq, passionné de radio. Il a fabriqué lui-même son émetteur d’une vingtaine de watts.

Cette première émission de radio lilloise sera suivie d’une autre au mois de décembre 1925. Le radio-club diffuse alors une conférence sur l’astronomie. La première page de l’histoire de la radio dans le nord de la France s’est écrite.
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Radio Lille Libérée, la nouvelle voix de la capitale des Flandres

A la Libération, plusieurs stations régionales ont pu réémettre le temps d’être avalées par la nouvelle Radiodiffusion française. Zoom sur la station qui émis plusieurs semaines à Lille.

Il y a soixante-dix ans, entre la retraite des Allemands et la reprise en main  du réseau des émetteurs par la Radiodiffusion  françaiseLille, une « Radio Lille Libérée » a émis sur la métropole du Nord. Avant de partir, l’occupant avait pris soin de démolir les installations de l’émetteur de Camphin. Mais lors de l’arrivée des Allemands en 1940, du matériel, dont un émetteur de 50 watts, avait été mis à l’abri. C’est gRadioLillerâce à cet équipement que le dimanche 3 septembre, Léon Plouviet prend l’antenne et que le soir à 19 heures Jean Catrice, délégué à l’information, annonce la nomination par le Général de Gaulle de Roger Verlomme comme préfet du Nord-Pas-de-Calais. Ce dernier intervient à l’antenne le lendemain soir. Radio Lille Libérée met des programmes en place très rapidement avec notamment Fernand Vincent (qui poursuivra sa carrière sur Radio-Lille, Télé-Lille puis FR3). Informations, communiqués et musique matin, midi et soir, ainsi qu’un programme pour les enfants le jeudi, Radio Lille Libérée propose un programme bien fourni vu les circonstances. Mais ce qui intéresse au plus haut point les Nordistes libérés, c’est de résoudre les problèmes de ravitaillement comme le souligne cette première annonce parue mi-septembre dans la Voix du Nord.


RadioLille2