L’incroyable loupé des radios françaises lors du discours de Nuremberg

Guerre ou paix ? Le lundi 12 avril 1938, l’Europe retient son souffle. Hitler doit prononcer un discours très attendu en clôture du congrès nazi à Nuremberg. A 19 heures, tout est prêt dans les principales radios parisiennes. Des traducteurs sont présents dans les studios pour donner en direct aux auditeurs français la teneur du discours du dictateur allemand dont on pressent que chaque mot sera important.

Une famille écoute le discours de Nuremberg à la radio

Mais à 19h12, alors que le chancelier du Reich débute ses vociférations, rien sur les antennes françaises. Car peu de temps auparavant, la radio publique a annoncé aux radios privées que c’est elle seule qui assurerait la traduction officielle des propos d’Hitler. Résultat : les radios n’ont commencé à diffuser la traduction qu’à partir de 22h07 et la seconde partie une heure plus tard. Pendant ce temps, les journaux avaient imprimé leur édition spéciale avec le discours in extenso.

Nuremberg 1938

Merci les Belges

Quelques auditeurs auront cependant pu être informés en direct. En écoutant directement la radio allemande et en bénéficiant de l’aide d’un germanophone ou en se branchant sur la radio belge. Bruxelles a en effet diffusé une traduction du discours dès 21 heures !

Première émission de Radio PTT Nord, cha ch’est quette cosse !

« Cha ch’est quette cosse« , ça c’est quelque chose ! Il y a 90 ans, la première station régionale nordiste, future Radio PTT Nord,  faisait ses premières émissions régulières sur les ondes lilloises. Le décret de décembre 26 prévoyait en effet trois stations nationales et 18 stations régionales, dont une pour le nord de la France.

Antenne de Radio PTT Nord sur l'hôtel des Postes à Lille
La première antenne sur l’Hôtel des Postes

En janvier, un pylône est installé sur la coupole de l’hôtel des postes qui domine l’angle de la rue Inkerman et de la place de la République à Lille. La radio est installée dans quatre pièces au quatrième étage, sous cette même coupole. Un modeste émetteur de 500 watts fait des essais sur 286 mètres dès le début du mois d’avril.

C’est le dimanche 3 avril que le poste du nord est mis en service par Léon Plouviet. Son équipe profite de la visite du président de la République, Gaston Doumergue, qui vient inaugurer la Foire commerciale de Lille. Les essais consistent en la retransmission des discours 13h45 à la chambre de commerce, 16h30 à l’hôtel de ville, 21 heures concert à la préfecture. Les jours suivants, des essais techniques se poursuivent et c’est le 14 avril que sont vraiment lancés des programmes.

Premier émetteur de Radio PTT Nord
La premier émetteur de Radio PTT Nord

Un concert lance Radio PTT Nord

« Ici, la station radiotéléphonique du nord de la France« . En ce 14 avril 1927, à 20 heures, cette annonce ouvre la première émission de ce qui deviendra quelques semaines plus tard Radio PTT Nord. Puis un concert est diffusé en direct de la Maison Coupleux. Ce fabricant de piano possède un auditorium dans ses locaux de la rue Esquernoise, d’où il a diffusé pendant plusieurs mois ses propres programmes sous le nom de Radio-Flandre. 18 avril, le petit poste relaie PTT Paris en soirée. Puis le lendemain toute la journée. Le 20 avril, à 21 heures un concert en direct de la Maison Coupleux est diffusé par le poste de l’Ecole Supérieure des PTT. PTT Nord relaie Paris quasiment tous les jours.

Pour démarrer véritablement ses programmes locaux, la station attend de déménager au premier étage de la Porte de Paris. Ces locaux sont mis à disposition par la municipalité à l’Association de la radiophonie du Nord, qui gère la station. Une inauguration est dans un premier temps prévue le 19 juin, à l’occasion de la Fête des PTT. Mais elle est annulée.

Inauguration de Radio PTT Nord à Lille

Le lundi 25 juillet, c’est la soirée inaugurale depuis le studio de la Porte de Paris, place Simon-Volant, organisée par l’Association de radiophonie du Nord. A 20h30, s’ouvre une soirée musicale de quinze morceaux de musique qui débute par La Marseillaise. Elle s’achève comme il se doit par l’hymne du Nord, Le Petit Quinquin.

Hector Franchomme, président de l’Association de radiophonie du Nord s’exprime en premier. « L’ idée nouvelle éclaire nos horizons. La voix humaine traverse l’espace y portant la pensée. Par le poste émetteur que nous inaugurons ce soir le Nord va parler. Il devra trouver sa place dans la grande famille française.« 

Porte de Paris à Lille

Tiens, voilà Radiolo

Pour clore ce sujet sur les premiers pas de Radio PTT Nord, soulignons le dynamisme de cette station par deux événements qu’elle organise en novembre 1927.

Le 13 novembre, la grande vedette de la radio française, Marcel Laporte, connu sous le nom Radiolo quand il officiait sur Radiola, fait les annonces d’un concert de gala. Il diffusé le soir depuis les studios de la Porte de Paris et offert par la maison Monopole.

Le 15 novembre, nouvelle soirée de gala  à L’Ecole nationale supérieure des arts et industries textiles à Roubaix. Un ténor italien est placé devant un micro à l’hôtel des postes d’Amiens. Il est accompagné par une pianiste à l’Ecole des arts. Le tout est tout retransmis par la station de l’Ecole supérieure des PTT et le poste de la Tour Eiffel !

Région par région, quelles radios écoutaient les Français en 1952 ?

A l’initiative de la RTF, l’INSEE effectue en 1952 une vaste enquête sur l’écoute radio.

Du 23 novembre au 13 décembre 1952, une centaine d’enquêteurs sont allés dans des foyers français et ont ramené plus de 4400 questionnaire remplis. Chaque personne de chaque foyer ayant été interrogée, on arrive à un échantillon de près de 20 000 Français. Tout cela est passé à la moulinette des statisticiens et nous donne une photographie très précise de l’audience radio en 1952.

La station préférée des Français est…

41% des personnes interrogées ont répondu Radio-Luxembourg comme étant leur station préférée. 25 % choisissent le Programme parisien (RTF- variétés), 9 % Paris Inter (RTF-émissions uniquement musicales depuis août 1952), 7% Radio Monte Carlo, 6% le Programme national (RTF-culturelle et informative), 3% Radio Andorre, 2% la Radio suisse romande, 1% une autre station étrangère et 6% ne se prononcent pas.

Les disparités régionales

La RTF a défini plusieurs régions pour cette enquête. Elles ne correspondent pas aux régions d’aujourd’hui. Pour s’y retrouver, voici la carte de la RTF.

Bretagne : Programme parisien (59 %), Radio-Luxembourg (36%), Radio Andorre (5%)

Normandie : Radio Luxembourg (67%), Programme parisien (13%), Programme national (5%)

Nord : Radio Luxembourg (60 %), Programme parisien (25%), Paris Inter (6%)

Est : Radio Luxembourg (69 %), Programme parisien (16%), Paris Inter (9%)

Alsace-Lorraine : Programme parisien et Radio Luxembourg à égalité (29%), Radio Suisse Romande (11%)

Région de Dijon : Radio Luxembourg (62 %), Radio Suisse Romande (11%), Programme parisien (9%)

Région de Lyon : Radio Luxembourg (37 %), Programme parisien (25%), Radio Monte Carlo (11%)

Provence : Radio Monte Carlo (37 %), Programme parisien (23%), Programme national (19%)

Languedoc : Programme parisien (32 %), Radio Monte Carlo (27%), Radio Andorre (11%)

Sud-Ouest : Programme parisien (29%), Radio Monte Carlo (17%), Radio Monte Carlo (17%) Radio Luxembourg (16%).

Région de Limoges : Programme parisien (49 %), Radio Luxembourg (18 %), Programme national (8 %)

Bassin parisien : Radio Luxembourg (77%), Programme parisien (9%), Paris Inter et Programme national (4%)

Paris : Radio Luxembourg (45%), Programme parisien (24%), Paris Inter (12%).

Les émissions préférées des Français

Les sondés devaient choisir dans une liste d’une quinzaine d’émissions. Voici le top 6 :

1–  Le Grenier de Montmartre (Programme parisien) le dimanche de 12h50 à 13h20.

2– Reine d’un jour (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le mardi de 20h à 20h45.

3– Sports et musique (Programme parisien) le dimanche de 15h à 18h30.

4– La Grande Revue Philips (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le dimanche de 20h15 à 20h45.

5– Dimanche de gala (Programme parisien) le dimanche de 20h30 à 21h30.

6– La roue tourne (Programme parisien) le lundi de 20h30 à 21h30.

6 janvier 1922 : la première radio de France passe son premier disque

On connaît la première radio française : c’est le poste de la Tour Eiffel. Mais quel est le premier disque que la station a diffusé ?

Depuis novembre 1921, le poste militaire de la Tour Eiffel (indicatif FL) fait des essais de radiodiffusion, tous les jours de 16 à 17 heures sur 2600 mètres de longueur d’ondes. La puissance est faible, 400 à 600 watts, mais les ondes sont loin d’être encombrées. Le signal porte donc très loin. Lors de ces essais, on lit des journaux, des romans et certains amateurs poussent la chansonnette ou jouent de leur instrument. Parfois, des séries de chiffres sont diffusées à des fins de vérification de la réception par des stations militaires. Régulièrement, un speaker annonce : « Allô, allô, ici le poste de la Tour Eiffel« .

Un micro devant le phonographe

En décembre, deux concerts, un pour Lille puis un autre pour Bruxelles (en présence des souverains belges) sont diffusés. Les essais se poursuivent tous les jours de 16h30 à 17 heures et le 6 janvier, la Tour Eiffel diffuse un concert depuis le bureau du commandant Julien, le directeur du poste. Un phonographe a été installé et un militaire tient un micro devant le pavillon. Ainsi, quelques disques du ténor italien Enrico Caruso sont diffusés : Madame Butterfly, Paillasse (Pagliacci). Et enfin, La Marseillaise. Ce sont les premiers disques de la radio française !

A partir du lundi 6 février, la station diffuse un bulletin météo quotidien à 16h30 suivi d’un concert. C’est la date de naissance de la radio française.

Les premières émissions de la Tour entraînent un intérêt du public qu’accompagnent immédiatement les constructeurs de TSF comme sur cette réclame du printemps 1922.Une partie de l’équipement technique du poste de la Tour Eiffel en 1922.

1958 : la RTF se transforme en père Noël

Il était une fois, il y a bien, bien longtemps, une radio publique qui savait faire souffler l’esprit de Noël…

Les taxis remplacent les rennes

Le 24 décembre 1958, France II, une radio de la RTF (Radio Télévision Française), ex-Programme parisien devenue antenne régionale, diffuse exceptionnellement de 14h à 18h pour les « Taxis enchantés ». Des chauffeurs de taxis et des hôtesses tout de blanc vêtues, acheminent des jouets à des enfants de familles précaires. Ce sont les auditeurs qui contactent France II pour donner des adresses d’enfants déshérités.

L’avion mystère est chargé de jouets

Par ailleurs, un « avion mystère » doit décoller du Bourget dans la nuit avec à son bord 2500 jouets offerts par le Comité de propagande du jouet de fabrication française. Il doit atterrir dans une région de France touchée par une catastrophe pour apporter un peu de baume au coeur à des populations éprouvées. Et c’est Jean Nohain qui fera le père Noël.

Jean Nohain distribue les cadeaux

Un DC6 de la compagnie UAT décolle pour le Gard qui avait été touché quelques semaines auparavant par de terribles inondations. Des sapins ont été installés par la RTF dans plusieurs villages et les jouets sont acheminés par camion au pied de ces arbres de Noël. Le 25 décembre au matin, dès 8 heures, Jean Nohain commence la distribution à Meyrannes avant de continuer à Alès.

 

Allouis, l’émetteur grandes ondes qui n’a pas pu être inauguré

A l’occasion de la fin de la diffusion de France Inter sur grandes ondes, retour sur les débuts du centre émetteur d’Allouis en 1939.

Le projet d’installer un émetteur à forte puissance pour Radio-Paris et d’en faire un poste national pouvant rayonner sur tout le territoire date de 1934. L’administration des PTT renonce à conforter les équipements existants aux Essart-le-Roi et privilégie une nouvelle installation au centre de l’hexagone. Elle passe commande d’un émetteur à la Société française radioélectrique et en février 1936, achète un terrain à Allouis à mi-distance de Bourges et de Vierzon dans le Cher. La France s’offre le plus puissant émetteur mondial de l’époque (2×450 kw). Un bâtiment de quatre étages et de 80 mètres de long est construit ainsi qu’un système de quatre antennes disposées aux coins d’un carré. A côté, un centre de diffusion en ondes courtes pour Paris-Mondial est également installé (ils sera mis en service le 28 août 1939).

Emetteur d'Allouis

Les essais commencent tout d’abord de nuit quand Radio-Paris n’émet pas. Puis en mai 1939, ces tests entrent dans une nouvelle phase. « En raison des essais du nouveau poste émetteur d’Allouis, le poste national Radio-Paris doit suspendreallouis3 provisoirement certaines de ses émissions pour la matinée, fait savoir un communiqué de la direction de la radiodiffusion. Pour que cette suspension apporte le moins de gêne possible aux auditeurs, elle a été placée aux heures de plus faible audience et aucune modification n’a été, apportée aux émissions de samedi et dimanche. »

Du 3 au 13 juillet, rebelote. Les émissions de Radio-Paris sont suspendues entre 8h40 et 12h40 sauf le dimanche pour des réglages sur l’antenne.

Puis à partir de mi-juillet, le centre émetteur est relié par câble et peut retransmettre Radio-Paris plusieurs heures par jour mais pas toujours à la puissance maximale.  Une inauguration officielle est annoncée pour le 22 juillet. Mais, du fait d’un agenda politique chargé (lois en préparation), le conseil des ministres interdit le déplacement des membres du gouvernement durant la dernière quinzaine de juillet. Raté.

A partir de fin septembre 1939, le poste national est diffusé en permanence par Allouis. On reparle alors d’inauguration. Mais depuis début septembre, la France est en guerre et le ministre des PTT, Alfred Jules-Julien, est accaparé par les problèmes de distribution du courrier suite à la mobilisation. Il fait en octobre la tournée des centres postaux. (re) Raté.

Quand l’ORTF lance depuis un bateau de la Marine une radio très active à Mururoa

Le 29 mai 1968 à 18 heures, une voix se fait entendre sur ondes moyennes dans le Pacifique : « Ici Radio-Mururoa, Office de Radiodiffusion et de Télévision Française, émettant sur la fréquence de 910 KHZ. Bonjour à tous.« 

Mururoa, île de l’archipel des Tuamotu en Polynésie française, abrite le Centre d’expérimentation du Pacifique. C’est là que l’armée française teste ses bombes nucléaires depuis juillet 1966. On y capte très mal Radio-Tahiti, l’atoll étant situé à 1200 km de Papeete. Un émetteur plus puissant est prévu mais en attendant, pour distraire et informer le personnel de ce site militaire, les autorités montent Radio-Mururoa.

Mururoa

MoselleLe studio et l’émetteur sont installés sur le navire de la Marine nationale la Moselle, un bâtiment-base qui ressemble plus à un petit paquebot qu’à un navire de guerre. Pour cette première émission, Jean Raynaud du service presse de la Marine nationale, interview le commandant de Mururoa, le capitaine de vaisseau Servent. Pour le reste, un bulletin d’information avec les dernières nouvelles de Paris (et des événements de mai 68) puis de la musique choisie dans une discothèque de 1300 titres suivie d’un programme sur la vie et l’oeuvre de Mozart.

Les programmes de Radio-Mururoa, animés par des marins du bâtiment Moselle, sont diffusés chaque jour  : de 6 h 30 à 7 h 30, de 13 h à 14 h, de 18 h à 19 h, de 20 h 30 à 22 h. Entre chaque programme, la station relaie Radio-Tahiti.

1966 : la radio et la télé viennent à la rescousse des candidats au bac

En juin 1966, les résultats du baccalauréat se révèlent catastrophiques. 31,5 % seulement des 200 000 candidats décrochent leur bachot, sésame pour accéder à l’enseignement supérieur. La suppression de l’examen probatoire qui régulait l’accès à la terminale, des programmes surchargés et des sujets très difficiles ont entraîné cette Bérézina.

Il reste cependant un espoir pour les candidats malheureux, la session de rattrapage en septembre. Pour ceux qui ont les moyens, pas de problèmes, des cours privés se proposent de les remettre à niveau pendant l’été.

RTS2Mais pour les autres, que faire ? « Des émissions de radio et de télévision destinées à faciliter la préparation des candidats à la deuxième session du baccalauréat seront diffusées du jeudi 4 août au mercredi 7 septembre inclus« , annonce début juillet le ministère de l’Education nationale.

RTSCes émissions doivent avoir lieu du lundi au vendredi pendant deux heures à la radio et une heure à la télévision. « Les émissions de radio seront diffusées tous les matins du lundi au vendredi inclus sur les antennes de France-Culture (modulation de fréquence et modulation d’amplitude), et sur celles de France-Inter (pour les seuls émetteurs de Lyon et de Rennes), de 9 h 15 à 11 h 15. Les émissions de télévision seront diffusées sur les antennes de la première chaîne tous les après-midi du lundi au vendredi inclus, de 14 heures à 15 heures. » Ces créneaux horaires sont loués par le ministère à l’ORTF (l’Office de la radio télévision française).


 

Quel résultats ?

L’expérience s’avère concluante. 42% des élèves inscrits en septembre demandent les fascicules accompagnants les émissions. « En ce qui concerne l’efficacité des émissions, un sondage portant sur 2 133 candidats utilisateurs de Radio-télé-bac fait apparaître, parmi les candidats ayant fait connaître leurs résultats, un pourcentage de reçus définitifs à la session de septembre de 64 %« , indique un communiqué de l’Education nationale. En février 1967, le ministère décide de reconduire l’opération du 31 juillet au 8 septembre (douze heures hebdomadaires à la radio et sept heures à la télévision). En 1968, l’opération n’a pas été reconduite. Inutile de vous expliquer pourquoi…