Radio, papier, ciné, le premier reportage français multimédia fête ses 80 ans

Aujourd’hui, les sujets de journalistes sont diffusés sur différents formats : écrit, audio, vidéo… C’est le multimédia. Mais l’idée n’est pas nouvelle. Ainsi en octobre 1937, « Le Journal se félicite d’être le premier à présenter en France une formule de reportage où l’écriture, l’image et le son se combinent de même qu’un miroir à trois faces révèle un visage sous tous ses angles, dans toute sa multiplicité d’expression.« 

Les reportages de Jean Masson (un journaliste que l’on retrouvera au micro de la BBC pendant la guerre) seront lus dans le quotidien, entendus à Radio-Luxembourg et vus au Cinéac du boulevard des Italiens à Paris. « Le cinéma touche instantanément le spectateur et le conquiert physiquement. La radio met en jeu les ressources imaginatives de l’auditeur, comme une plante magique fait naître des visions colorées. Mais c’est au texte écrit qu’il appartient d’entraîner, par sa rigueur démonstrative, l’adhésion sans réserve du lecteur, » s’enthousiasme Le Journal.

En 1936, Jean Masson avait déjà proposé des reportages sur le thème des jeunesses du monde, diffusés par le Journal et projeté au Cinéac, la salle de cinéma du quotidien. A coeur joie, le premier des reportages de Jean Masson à trois faces, concerne les scouts. Il fait l’objet d’un long article, décliné en dix reportages sur Radio-Luxembourg et d’un film à l’écran pendant plus d’un mois.

Les secrets de Paris en multimédia

Un second miroir à trois faces est réalisé en février 1938 et a pour thème les secrets de Paris. Il paraît du 16 au 25 février, est diffusé sur les ondes luxembourgeoises en cinq parties à 21h30, à l’affiche du Cinéac de la gare Saint-Lazare puis de la gare Montparnasse tous les jours de 10 h à minuit. C’est le dernier miroir à trois faces de cette très courte série. L’actualité très dense de 1938 accapare Jean Masson qui parcourt l’Europe pour  Radio-Luxembourg.

Radio-Sud-Est, la toute première radio privée sur les ondes lyonnaises

Plusieurs radios privées françaises ont été créées par des constructeurs d’émetteurs ou  de récepteurs de TSF. C’est le cas de Radiola à Paris, de Radio-Anjou à Angers ou de Radio-Nord-Ouest à Caen pour ne citer qu’elles.

Radio Sud Est à Lyon

A Lyon, c’est aussi un établissement de fabrication de postes de TSF qui est à l’origine de la première radio privée. Pour pouvoir vendre des appareils, il faut que les auditeurs puissent avoir quelque chose à écouter. Les constructeurs prennent alors les devants.

Radio-Sud-Est, chaque mardi et vendredi

Pour Lyon, il s’agit de Cheney et Martin, dont l’atelier est établi au 44, rue de Sèze. A Radio-Sud-Est à Lyonpartir de décembre 1923, ils émettent avec l’indicatif 8DN puis plus tard sous l’appellation Radio-Sud-Est, chaque mardi et vendredi en soirée vers 21 heures. Le programme consiste en un concert suivi parfois d’une causerie. La puissance est d’une centaine de watts et la longueur d’ondes de la station varie de 360 à 440 mètres. C’est surtout cette dernière longueur d’ondes qui est utilisée, c’est la plus proche de la Station radiotélégraphique de Lyon, la radio des PTT.

Au démarrage de Radio-Sud-Est, cette station publique est la seule radio lyonnaise sur les ondes mais elle ne diffuse de la musique qu’irrégulièrement et généralement en fin de matinée. En mars 1925, Radio-Lyon débarque sur les ondes. Le poste de Cheney et Martin n’a plus lieu d’être.

Radio-Sud-Est cesse ses émissions au printemps 1925.

La guerre de communiqués fait rage entre le Poste parisien et Radio-Cité

La guerre fait rage au début de l’année 1938 entre deux stations très populaires, le Poste parisien et Radio-Cité. Et pas seulement sur la grille de programmes. Les deux radios se disputent le titre de radio leader par l’intermédiaire de leur régie de publicité, Informations et Publicité (Havas) pour la radio du Petit Parisien et Publicis pour celle de Marcel Bleustein-Blanchet.

En juin 1937, Radio-Cité claironne que son nouvel émetteur d’Argenteuil et son antenne antifading est le plus puissant dans Paris. Réplique du Poste parisien dans un communiqué quelques semaines plus tard. Suite aux affirmations de Radio-Cité, « le Poste parisien a tenu à faire exécuter par un organisme officiel, une série de mesures précises qui lui permettent d’affirmer qu’aucun poste privé autre que le Poste parisien (60 kw) ne valablement se dire le plus puissant dans Paris. »

Les lettres des auditeurs épluchées

Puis, la guerre se poursuit par régies interposées. Publicis a épluché les réponses à un concours et cartographié l’origine géographiques des participants pour montrer la force en Ile-de-France et dans le Nord-Est, de Radio-Cité qui s’autoproclame « poste le plus écouté » depuis fin 1935..

Le Poste parisien réplique par un constat d’huissier. Il prend pour base le concours organisé par un hebdomadaire de TSF, Mon Programme, et démontre que la station couvre une large partie de la France. Un bon point pour attirer les annonceurs. Le Poste parisien peut s’enorgueillir d’être la radio la plus entendue quand Radio-Cité continue à affirmer être le plus écoutée.

Il y avait quoi au 22, rue Bayard avant Radio-Luxembourg puis RTL ?

RTL quittera bientôt ses locaux historiques de la rue Bayard pour s’installer à Neuilly-RTLsur-Seine face à M6. Zoom sur l’histoire de cet immeuble qui contrairement à une légende colportée par l’émission les Grosses Têtes n’a jamais hébergé un bordel nommé le Panier fleuri. Ce dernier se trouvait à Barbès. Cependant, il y  a eu à cette adresse une histoire un peu olé-olé pour l’époque, une histoire de moeurs peut-être à l’origine de la rumeur. A découvrir à la fin de cet article.

A l’été 1936, Radio-Luxembourg s’installe dans ce petit immeuble (agrandi en 1972 de plusieurs étages et d’un sous-sol supplémentaire) où se trouvent déjà Foniric, une société de production de programmes de radio clé en main et Information et publicité, la filiale d’Havas qui gère la réclame de Radio-Luxembourg, du Poste-Parisien et de Radio-Alger.

Mais qui occupait les locaux avant ?

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Eté 37 : le « poste de Rueil-Malmaison » fait ses essais

A la mi-juin, une nouvelle station fait son apparition sur les ondes déjà bienRadio-37 encombrée de la région parisienne. Il s’agit d’émissions expérimentales en attendant le démarrage d’une nouvelle radio. Le quotidien Paris-Soir a en effet racheté après quelques péripéties juridiques l’ancienne Radio-Béziers devenue Radio-Midi et obtenu le droit par décret du ministre de déplacer ces émissions du côté de Paris. Antenne et émetteurs sont installés dans les anciens établissements Belin à Rueil-Malmaison. Des émissions d’essais ont lieu tous les jours sous le nom de Poste de Rueil-Malmaison de 7h15 à 8h15, 12h15 à 13h15, 19h à 21h. Le tout sur 360,6 mètres avec une puissance de 2 kw.

Le poste de Rueil émet en pirate en juin 1936

Le Poste de Rueil avait commencé ses émissions à la mi-juin 1936. Il diffusait alors de de 12h30 à 13h30 et de 18h30 à 19h30 sur 306 mètres avec 400 w de puissance. Mais quelques jours plus tard, Paris-Soir avait dû renoncer à sa radio. Car le poste n’avait pas d’autorisation. Radio-Midi à Béziers continuait à émettre sur 209 mètres. Ce qui avait provoqué un tollé. Le ministre Robert Jardillier avait interdit d’émission les deux postes en attendant que leur différent se règle sur le terrain juridique.

La première virgule info de France

En juin 37, les émissions de la station sont légales. Le programme du poste de Rueil se compose de disques et d’informations. A 19h40, un radio-journal est diffusé. Il fait la part belle aux faits-divers, à l’image de Paris-Soir, et connaît un petit succès. Il faut dire que l’équipe est bien rodée, depuis l’automne 1936, elle diffuse son radio-journal sur les ondes de Radio-Normandie. En juillet, ce journal se fait remarquer par une innovation : chaque sujet d’actualité est séparé par une virgule jouée au piano.

Rueil-Malmaison Radio-37

Ce poste expérimental diffuse également une soirée en direct de la salle Pleyel, le 1er juillet. Il s’agit du gala en l’honneur de l’aviateur Jean Mermoz.

Il faudra attendre le 5 septembre pour que le Poste de Rueil-Malmaison devienne Radio-37, un nom inspiré par l’Expo 37 qui se déroule au même moment à Paris.

A la veille de l’été, le premier concert sponsorisé accueille le Printemps

En avril 1923, Radiola, le premier poste privé français, avait innové en proposant au Pigall’s, une boîte de Montmartre, de faire jouer son orchestre dansant en échange de citer son nom à l’antenne. Une première publicité sur les ondes de France sous la forme d’un échange de bons procédés.

Printemps avec un P majuscule

Mais pour entendre le premier programme réellement sponsorisé, il faudra attendre une année de plus. Il est diffusé le jeudi 12 juin 1924 sur Radio-Paris (ex-Radiola). Il s’agit d’un concert consacré au Printemps. Avec un P majuscule. Car il s’agit des magasins du Printemps, boulevard Hausmann, qui fêtent leur réouverture après le terrible incendie qui avait complètement ravagé l’immeuble en septembre 1921. A quelques jours de l’été, les auditeurs ont le droit à une soirée lyrique d’une heure. Et bien sûr, le nom de chaque oeuvre a un rapport avec le printemps.

On a retrouvé la « playlist », la voici :

Radio Paris

Une anecdote à l’intention des mélomanes : c’est lors de ce programme que le chanteur lyrique Lucien Fugère a chanté pour la première fois devant un micro.

Incendie du Printemps 1921
A la une du Journal, le 29 septembre 1921

 

L’incroyable loupé des radios françaises lors du discours de Nuremberg

Guerre ou paix ? Le lundi 12 avril 1938, l’Europe retient son souffle. Hitler doit prononcer un discours très attendu en clôture du congrès nazi à Nuremberg. A 19 heures, tout est prêt dans les principales radios parisiennes. Des traducteurs sont présents dans les studios pour donner en direct aux auditeurs français la teneur du discours du dictateur allemand dont on pressent que chaque mot sera important.

Une famille écoute le discours de Nuremberg à la radio

Mais à 19h12, alors que le chancelier du Reich débute ses vociférations, rien sur les antennes françaises. Car peu de temps auparavant, la radio publique a annoncé aux radios privées que c’est elle seule qui assurerait la traduction officielle des propos d’Hitler. Résultat : les radios n’ont commencé à diffuser la traduction qu’à partir de 22h07 et la seconde partie une heure plus tard. Pendant ce temps, les journaux avaient imprimé leur édition spéciale avec le discours in extenso.

Nuremberg 1938

Merci les Belges

Quelques auditeurs auront cependant pu être informés en direct. En écoutant directement la radio allemande et en bénéficiant de l’aide d’un germanophone ou en se branchant sur la radio belge. Bruxelles a en effet diffusé une traduction du discours dès 21 heures !

Présidentielle 1965 : la rédaction de Radio-Luxembourg s’oppose aux « recommandations » de l’Etat

Pour l’élection présidentielle de 1965, la première au suffrage universel direct, une Commission nationale de contrôle est instituée pour veiller au respect du temps de parole des six candidats sur les antennes de radio et les deux chaînes de télévision de l’ORTF. Chacun a le droit à deux fois deux heures (radio+télé) entre le 19 novembre et le 4 décembre.

Lors de son installation, cette commission tout comme Alain Peyrefitte, ministre de l’information, font savoir que les candidats ne pourront pas s’exprimer directement sur les postes périphériques (Radio Monte Carlo et Radio des Vallées où l’Etat est majoritaire via la Sofirad mais aussi Radio-Luxembourg, et Europe 1) mais devront se faire représenter par un porte-parole. Les candidats pour l’ORTF, les seconds couteaux pour les radios privées. Cette « recommandation » créé des remous dans les rédactions et tout particulièrement à Radio-Luxembourg (qui deviendra RTL l’année suivante).

Radio Luxembourg 1965

La menace d’une grève

Le 19 novembre, une discussion houleuse secoue la rédaction de la rue Bayard. Une interview de l’un des candidats, Jean-Louis Tixier-Vignancour (extrême-droite), est interdite d’antenne. Les journalistes menacent alors de faire grève et certains parlent de démissionner.

Finalement, la commission décide de ne pas suivre les « recommandations » du ministre de l’information. On pourra donc entendre les voix des différents candidats (sans qu’ils ne s’adressent directement aux auditeurs), les radios privées s’engageant à respecter l’équité.

Le Grand-Duché réagit

Le président du gouvernement luxembourgeois, Pierre Werner, fait lui-même une mise au point. Il rappelle que la radio « n’interviendra pas dans une campagne électorale d’un pays étranger quel qu’il soit. Il doit donc s’abstenir de diffuser toute déclaration directe des candidats au public. D’autre part c’est un poste d’information qui doit informer ses auditeurs, et le gouvernement luxembourgeois ne fait pas d’objection de principe à ce que les discours prononcés en France, les tables rondes, les conférences de presse, voire les meetings publics auxquels assistent des reporters de Radio-Télé-Luxembourg puissent être diffusés sur les ondes, mais en respectant les règles normales d’objectivité.« 

Radio-Luxembourg gagne la bataille de l’estimation de 20 heures

Au bout du compte, c’est Radio-Luxembourg qui emporte l’élection présidentielle. La station est celle qui donne l’estimation la plus proche du résultat du second tour. A 20 heures, s’appuyant sur un échantillon d’un petite trentaine de bureaux, elle annonce 54,30 % pour le général de Gaulle et 45,70 % pour François Mitterrand. Le résultat final est 55,20 % pour le président sortant et 44,80% pour son challenger socialiste.