Le jour où la radio de Vichy annonce la fin de la guerre… pour rigoler

Pendant la guerre, la radio la plus ennuyeuse était celle du régime de Vichy, la Radiodiffusion nationale. « La radio française a toujours très peu d’auditeurs. Elle fait l’objet des mêmes critiques : la monotonie, le peu de variété des programmes, le manque de rapidité des informations, la partialité dans les commentaires, la discrétion observée sur les grands événements intérieurs et extérieurs » peut-on lire dans la synthèse des rapports des préfets de la zone libre dès 1941. Outre ses émissions ennuyeuses, la Radiodiffusion nationale diffuse de la propagande anglophobe, nationaliste et antisémite. Ca ne rigole pas. Sauf une fois…

La radio de Vichy, un poste zazou ?

Le mercredi 12 octobre 1943, à 6h28, La Marseillaise ouvre les programmes. Puis un speaker déclare : « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, la guerre est terminée. » Suit le premier bulletin d’information qui n’évoque en rien cette annonce. Et pour cause, il s’agissait d’une méprise d’un speaker qui pensait que le micro n’était pas à l’antenne. « C’est un poste plus zazou que l’on imagine généralement« , ironise Paris-Soir. D’après le journal mais aussi le Time à New-York, cette annonce a déclenché une avalanche de réactions. « Le speaker est naturellement sous le coup de sanctions très graves pour propagation de fausse nouvelle et l’enquête se poursuit pour rechercher s’il y a eu, dans la maladresse de l’opérateur, autre chose qu’une inattention fortuite« , souligne Le Petit Parisien.

La Marseillaise remplace l’hymne maréchaliste

Ce 11 octobre 1943, c’est le jour qu’avait choisi la Radiodiffusion nationale pour changer l’indicatif d’ouverture de ces programmes par La Marseillaise. Tout en gardant les premières notes de l’hymne pétainiste Maréchal, nous voilà comme indicatif des informations.

Depuis le lundi 13 octobre 41, Maréchal nous voilà servait d’indicatif pour la radio de Vichy. Avant, la radio de l’Etat français utilisait la Marche des rois, attribuée à l’époque à Lully.

La Voix de la France, la radio coloniale sur ondes courtes du régime de Vichy

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Au cours des premiers mois de 1941, le Gouvernement de Vichy, inquiet des ralliements de colonies à la France libre, souhaite mettre en place un service de radiodiffusion pour l’Empire. L’Etat français a déjà perdu le contrôle de l’Afrique équatoriale française, du Tchad, des Etablissements français de l’Océanie, des comptoirs de l’Inde, de la Nouvelle Calédonie et en juin, les Britanniques et les Français libres ont libéré le Liban et la Syrie.

Après des premiers tests début août, composés d’infos en français et de musique non-stop, c’est le 17 août 1941 que le gouvernement de Vichy, après avoir eu l’autorisation des autorités allemandes, inaugrue sur les ondes courtes son service extérieur dénommé La Voix de la France. La rédaction de la radio est tout d’abord logée dans une petite pièce du quatrième étage de l’hôtel britannique (eh oui, drôle d’adresse pour une radio anglophobe), siège du ministère des Colonies. Elle s’installera plus tard dans deux pièces du Cécil-Hôtel, 13 boulevard de Russie, c’est à dire au siège de la Radiodiffusion nationale, à proximité immédiate de l’hôtel du Parc, le coeur du pouvoir. Le studio est aménagé dans un coin (une portion du couloir du deuxième balcon) du casino de Vichy puis le signal est transmis à la station ondes courtes d’Allouis près de Vierzon en zone occupée.


 

Qui la dirige ?

La création de ce programme international de la radio de Vichy est confiée à Albert Demaison assisté d’Albert Perche. A partir du 21 avril 1942, c’est Léon Broussard, ancien journaliste de la presse quotidienne nationale (L’Intransigeant, Paris-Soir et surtout le Petit Journal) qui prend la suite d’André Demaison quand ce dernier est nommé directeur de la Radiodiffusion nationale.

Quels sont ses programmes ?

La grille des programmes puise dans les émissions de la Radiodiffusion nationale et inversement certaines émissions de La Voix de la France sont reprises sur le réseau de Vichy comme Guerre et diplomatie de Léon Boussard. On y trouve donc :  Au fil des jours, la vie à Paris, une rubrique mode, les revues de presse française et étrangère, des infos culturelles et sportives, une rubrique littéraire (Pierre Humbourg).

Elle a aussi des émissions spécifiques comme La France est toujours vivante (Léon Boussard) ou la chronique hebdomadaire pour les francophones de l’Amérique du Nord (Firmin Roze). Le programme musical est puisé dans les disques du Poste parisien car la discothèque de la radio privée sabordée en juin 1940 a été repliée sur Vichy. En 1943, un reporter de la Radiodiffusion nationale, Pierre Beauvois, prend en charge la direction artistique de la station. Paulette Tossa est la principale animatrice des émissions en français.

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A gauche, M. Diop, ingénieur de prise de son. Au centre, Pierre Beauvois, directeur artistique et Jacques Lesgards, opérateur. En haut à droite, Paulette Tossa en compagnie de Pierre Humbourg. A droite en bas, M. Rasolonbraide, speaker malgache.

En quelles langues ?

La Voix de la France diffuse en français, en annamite (vietnamien), malgache et wolof (Sénégal, Mauritanie). Elle émet également en anglais, en espagnol, en roumain (trois fois par semaine), en portugais (à partir d’octobre 1941).

Quand émet-elle ?

A ses débuts, la station diffuse 8 heures par jour. Le 1er février 1942, La Voix de la France est sur les ondes seize heures par jour  avec 21 émissions, le double que précédemment. Fin 1943, La Voix de la France émet 18 heures par jour sur quatre longueurs d’ondes. La Voix de la France devient aphone quand les Allemands dynamitent les émetteurs d’Allouis lors de leur retraite le 17 août 1944.

Les messages familiaux, vitrine de la station

Début septembre 1941, le poste propose aux Français qui ont des parents dans les colonies ou à l’étranger, de diffuser leurs messages. « Il conviendra d’adresser les communications à M. André Demaison, la Voix de la France, ministère des colonies; les messages ne devront pas dépasser 15 mots en totalité« , souligne un communiqué de Vichy. La radio ondes courtes réalise aussi parfois des émissions spéciales. Comme durant l’hiver 1941, pour les marins retenus en Turquie. Suite à leur évacuation de Beyrouth, quand les Britanniques et les Français libres ont pris la ville, desVdF-77-1 marins se sont retrouvés à Erdek, un port de Turquie. Tous les samedis, une émission spéciale leur est destinée. Une autre s’adresse à partir de mars 1942 à l’Afrique du Sud « aux Français évadés des territoires dissidents ou dont les navires ont été capturés par la flotte anglaise« . Un premier bilan établi par Vichy fait état de 1000 messages pour l’Indochine, 750 pour la Syrie et le Liban, 600 pour l’Afrique équatoriale française, 500 pour les Antilles, 300 pour l’Afrique du Sud.

En 1942, les messages des familles continuent d’être diffusés. Ils sont plus longs, ce n’est plus quinze mots mais le double. Ils restent cependant contingentés. Ils ne sont pas autorisés pour l’Europe et l’Amérique du Nord. Fin 1942, c’est un message par mois pour l’Extrême-Orient, l’Afrique et Madagascar. Deux pour le Proche-Orient, les Antilles, les Amériques centrale et du Sud. Les messages ne sont plus autorisés pour l’Afrique du Nord où les Alliés ont débarqué début novembre. Le 11 janvier 1943, le couperet tombe : « La direction de la Radiodiffusion nationale porte à la connaissance du public que la Voix de la France n’est plus en mesure de transmettre les messages familiaux à destination de l’Empire et de l’étranger« . Il faut dire que l’Empire Vichy s’est réduit comme peau de chagrin suite au débarquement des Américains en Afrique du Nord, suivi du ralliement de l’Afrique occidentale française.

 

La radio de Vichy annonce un évènement, trois ans avant qu’il ne se produise

Lors de son bulletin d’informations du 28 mars 1942, la Radiodiffusion nationale à Vichy, citant un message de Tokyo, annonce que le leader hindou Subhas Chandra Bose est mort dans un accident d’avion au large du Japon alors qu’il se rendait à une conférence Subhas Chandra Bosenippo-indienne. C’est une boulette mais qui est reprise par l’agence Reuters et qui amène même Gandhi à envoyer un télégramme de condoléance à la mère de Subhas Chandra Bose. Certes, une dépêche japonaise a annoncé que quatre nationalistes hindous sont décédés dans un crash aérien mais pas le chef nationaliste passé du côté des forces de l’Axe.

Radio-Paris dément en annonçant que le leader nationaliste a parlé sur sa radio clandestine (lire ci-dessous). L’affaire tombe ensuite dans les oubliettes. Jusqu’en août 1945, quand on apprend que Subhas Chandra Bose est mort dans un accident au large de Taiwan alors qu’il faisait route vers Tokyo. La boulette de la Radiodiffusion nationale aura été prophétique.

Cette anecdote nous donne l’occasion d’évoquer les radios clandestines des nationalistes indiens mises en place avec le soutien des nazis et des Japonais. En prônant la résistance armée, Subhas Chandra Bose s’oppose à Gandhi, partisan de la non-violence. Il rejoint les forces de l’Axe pour mettre en place une armée indienne. Il a besoin pour cela d’instruments de propagande.

Azad Hind Radio (Radio Inde libre) démarre ses émissions sur ondes courtes en janvier 1942. Elle diffuse quotidiennement un programme de deux heures depuis deux émetteurs,Flag_Azad_Hind l’un en Bohême, l’autre en Hollande, deux pays occupés par les Allemands. Les programmes consistent en infos, commentaires, interviews en plusieurs langues parlées sur le sous-continent indien et en anglais. Plus tard, Azad Hind Radio est relayée depuis un émetteur de Singapour (occupé par les Japonais) et un second à Saïgon (colonie fidèle à Vichy et sous tutelle japonaise).

Subhas Chandra Bose bénéficie également de deux autres radios clandestines diffusées par les Allemands. Azad Moslem Radio émet un quart d’heure chaque jour en hindi à destination des musulmans qui seraient tenter de suivre Jinnah qui souhaite un état séparé (le futur Pakistan). Elle a pour but de rallier les musulmans à l’idée d’une Inde unie. National Congress Radio diffuse à partir d’août 1942 en quatre langues durant 40 minutes. Elle fait à sa façon la promotion du Quit India Movement, l’appel de Gandhi pour l’indépendance de l’Inde.  Le nom de la station se confond d’ailleurs avec celui de Congress Radio, la vraie radio pirate du Quit India Movement. C’est une technique de propagande très utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais ces deux dernières radios n’ont eu que peu de retentissement.

Ces trois stations étaient diffusées sur les mêmes longueurs d’ondes, 9 550 et 11 470 khz.

Limoges-National, une radio régionale sous le régime de Vichy

Du folklore, du folklore et encore du folklore, tels étaient les programmes régionaux de la Radiodiffusion nationale de Vichy. Comme ceux diffusés par Limoges-National (ex-Limoges-PTT).

Lim-NatDès 1941, des voix se font entendre pour retrouver des programmes régionaux sur l’émetteur de Limoges. La station de Limoges-PTT a cessé ses émissions en juin 1940 et son émetteur rediffuse depuis juillet 1940 les programmes de la Radiodiffusion nationale, la radio du gouvernement de Vichy. Limoges43Les Limousins regrettent leur station régionale d’avant-guerre, Limoges PTT. Ils veulent des programmes locaux. Une volonté d’autant plus forte que durant cette année 1941, les travaux se poursuivent à Nieul pour terminer le chantier du nouvel émetteur dont la première pierre avait été posée en février 1939. Bientôt, Limoges-National sera un des plus puissants émetteur de la zone non-occupée (100 kw).

En septembre 1942, le voeux des Limousins est exaucé. Ils auront une demi-heure de décrochage chaque vendredi sous la responsabilité de Jean Dohannes (qui s’occupait déjà de Limoges-PTT avant-guerre et qui continuera sur Radio-Limoges après-guerre). Le 4 septembre à 17h30, une première émission régionale est diffusée sur 335.20 m depuis les studios installés dans l’ex-Café de Paris. Lim-Nat2Des infos locales baptisées « Petites nouvelles de la Petite Patrie », une causerie et de la musique folklorique. La semaine suivante, c’est l’inauguration officielle avec un discours d’André Faure, maire de Limoges, qui exalte « la place des Limousins dans l’Europe nouvelle« .

L’émission se poursuit avec quelques aménagements horaires. Début 1943, elle est diffusée de 18h à 18h25. Elle passe au mercredi de 15h45 à 16h15 de fin avril à juin 1943. Là, le décrochage régional se fixe le samedi à 17h35 après le Radio-Journal de France de la Radiodiffusion nationale jusqu’à 18 heures. Parfois, Limoges-National diffuse des émissions exceptionnelles qui sont relayées par les stations publiques du Gouvernement de Vichy. C’est le cas par exemple le lundi 26 juillet 1943 où Limoges-National est relayée de 15h30 à 17h.Limoges96

Au lendemain du débarquement, Vichy fait savoir qu’il « est rappelé qu’en cas d’urgence et en attendant le rétablissement de certaines communications, les organismes administratifs de la région de Limoges (Haute-Vienne, Dordogne, Corrèze, Creuse, Indre et territoires rattachés de la Charente; de la Vienne et du Cher) sont susceptibles de recevoir tous renseignements utiles relatifs aux questions administratives et du ravitaillement par l’émetteur de Limoges-National. » Le poste émet alors de 8h30 à 9 heures et de 19 heures à 19h30. Mais les restrictions d’électricité contraignent les techniciens à baisser la puissance dès le début août. Puis profitant du passage d’un avion américain, des techniciens liés à la résistance coupent les émissions et mettent le matériel sensible en lieu sûr.  Enfin le régime de Vichy s’effondre. Les derniers programmes diffusés à la presse sont ceux du samedi 12 août 1944. Avec encore… des chants folkloriques !