Il y avait quoi au 22, rue Bayard avant Radio-Luxembourg puis RTL ?

RTL quittera bientôt ses locaux historiques de la rue Bayard pour s’installer à Neuilly-RTLsur-Seine face à M6. Zoom sur l’histoire de cet immeuble qui contrairement à une légende colportée par l’émission les Grosses Têtes n’a jamais hébergé un bordel nommé le Panier fleuri. Ce dernier se trouvait à Barbès. Cependant, il y  a eu à cette adresse une histoire un peu olé-olé pour l’époque, une histoire de moeurs peut-être à l’origine de la rumeur. A découvrir à la fin de cet article.

A l’été 1936, Radio-Luxembourg s’installe dans ce petit immeuble (agrandi en 1972 de plusieurs étages et d’un sous-sol supplémentaire) où se trouvent déjà Foniric, une société de production de programmes de radio clé en main et Information et publicité, la filiale d’Havas qui gère la réclame de Radio-Luxembourg, du Poste-Parisien et de Radio-Alger.

Mais qui occupait les locaux avant ?

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Voici Ond’Auto, un des tout premiers autoradios français

Avant les années trente et le début de la production des autoradios par les grandes firmes de TSF comme Blaupunkt ou Telefunken, des artisans constructeurs tentent de se lancer dans ce domaine fort prometteur. La TSF à bord d’une automobile est au tout début de la radiophonie une expérience réservée aux radio amateurs qui organisent des rallyes entre spécialistes. Mais les auditeurs fortunés ne tardent pas à souhaiter profiter de la radio à bord de leur berline.

Ond’Auto, un des premiers autoradios français

Une nouveauté au salon de la TSF

Au salon de la TSF en 1926, des constructeurs de TSF présentent un poste adapté à l’automobile. On ne dit pas encore autoradio. G. Gailly et Ch. Les Enfants qui ont un atelier au 18, rue Pierret à Neuilly-sur-Seine, l’ont baptisé Ond’Auto. Le poste est installé dans le coffre du marche-pied d’une Rolls-Royce, côté chauffeur. L’alimentation électrique est assurée par la batterie du véhicule et un haut-parleur est placé à l’arrière. L’antenne est invisible et probablement cachée sur la surface du toit. Mais le succès commercial ne semble pas avoir été au rendez-vous car ces constructeurs ont sombré dans l’oubli. Dommage, ils avaient créé un premier autoradio français.

6 janvier 1922 : la première radio de France passe son premier disque

On connaît la première radio française : c’est le poste de la Tour Eiffel. Mais quel est le premier disque que la station a diffusé ?

Depuis novembre 1921, le poste militaire de la Tour Eiffel (indicatif FL) fait des essais de radiodiffusion, tous les jours de 16 à 17 heures sur 2600 mètres de longueur d’ondes. La puissance est faible, 400 à 600 watts, mais les ondes sont loin d’être encombrées. Le signal porte donc très loin. Lors de ces essais, on lit des journaux, des romans et certains amateurs poussent la chansonnette ou jouent de leur instrument. Parfois, des séries de chiffres sont diffusées à des fins de vérification de la réception par des stations militaires. Régulièrement, un speaker annonce : « Allô, allô, ici le poste de la Tour Eiffel« .

Un micro devant le phonographe

En décembre, deux concerts, un pour Lille puis un autre pour Bruxelles (en présence des souverains belges) sont diffusés. Les essais se poursuivent tous les jours de 16h30 à 17 heures et le 6 janvier, la Tour Eiffel diffuse un concert depuis le bureau du commandant Julien, le directeur du poste. Un phonographe a été installé et un militaire tient un micro devant le pavillon. Ainsi, quelques disques du ténor italien Enrico Caruso sont diffusés : Madame Butterfly, Paillasse (Pagliacci). Et enfin, La Marseillaise. Ce sont les premiers disques de la radio française !

A partir du lundi 6 février, la station diffuse un bulletin météo quotidien à 16h30 suivi d’un concert. C’est la date de naissance de la radio française.

Les premières émissions de la Tour entraînent un intérêt du public qu’accompagnent immédiatement les constructeurs de TSF comme sur cette réclame du printemps 1922.Une partie de l’équipement technique du poste de la Tour Eiffel en 1922.

Novembre 1926 : NBC, le premier réseau radio américain, se lance sur les ondes

Le 15 novembre 1926, une soirée de gala de quatre heures diffusée depuis le Waldorf-Astoria Hotel à New-York inaugure le premier réseau américain, NBC pour National Broadcasting Company.

Trois bonnes fées au-dessus du berceau

En septembre 1926, RCA (Radio Corporation of America), faNBCbriquant de radios, achète la radio new-yorkaise WEAF et WCAP de Washington à l’opérateur téléphonique AT&T. L’opérateur autorise RCA d’utiliser ses meilleurs liaisons téléphoniques ce qui va permettre de développer le premier réseau américain. Au dessus du berceau de NBC se penchent trois bonnes fées actionnaires : RCA 50%, General Electric 30% (le proprio avec Vivendi de nos jours) et Westinghouse 20% (qui possède aujourd’hui CBS).

Une soirée de gala lance le réseau

Le 15 novembre, de 20 heures à minuit, une émission inaugurale réunit le gratin new-yorkais dans la grande salle de bal de l’hôtel Waldorf-Astoria avec les meilleurs orchestres et les stars de l’époque. Déjà NBC montre sa puissance. Lors de la soirée deux artistes sont à des centaines de kilomètres et leur voix parviennent à New-York via le réseau d’AT&T. La soprano Mary Garden chante depuis sa chambre d’hôtel à Chicago et Will Rogers depuis Independance dans le Kansas où l’humoriste se produit.

Qui diffuse la première soirée ?

Cette première historique dans l’histoire de la radio américaine est diffusée sur les stations suivantes : WEAF et WJZ New-York, WEEI Boston, WBZ Springfield, WTAG Worcester, WTIC Hartford, WGR Buffalo, WLIT Philadelphie, WRC Washington, WCSH Portland-Maine, WCAE et KDKA Pittsburgh, WGY Schenectady, WTAM Cleveland, WWJ Detroit, KSD Saint-Louis, WOC Davenport, WCCO Minneapolis, WDAF Kansas-City.

NBC se coupe en deux

A partir du 1er  janvier 1927, NBC divise son réseau en deux. Un Red Network depuis la station mère WEAF riche en divertissements et un Blue Network depuis WJZ plus informatif et culturel.

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Un Français superstar sur NBC

Au début de l’année 1931, Maurice Chevalier est aux USA. Il doit tourner un film de nbc-chevalierErnst Lubitsh, The Smiling Lieutenant, mais pas seulement. Le chanteur français a décroché le plus gros contrat de l’époque. NBC lui a proposé de chanter pendant 26 semaine, chaque dimanche soir dans l’émission vedette The Chase and Sanborn Hour pour 5000 dollars la semaine. Ce qui correspondrait aujourd’hui à 74 000 dollars !

Le Poste du Petit Parisien improvise un premier camion de reportage

Le 11 novembre 1926, le quotidien Le Petit Parisien organise la première édition du Grand Prix de l’Armistice, une course de marche athlétique qui regroupe sur la ligne de départs une soixantaine de concurrents dont une moitié d’anciens combattants de 14-18. La course part de la forêt de Rethondes près de Compiègne, où fut signé l’Armistice le 11 novembre 1918 pour rejoindre la place de la Concorde à Paris. Le journal dispose de sa propre station de radio, le Poste du Petit Parisien, dans ses locaux de la rue d’Enghien.

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Pour informer de la progression de la course, le quotidien met les moyens. Un récepteur relié à un haut-parleur installé sur le ministère de la Marine permet au public de suivre les péripéties du Grand Prix. Et pour communiquer avec le Poste du Petit Parisien, une camionnette de livraison de journaux est équipée d’un équipement de TSF fourni par la compagnie Radio L.-L. « Un émetteur Hartley alimenté par un convertisseur haute tension travaillait avec 100 watts de puissance sur 50 mètres de longueur d’onde, il était couplé à un système d’antenne rayonnement horizontal système bien connu dû à M. Lucien Lévy qui a donné d’excellents résultats » se félicite Le Petit Parisien. La station venait d’improviser avec succès son premier camion-reportage.

« Louise », le disque cassé qui coûta très cher à Radio-Liberté

En octobre 1929, Radio L-L. annonce dans son programme la diffusion d’Impressions d’Italie et de Louise, deux oeuvres du compositeur Gustave Charpentier. Il s’agit d’une tranche horaire à l’heure de midi louée au journal La Liberté et qui porte le nom de Radio-Liberté. Mais gros couac : le disque de Louise est cassé. La station décide alors de passer une autre Louise, une chanson interprétée par Maurice Chevalier sans prévenir le public. Le compositeur s’estime lésé et attaque la Radio-Liberté en justice. Il réclame 10 000 francs de dommages et intérêts. En 1932, un tribunal civil lui en accorde 3 000. Ce qui compte-tenu de l’érosion monétaire vaut aujourd’hui selon l’INSEE près de 200 000 euros ! L’émission d’échos, d’infos culturelles et de musique du journal La Liberté avait quitté les ondes de Radio L.-L. dès le printemps 1930.

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Extraits des arguments des avocats du compositeur : « Attendu que la substitution incriminée, manifestement incongrue et pénible, d’une chansonnette dépourvue de toute valeur artistique à l’oeuvre célèbre attendue des auditeurs, constitue une faute d’autant plus grossière et regrettable qu’il est constant que les auteurs et éditeurs de cette chansonnette s’efforçaient, à la même époque, de créer une sorte de confusion pour la faire apparaître, aux yeux du public, comme se rattachant à l’opéra-comique de Charpentier.« 

Pour la petite histoire, Gustave Charpentier a aussi attaqué la chanson de Maurice Chevalier (musique Richard Whiting, paroles Leo Robin). En 1932, il a obtenu 5000 francs de dommages et intérêts et le changement de nom de la chanson de l’homme au canotier que l’on retrouve dans le film Innocents of Paris.

Elle s’appelle depuis, Ma Louise.

1966 : Radio-Luxembourg devient RTL, accueille Rosko et vire la Famille Duraton

C’est un peu comme une vieille dame coquette qui chercherait à se faire passer pour une nouvelle Radio Télé Luxembourgquinquagénaire. Aujourd’hui, RTL souffle ses cinquante bougies alors que la radio de la rue Bayard est née au début de 1933. Au delà d’un simple changement de nom, cette date reste en fait pour la station du Grand-Duché un important changement de cap. RTL dit alors adieu aux années TSF et entre enfin dans les années transistor.

Il aura fallu pour ça, un peu de remue-ménage. En avril, le groupe Prouvost-Hachette (Télé-7-Jours, Paris Match, Marie-Claire…) rachète les parts de la CSF (12,8%) au capital de la CLT, Compagnie luxembourgeoise de télédiffusion. Le 17 mai, Jean Prouvost devient le patron de RTL. En septembre, Jean Farran, rédacteur en chef de Paris-Match est nommé directeur de Radio-Luxembourg. Tout est prêt pour donner un coup de jeune à la station qui, avec 24% d’audience, est dépassée dans les sondages par Europe 1 (28%) et France Inter (26%), alors qroskou’en 1964 elle caracolait en tête (31%) devant Europe 1 (21%) et France Inter (20%).

RTL adopte un ton beaucoup plus moderne, lance des émissions dont le Journal inattendu toujours à l’antenne, et surtout embauche en novembre le Président Rosko qui débarque tout droit du navire émetteur de la station pirate britannique Radio Caroline. Le DJ rajeunit l’auditoire avec Minimax, un hit-parade quotidien de 16 à 18 heures.

Parmi les émissions qui font les frais de la nouvelle formule de Radio-Télé-Luxembourg, il y a la Famille Duraton. Ce feuilleton radiophonique quotidien qui met en scène les aléas de la vie familiale est né avant guerre sur l’antenne de Radio-Cité avant de revenir sur les ondes en 1948 sur Radio-Luxembourg. Le feuilleton part finir ses jours sur Radio-Andorre.

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Elle souffle ses trente bougies en 1961

Le 15 mai 1961, Radio-Luxembourg qui s’apprête à devenir RTL fête ses trente ans. Le 15 mai 1931 est en effet la date de l’inauguration officielle de la station. Elle organise auprès de ses auditeurs un « grand référendum » en leur demandant : « Au cours de ces trente années, Radio-Luxembourg a-t-il servi à quelque chose ? » La question paraît étrange mais il faut la replacer dans le contexte. Le 21 avril, des généraux ont déclenché un putsch à Alger. Les radios périphériques ont joué un rôle important d’information lors de ce coup de force militaire.

Elle a déjà fêté ses cinquante ans en 1979

En 1979, le Grand-Duché du Luxembourg marque les cinquante ans de la création de sa société de radiodiffusion et pour l’occasion émet un timbre. Un clin d’oeil pour la journée anniversaire que s’offre aujourd’hui RTL.RTL