La radio au cinéma : le « Fantôme radiophonique » fait pâle figure

La radio a inspiré plusieurs films de cinéma. Intéressons-nous aujourd’hui à Wake Up and Live, traduit en français par le Fantôme radiophonique. Cette comédie musicale, sortie en France à l’été 1937, se déroule dans un réseau de radio imaginaire américain, la Federal Broadcasting Company. Lorsqu’il arrive sur les écrans parisiens, cette production des studios de la Fox est bien accueillie, comme le montre cette présentation publiée dans le quotidien Le Populaire.

Fantôme radiophonique

« Le Fantôme radiophonique est une satire extrêmement drôle et plus spirituelle qu’humoriste de certains milieux de la TSF, écrit le journal. Un chanteur intimidé devant le micro, devient vedette, grâce à des circonstances auxquelles il ne comprend rien… Mis en scène par Lydwey Lanfield, le film est le meilleur qui ait été fait sur la TSF. » Le Figaro détaille l’histoire de ce chanteur auditionné qui « pris d’un trac fou, ne peut terminer sa chanson. Engagé comme garçon d’étage au centre radiophonique, il essaie de se perfectionner et, sans le savoir, affronte à nouveau le micro qui se trouvait miraculeusement branché il donne ainsi une audition qui obtient un succès monstre. On recherche partout ce mystérieux troubadour. Après mille. et une péripéties, on retrouvera ce fantôme à qui l’on fera un pont d’or. « 

Fantôme radiophonique« Un film de série pour la saison d’été »

Passé cet accueil, certains journalistes sont allés vraiment voir ce film musical. Et là, ça claque. Comme cette critique repérée dans le magazine Regards. « Un chanteur a une fort belle voix et cela lui vaut un grand succès à la radio. Mais ce chanteur, dont la voix trouble le cœur des femmes américaines a une tête qui évoque celle de veau qu’on voit cuite à la devanture des tripiers. On veut cependant faire de ce chanteur la vedette d’un grand film. Ceci n’est pas le résumé d’un scénario mais le problème qui s’est, de toute évidence, posé au metteur en scène de Fantôme radiophonique, problème qu’il a dû résoudre malgré lui et qui n’a pas donné un très bon film. Si certains épisodes ont du sel (la scène comique de la grosse dame qui s’évanouit devant le micro), l’ensemble du film tire terriblement en longueur, manque d’entrain et les épisodes qui le composent sont assez bêtement fabriqués. Un film de série pour la saison d’été.« 

Aujourd’hui, l’intérêt de ce film que l’on peut voir par petits morceaux sur Youtube, est de nous permettre de découvrir la vie d’un réseau radio américain avant-guerre. Le chef d’orchestre et un des journalistes jouent leur propre rôle.

Et la palme d’or de la première émission de radio sur le cinéma est attribuée à…

« N’est-ce pas étrange que vous m’ayez vue, peut-être, sur l’écran du cinéma, sans m’entendre, et que ce soir vous m’entendiez sans me voir ? »

GenevieveFelix2Si dans les années vingt, la radio n’en est qu’à ses balbutiements, le cinéma, même muet, connaît son heure de gloire. Cinéma et radio vont très tôt se rejoindre. C’est sur Radiola (future Radio-Paris), la première radio privée, que l’on trouve la première émission dédiée au septième art. Ce n’est encore qu’une courte rubrique diffusée chaque jeudi au beau milieu du concert de 21 heures, dès août 1923 (on la retrouvera plus tard, placée juste après les infos de 20h30). Elle s’appelle « radio-chronique de l’écran ».

Le 29 mai 1924, c’est au tour du poste de l‘Ecole supérieure des PTT (le futur Paris-PTT) d’ajouter à ses programmes une radio-rubrique diffusée le jeudi soir (veille de sortie des films) quasiment à la même heure que la radio-chronique de Radio-Paris. C’est l’actrice Geneviève Félix (photo), vedette du cinéma muet français, qui en est la première invitée. « N’est-ce pas étrange que vous m’ayez vue, peut-être, sur l’écran du cinéma, sans m’entendre, et que ce soir vous m’entendiez sans me voir ?« , déclare-t-elle ce soir-là. Belle entrée en matière, non ?