« La voix de l’Algérie française », l’insaisissable radio pirate de l’OAS

Après l’échec du putsch des généraux en avril 1961, des militaires et des pieds noirs fondent clandestinement l’Organisation Armée Secrète (OAS) pour garder l’Algérie française, alors qu’elle se dirige vers l’indépendance suite au référendum de janvier 1961. Outre ces actions terroristes, l’OAS a réussi à diffuser à de nombreuses reprises, des émissions pirates. C’est cette histoire qui nous intéresse ici.

Samedi 5 août 1961. Vers 13 heures, les câbles qui alimentent l’émetteur algérois de France V sont sabotés. Le programme local de la RTF est réduit au silence. Au même moment une émission pirate de l’OAS est entendue sur la même longueur d’ondes. les auditeurs peuvent entendre un discours du général Gardy, ancien commandant de la Légion étrangère et du putsch des généraux en avril 1961.

Ce premier coup d’éclat n’est que le début d’une très longue série d’action pour diffuser Radio France, la Voix de l’Algérie française, la station pirate de l’OAS. Emissions diverses et variées, attentats, fusillades, poursuites, brouillages, voici ci-dessous un recensement, non exhaustif, des épisodes de cette aventure.

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Région par région, quelles radios écoutaient les Français en 1952 ?

A l’initiative de la RTF, l’INSEE effectue en 1952 une vaste enquête sur l’écoute radio.

Du 23 novembre au 13 décembre 1952, une centaine d’enquêteurs sont allés dans des foyers français et ont ramené plus de 4400 questionnaire remplis. Chaque personne de chaque foyer ayant été interrogée, on arrive à un échantillon de près de 20 000 Français. Tout cela est passé à la moulinette des statisticiens et nous donne une photographie très précise de l’audience radio en 1952.

La station préférée des Français est…

41% des personnes interrogées ont répondu Radio-Luxembourg comme étant leur station préférée. 25 % choisissent le Programme parisien (RTF- variétés), 9 % Paris Inter (RTF-émissions uniquement musicales depuis août 1952), 7% Radio Monte Carlo, 6% le Programme national (RTF-culturelle et informative), 3% Radio Andorre, 2% la Radio suisse romande, 1% une autre station étrangère et 6% ne se prononcent pas.

Les disparités régionales

La RTF a défini plusieurs régions pour cette enquête. Elles ne correspondent pas aux régions d’aujourd’hui. Pour s’y retrouver, voici la carte de la RTF.

Bretagne : Programme parisien (59 %), Radio-Luxembourg (36%), Radio Andorre (5%)

Normandie : Radio Luxembourg (67%), Programme parisien (13%), Programme national (5%)

Nord : Radio Luxembourg (60 %), Programme parisien (25%), Paris Inter (6%)

Est : Radio Luxembourg (69 %), Programme parisien (16%), Paris Inter (9%)

Alsace-Lorraine : Programme parisien et Radio Luxembourg à égalité (29%), Radio Suisse Romande (11%)

Région de Dijon : Radio Luxembourg (62 %), Radio Suisse Romande (11%), Programme parisien (9%)

Région de Lyon : Radio Luxembourg (37 %), Programme parisien (25%), Radio Monte Carlo (11%)

Provence : Radio Monte Carlo (37 %), Programme parisien (23%), Programme national (19%)

Languedoc : Programme parisien (32 %), Radio Monte Carlo (27%), Radio Andorre (11%)

Sud-Ouest : Programme parisien (29%), Radio Monte Carlo (17%), Radio Monte Carlo (17%) Radio Luxembourg (16%).

Région de Limoges : Programme parisien (49 %), Radio Luxembourg (18 %), Programme national (8 %)

Bassin parisien : Radio Luxembourg (77%), Programme parisien (9%), Paris Inter et Programme national (4%)

Paris : Radio Luxembourg (45%), Programme parisien (24%), Paris Inter (12%).

Les émissions préférées des Français

Les sondés devaient choisir dans une liste d’une quinzaine d’émissions. Voici le top 6 :

1–  Le Grenier de Montmartre (Programme parisien) le dimanche de 12h50 à 13h20.

2– Reine d’un jour (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le mardi de 20h à 20h45.

3– Sports et musique (Programme parisien) le dimanche de 15h à 18h30.

4– La Grande Revue Philips (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le dimanche de 20h15 à 20h45.

5– Dimanche de gala (Programme parisien) le dimanche de 20h30 à 21h30.

6– La roue tourne (Programme parisien) le lundi de 20h30 à 21h30.

1958 : la RTF se transforme en père Noël

Il était une fois, il y a bien, bien longtemps, une radio publique qui savait faire souffler l’esprit de Noël…

Les taxis remplacent les rennes

Le 24 décembre 1958, France II, une radio de la RTF (Radio Télévision Française), ex-Programme parisien devenue antenne régionale, diffuse exceptionnellement de 14h à 18h pour les « Taxis enchantés ». Des chauffeurs de taxis et des hôtesses tout de blanc vêtues, acheminent des jouets à des enfants de familles précaires. Ce sont les auditeurs qui contactent France II pour donner des adresses d’enfants déshérités.

L’avion mystère est chargé de jouets

Par ailleurs, un « avion mystère » doit décoller du Bourget dans la nuit avec à son bord 2500 jouets offerts par le Comité de propagande du jouet de fabrication française. Il doit atterrir dans une région de France touchée par une catastrophe pour apporter un peu de baume au coeur à des populations éprouvées. Et c’est Jean Nohain qui fera le père Noël.

Jean Nohain distribue les cadeaux

Un DC6 de la compagnie UAT décolle pour le Gard qui avait été touché quelques semaines auparavant par de terribles inondations. Des sapins ont été installés par la RTF dans plusieurs villages et les jouets sont acheminés par camion au pied de ces arbres de Noël. Le 25 décembre au matin, dès 8 heures, Jean Nohain commence la distribution à Meyrannes avant de continuer à Alès.

 

Il y a 60 ans : la radio d’outre-mer est créée pour accompagner les indépendances

Le 21 janvier 1956, le Journal officiel publie l’acte de naissance de la Société de radiodiffusion de la France d’outre-mer (Sorafom) dirigée par Pierre Schaeffer, Shaefferalors chef du service de la radiodiffusion au ministère de la France d’outre-mer. Cette société d’Etat doit coordonner la radiodiffusion dans tous les territoires qui relèvent de ce ministère. La première tâche délicate du patron de la Sorafom sera donc de bien délimiter de qui est de la compétence du nouvel organisme et de la RTF (Radiodiffusion télévision française) qui gère les stations des Antilles, d’Afrique du Nord et la puissante radio sur ondes courtes Radio-Brazzaville. Cette situation est corrigée en novembre de la même année. La Sorafom s’occupera des radios outre-mer mais elle sera présidée par le directeur-général de la RTF. En octobre 1957, Pierre Schaeffer est débarqué et remplacé par Robert Pointillon, chef de cabinet du ministre de l’outre-mer. Cette mainmise politique suscite alors quelques remous et une première grève.

SorafomEn 1958, elle gère dix-huit stations

La Sorafom développe les stations en Afrique et forme les personnels des futures radios nationales des pays sur la voie de l’indépendance dans un studio-école à Maison-Laffitte. En 1958, elle gère 18 stations qui reçoivent chaque semaine, des enregistrements d’émissions ou d’interviews de la RTF qu’elles peuvent diffuser à leur guise. Il s’agit des radios d’Afrique occidentale française, d’Afrique équatoriale française, de Djibouti, de Madagascar et d’Océanie.

L’Afrique occidentale française compte plusieurs stations. La chaîne générale Inter-AOF (ex Radio-Dakar), le programme en langues locale de Dakar, Radio-Conakry, Radio-Abidjan, Radio-Cotonou, Radio-Soudan (Mali), Radio-Saint-Louis et Radio-Niamey.

A partir du 6 avril 1959, les états africains et malgache sur la voie de l’indépendance gèrent leur radio locale. Les stations des autres territoires ayant choisi de rester français, Radio-Djibouti, Radio-Papeete, Radio-Nouméa et Radio-Saint-Pierre passent au 1er juillet sous le contrôle direct de la RTF. Le problème se pose pour Radio-Inter à Dakar et Radio-Inter-Equatoriale à Brazzaville. En avril, Inter-AOF à Dakar fait l’objet de telles convoitises de la part des futurs états (surtout de l’éphémère Fédération du Mali) qui seront indépendants l’année suivante, qu’elle doit suspendre ses émissions.Un accord en AEF permet à Inter-Equatoriale (radio commune à quatre nouveaux états) de continuer ses émissions (elle s’arrêtera le 18 avril 1960), ainsi qu’à Radio-Brazzaville (RTF). La Sorafom installe Radio-Congo (5 kw) en août 1959. Le 28 novembre, c’est au tour de Radio-Gabon (1 439 et 4 815 kc) et Radio-Haute-Volta (1 520, 5 025 et 7 272 kc) d’être lancée sur les ondes.

En 1961, après les indépendances, la mission de la Sorafom évolue pour devenir un organisme de coopération chargé d’épauler les radiodiffusions des nouveaux pays. En avril 1962, la Sorafom devient l’Office de coopération radiophonique (Ocora) .

La FM française a soixante ans

C’est le 11 mars 1954 que la RTF, Radiodiffusion télévision française, a mis en service RTFpour des essais un émetteur FM dans ses locaux de la rue de Grenelle à Paris. On dit alors modulation de fréquence en France, VHF pour très haute fréquence en Grande-Bretagne, UKW en Allemagne et OUC en Suisse pour ondes ultra-courtes. Aujourd’hui, c’est le terme américain FM, fréquency modulation, qui s’est imposé.

Ce 12 mars, il s’agit d’essais. L’émetteur est calé sur 3,12 mètres (96.1 mhz) et entre en service officiellement le dimanche 28 mars. Avec une belle puissance de 20 kw. C’est énorme, sachant qu’il est tout seul sur la bande FM. Cependant, il y a très peu d’auditeurs pour écouter les essais le « Programme de la modulation de fréquence » de la RTF, quatrième chaîne publique de radio qui émet essentiellement en soirée des concerts classiques. Il faut en effet être équipé d’un récepteur dernier cri et encore très cher.

FM-31dec1955

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