Le courrier des auditeurs, c’était le « Médiamétrie » des années trente

Comment connaître la popularité et l’écoute des radios ? Vaste débat qui perdure encore aujourd’hui. A la fin des années trente, les radios privées cherchent à montrer à leurs annonceurs qu’elles sont plus écoutées que leurs rivales. Elles mettent en avant l’abondant courrier reçu lors de concours radiophoniques. Florilège :

Le Poste parisien : une enquête organisée par la revue Mon Programme classe la radio du Petit Parisien, poste préféré desSondage1 Français par 12 017 voix sur 17 010. Côté courrier, une question posée lors d’un jeu l’émission les Petits Amateurs a entraîné 23547 lettres. En une saison (17 émissions sur quatre mois), le Gala des Amateurs en rassemble 251 7693.

Radio-37 : le concours du meilleur slogan pour le spectacle sur glace la Féerie blanche reçoit 13 157 réponses.

Radio-Cité : du 15 au 31 mars, le concours du meilleurs disque publicitaire enregistre 79 139 réponses (contre 52 258 l’année précédente). A la question de savoir s’il faut arrêter la famille Duraton, 7800 auditeurs répondent. Un autre programme vedette, le crochet Sondages3radiophonique patronné par Monsavon, amène son flot de 3500 à 5000 lettres par émission. Le Meilleur Chanteur, du 1er au 15 mai 1937, reçoit 61 423 réponses.

Radio-Luxembourg : Phoscao a reçu 3 177 lettres accompagnées d’un cliché pour lePhoscao concours de la plus belle photo d’enfant après huit annonces diffusées dans l’émission féminine.

Radio-Toulouse : le concours du billet de banque au début de 1938, amène 50 500  réponses en 18 jours à la radio du sud.

Radio-Île-de-France : le concours du billet de banque, le même que celui de Radio-Toulouse, entraîne 32 000 réponses.

Si le volume de réponses est encourageant pour les marques, sa traduction en audience reste cependant hasardeuse.

Combien d’auditeurs derrière chaque réponse ?

Pour chaque lettre, les stations comptent un minimum de 160 auditeurs. Ce nombre a été évalué par l’agence de publicité JW Thompson. Elle a fait un constat lors de la diffusion d’une émission salle Pleyel dont les 2400 places étaient occupées. La moyenne des familles au concert était de trois personnes. Sur ces 800 familles, cinq ont répondu au concours lors de cette soirée. D’où cette jauge, empirique, de 160 auditeurs par lettre.

L’agence JW Thompson a tenté une autre technique pour mesurer l’audience des concerts patronnés. Elle a fait diffuser les même concerts sur trois stations (Radio-Île-de-France, Radio-Toulouse et Radio-Luxembourg avec un jeu pour susciter des lettres d’auditeurs. Les réponses sont venues à 41.4% pour Radio-Île-de-France, Radio-Luxembourg 39,4% et Radio-Toulouse 18,4%.

Un premier sondage conforte Radio-Île-de-France

IDF2Plus intéressante, cette initiative du service publicité de la grande marque de cosmétiques Tokalon. Elle a  fait remplir 200 questionnaires dans toute l’Ile de France. Le poste le plus écouté est Radio Île-de-France pour 36% des sondés, puis le Poste parisien (26%), Radio-Cité (14%), PTT-Radio (7%), Radio-Toulouse (4,5%), Radio-Paris (3%), Radio-Luxembourg (2%). Les émissions plébiscitées : Lustucru-Théâtre (Poste parisien) 32 % et le radio crochet Monsavon (Radio-Cité) 31 %.

Pas de sondages par téléphone

En juin 1938, le patron-fondateur de Radio-Cité, Marcel Bleustein, découvre aux Etats-Unis les méthodes de l’institut de sondages Gallup. Les Américains interrogent déjà les auditeurs par téléphone sur leurs préférences d’écoute (les foyers sont mieux équipés qu’en France). C’est la même technique qu’utilise aujourd’hui encore Médiamétrie pour mesurer l’audience des radios en France. Les Américains, eux, sont passés à un nouveau système de mesure beaucoup plus précis et gardent encore de nos jours une bonne longueur d’avance.

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