Radio Strasbourg

1930 : un requiem pour les morts de la guerre inaugure Strasbourg-PTT

Le 11 novembre 1930 à 18 heures, le requiem de Mozart lance les émissions Radio Strasbourgde  la nouvelle station des PTT à Strasbourg. Cette nouvelle radio régionale, réclamée localement à cor et à cri pour contrer l’écoute des radios allemandes, est sporadiquement sur les ondes depuis mai. Une première inauguration annoncée le 14 juillet a dû être repoussée, les problèmes techniques n’étant pas résolus. Alors les autorités ont choisi la prochaine date symbolique du calendrier, l’anniversaire de l’Armistice de 1918 qui a entraîné le retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron français.

L’émetteur de 12 kw est à Brumath sur un terrain acheté par l’administration début 1929 à une vingtaine de kilomètres des studios situés rue de la Nuée Bleue. Strasbourg-PTT est  bien lotie, elle est ainsi la seule station publique régionale à disposer de son propre orchestre à plein temps. Elle diffuse des programmes en français et en alsacien sur la longueur d’ondes de 345 mètres.

Ce 11 novembre 1930, l’émission inaugurale est entièrement consacrée à un hommage aux morts de la guerre 14-18. Les choeurs de Saint-Guillaume et l’orchestre municipal interprètent le Requiem de Mozart et l’émission est reprise par tous les postes d’Etat. Et c’est tout. Pas de Marseillaise, ni rien d’autre. Juste le Requiem.

Un poste stratégique mais il ne faut pas le dire

La naissance de ce nouveau poste des PTT est marquée par une polémique. Car le directeur de la station, qui n’est autre que Robert Petitot-Cartellier. C’est un ex-speaker de la Tour Eiffel et de Paris-PTT plus connu sous le nom de Microvox. Il a envoyé à la presse spécialisée un communiqué pour le moins maladroit : « Si vous estimez devoir consacrer quelques lignes cet événement radiophonique, nous vous serions extrêmement reconnaissants de vouloir bien éviter les appellations : poste national de propagande, poste stratégique, poste frontière, poste de la victoire, etc. En effet, la meilleure propagande d’un poste quel qu’il soit est bien moins dans l’utilisation de formules pouvant être jugées inopportunes par certains de ses nationaux ou l’étranger que dans la diffusion pure et simple d’un art ou d’un génie national ou d’une émotion que peut créer l’émission d’oeuvres nettement caractérisées… « 

Ce qui lui vaut une volée de bois vert de la part des rédacteurs. Comme celle de Paul Berché, patron du magazine L’Antenne, dont voici un extrait.  « L’Alsace est terre française comme la Bourgogne et telle autre vieille province de chez nous, et je trouve étrange, pour ne pas dire plus, qu’une administration de l’Etat français s’y établisse avec une gêne évidente en redoutant des commentaires approbatifs « pouvant, dit-elle, être jugés inopportuns par certains nationaux (lesquels ?) ou l’étranger ». Strasbourg n’est pas un poste national de propagande »? Mais alors, que va-t-on diffuser? Les œuvres de Gœthe, l’évangile selon Karl Marx, la doctrine de Bakounine ? Il semble que non puis que la lettre d’ouverture annonce « la diffusion pure et simple d’un art ou d’un-génie national ». Il est vrai que l’on ne nous dit pas de quelle nation il est question. » Fermez le ban.

Car si la France a fini par ouvrir une antenne à Strasbourg, c’est bien que l’autre côté du Rhin, les Allemands s’apprêtent à mettre en service le très puissant émetteur de Mülhacker. Celui qui portera la voix de Radio-Stuttgart

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