Eté 37 : le « poste de Rueil-Malmaison » fait ses essais

A la mi-juin, une nouvelle station fait son apparition sur les ondes déjà bienRadio-37 encombrée de la région parisienne. Il s’agit d’émissions expérimentales en attendant le démarrage d’une nouvelle radio. Le quotidien Paris-Soir a en effet racheté après quelques péripéties juridiques l’ancienne Radio-Béziers devenue Radio-Midi et obtenu le droit par décret du ministre de déplacer ces émissions du côté de Paris. Antenne et émetteurs sont installés dans les anciens établissements Belin à Rueil-Malmaison. Des émissions d’essais ont lieu tous les jours sous le nom de Poste de Rueil-Malmaison de 7h15 à 8h15, 12h15 à 13h15, 19h à 21h. Le tout sur 360,6 mètres avec une puissance de 2 kw.

Le poste de Rueil émet en pirate en juin 1936

Le Poste de Rueil avait commencé ses émissions à la mi-juin 1936. Il diffusait alors de de 12h30 à 13h30 et de 18h30 à 19h30 sur 306 mètres avec 400 w de puissance. Mais quelques jours plus tard, Paris-Soir avait dû renoncer à sa radio. Car le poste n’avait pas d’autorisation. Radio-Midi à Béziers continuait à émettre sur 209 mètres. Ce qui avait provoqué un tollé. Le ministre Robert Jardillier avait interdit d’émission les deux postes en attendant que leur différent se règle sur le terrain juridique.

La première virgule info de France

En juin 37, les émissions de la station sont légales. Le programme du poste de Rueil se compose de disques et d’informations. A 19h40, un radio-journal est diffusé. Il fait la part belle aux faits-divers, à l’image de Paris-Soir, et connaît un petit succès. Il faut dire que l’équipe est bien rodée, depuis l’automne 1936, elle diffuse son radio-journal sur les ondes de Radio-Normandie. En juillet, ce journal se fait remarquer par une innovation : chaque sujet d’actualité est séparé par une virgule jouée au piano.

Rueil-Malmaison Radio-37

Ce poste expérimental diffuse également une soirée en direct de la salle Pleyel, le 1er juillet. Il s’agit du gala en l’honneur de l’aviateur Jean Mermoz.

Il faudra attendre le 5 septembre pour que le Poste de Rueil-Malmaison devienne Radio-37, un nom inspiré par l’Expo 37 qui se déroule au même moment à Paris.

A la veille de l’été, le premier concert sponsorisé accueille le Printemps

En avril 1923, Radiola, le premier poste privé français, avait innové en proposant au Pigall’s, une boîte de Montmartre, de faire jouer son orchestre dansant en échange de citer son nom à l’antenne. Une première publicité sur les ondes de France sous la forme d’un échange de bons procédés.

Printemps avec un P majuscule

Mais pour entendre le premier programme réellement sponsorisé, il faudra attendre une année de plus. Il est diffusé le jeudi 12 juin 1924 sur Radio-Paris (ex-Radiola). Il s’agit d’un concert consacré au Printemps. Avec un P majuscule. Car il s’agit des magasins du Printemps, boulevard Hausmann, qui fêtent leur réouverture après le terrible incendie qui avait complètement ravagé l’immeuble en septembre 1921. A quelques jours de l’été, les auditeurs ont le droit à une soirée lyrique d’une heure. Et bien sûr, le nom de chaque oeuvre a un rapport avec le printemps.

On a retrouvé la « playlist », la voici :

Radio Paris

Une anecdote à l’intention des mélomanes : c’est lors de ce programme que le chanteur lyrique Lucien Fugère a chanté pour la première fois devant un micro.

Incendie du Printemps 1921
A la une du Journal, le 29 septembre 1921

 

L’incroyable loupé des radios françaises lors du discours de Nuremberg

Guerre ou paix ? Le lundi 12 avril 1938, l’Europe retient son souffle. Hitler doit prononcer un discours très attendu en clôture du congrès nazi à Nuremberg. A 19 heures, tout est prêt dans les principales radios parisiennes. Des traducteurs sont présents dans les studios pour donner en direct aux auditeurs français la teneur du discours du dictateur allemand dont on pressent que chaque mot sera important.

Une famille écoute le discours de Nuremberg à la radio

Mais à 19h12, alors que le chancelier du Reich débute ses vociférations, rien sur les antennes françaises. Car peu de temps auparavant, la radio publique a annoncé aux radios privées que c’est elle seule qui assurerait la traduction officielle des propos d’Hitler. Résultat : les radios n’ont commencé à diffuser la traduction qu’à partir de 22h07 et la seconde partie une heure plus tard. Pendant ce temps, les journaux avaient imprimé leur édition spéciale avec le discours in extenso.

Nuremberg 1938

Merci les Belges

Quelques auditeurs auront cependant pu être informés en direct. En écoutant directement la radio allemande et en bénéficiant de l’aide d’un germanophone ou en se branchant sur la radio belge. Bruxelles a en effet diffusé une traduction du discours dès 21 heures !

Présidentielle 1965 : la rédaction de Radio-Luxembourg s’oppose aux « recommandations » de l’Etat

Pour l’élection présidentielle de 1965, la première au suffrage universel direct, une Commission nationale de contrôle est instituée pour veiller au respect du temps de parole des six candidats sur les antennes de radio et les deux chaînes de télévision de l’ORTF. Chacun a le droit à deux fois deux heures (radio+télé) entre le 19 novembre et le 4 décembre.

Lors de son installation, cette commission tout comme Alain Peyrefitte, ministre de l’information, font savoir que les candidats ne pourront pas s’exprimer directement sur les postes périphériques (Radio Monte Carlo et Radio des Vallées où l’Etat est majoritaire via la Sofirad mais aussi Radio-Luxembourg, et Europe 1) mais devront se faire représenter par un porte-parole. Les candidats pour l’ORTF, les seconds couteaux pour les radios privées. Cette « recommandation » créé des remous dans les rédactions et tout particulièrement à Radio-Luxembourg (qui deviendra RTL l’année suivante).

Radio Luxembourg 1965

La menace d’une grève

Le 19 novembre, une discussion houleuse secoue la rédaction de la rue Bayard. Une interview de l’un des candidats, Jean-Louis Tixier-Vignancour (extrême-droite), est interdite d’antenne. Les journalistes menacent alors de faire grève et certains parlent de démissionner.

Finalement, la commission décide de ne pas suivre les « recommandations » du ministre de l’information. On pourra donc entendre les voix des différents candidats (sans qu’ils ne s’adressent directement aux auditeurs), les radios privées s’engageant à respecter l’équité.

Le Grand-Duché réagit

Le président du gouvernement luxembourgeois, Pierre Werner, fait lui-même une mise au point. Il rappelle que la radio « n’interviendra pas dans une campagne électorale d’un pays étranger quel qu’il soit. Il doit donc s’abstenir de diffuser toute déclaration directe des candidats au public. D’autre part c’est un poste d’information qui doit informer ses auditeurs, et le gouvernement luxembourgeois ne fait pas d’objection de principe à ce que les discours prononcés en France, les tables rondes, les conférences de presse, voire les meetings publics auxquels assistent des reporters de Radio-Télé-Luxembourg puissent être diffusés sur les ondes, mais en respectant les règles normales d’objectivité.« 

Radio-Luxembourg gagne la bataille de l’estimation de 20 heures

Au bout du compte, c’est Radio-Luxembourg qui emporte l’élection présidentielle. La station est celle qui donne l’estimation la plus proche du résultat du second tour. A 20 heures, s’appuyant sur un échantillon d’un petite trentaine de bureaux, elle annonce 54,30 % pour le général de Gaulle et 45,70 % pour François Mitterrand. Le résultat final est 55,20 % pour le président sortant et 44,80% pour son challenger socialiste.

Région par région, quelles radios écoutaient les Français en 1952 ?

A l’initiative de la RTF, l’INSEE effectue en 1952 une vaste enquête sur l’écoute radio.

Du 23 novembre au 13 décembre 1952, une centaine d’enquêteurs sont allés dans des foyers français et ont ramené plus de 4400 questionnaire remplis. Chaque personne de chaque foyer ayant été interrogée, on arrive à un échantillon de près de 20 000 Français. Tout cela est passé à la moulinette des statisticiens et nous donne une photographie très précise de l’audience radio en 1952.

La station préférée des Français est…

41% des personnes interrogées ont répondu Radio-Luxembourg comme étant leur station préférée. 25 % choisissent le Programme parisien (RTF- variétés), 9 % Paris Inter (RTF-émissions uniquement musicales depuis août 1952), 7% Radio Monte Carlo, 6% le Programme national (RTF-culturelle et informative), 3% Radio Andorre, 2% la Radio suisse romande, 1% une autre station étrangère et 6% ne se prononcent pas.

Les disparités régionales

La RTF a défini plusieurs régions pour cette enquête. Elles ne correspondent pas aux régions d’aujourd’hui. Pour s’y retrouver, voici la carte de la RTF.

Bretagne : Programme parisien (59 %), Radio-Luxembourg (36%), Radio Andorre (5%)

Normandie : Radio Luxembourg (67%), Programme parisien (13%), Programme national (5%)

Nord : Radio Luxembourg (60 %), Programme parisien (25%), Paris Inter (6%)

Est : Radio Luxembourg (69 %), Programme parisien (16%), Paris Inter (9%)

Alsace-Lorraine : Programme parisien et Radio Luxembourg à égalité (29%), Radio Suisse Romande (11%)

Région de Dijon : Radio Luxembourg (62 %), Radio Suisse Romande (11%), Programme parisien (9%)

Région de Lyon : Radio Luxembourg (37 %), Programme parisien (25%), Radio Monte Carlo (11%)

Provence : Radio Monte Carlo (37 %), Programme parisien (23%), Programme national (19%)

Languedoc : Programme parisien (32 %), Radio Monte Carlo (27%), Radio Andorre (11%)

Sud-Ouest : Programme parisien (29%), Radio Monte Carlo (17%), Radio Monte Carlo (17%) Radio Luxembourg (16%).

Région de Limoges : Programme parisien (49 %), Radio Luxembourg (18 %), Programme national (8 %)

Bassin parisien : Radio Luxembourg (77%), Programme parisien (9%), Paris Inter et Programme national (4%)

Paris : Radio Luxembourg (45%), Programme parisien (24%), Paris Inter (12%).

Les émissions préférées des Français

Les sondés devaient choisir dans une liste d’une quinzaine d’émissions. Voici le top 6 :

1–  Le Grenier de Montmartre (Programme parisien) le dimanche de 12h50 à 13h20.

2– Reine d’un jour (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le mardi de 20h à 20h45.

3– Sports et musique (Programme parisien) le dimanche de 15h à 18h30.

4– La Grande Revue Philips (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le dimanche de 20h15 à 20h45.

5– Dimanche de gala (Programme parisien) le dimanche de 20h30 à 21h30.

6– La roue tourne (Programme parisien) le lundi de 20h30 à 21h30.

Une petite souris interrompt les émissions de Radio Luxembourg

Voici la version radiophonique du grain de sable qui coince l’engrenage.

Surprise le 12 octobre 1934 pour les auditeurs qui écoutent un récital sur Radio Luxembourg. A 19h50, brusquement la station quitte les ondes. Les techniciens s’affairent et finissent, au bout d’une heure et demie, par découvrir une souris morte qui avant de passer de vie à trépas avait provoquer un court-jus dans un circuit de 2300 volts. A 21h20, Radio-Luxembourg revenait sur les ondes. Un des techniciens a dû être soigné pour brûlures.

Novembre 1926 : NBC, le premier réseau radio américain, se lance sur les ondes

Le 15 novembre 1926, une soirée de gala de quatre heures diffusée depuis le Waldorf-Astoria Hotel à New-York inaugure le premier réseau américain, NBC pour National Broadcasting Company.

Trois bonnes fées au-dessus du berceau

En septembre 1926, RCA (Radio Corporation of America), faNBCbriquant de radios, achète la radio new-yorkaise WEAF et WCAP de Washington à l’opérateur téléphonique AT&T. L’opérateur autorise RCA d’utiliser ses meilleurs liaisons téléphoniques ce qui va permettre de développer le premier réseau américain. Au dessus du berceau de NBC se penchent trois bonnes fées actionnaires : RCA 50%, General Electric 30% (le proprio avec Vivendi de nos jours) et Westinghouse 20% (qui possède aujourd’hui CBS).

Une soirée de gala lance le réseau

Le 15 novembre, de 20 heures à minuit, une émission inaugurale réunit le gratin new-yorkais dans la grande salle de bal de l’hôtel Waldorf-Astoria avec les meilleurs orchestres et les stars de l’époque. Déjà NBC montre sa puissance. Lors de la soirée deux artistes sont à des centaines de kilomètres et leur voix parviennent à New-York via le réseau d’AT&T. La soprano Mary Garden chante depuis sa chambre d’hôtel à Chicago et Will Rogers depuis Independance dans le Kansas où l’humoriste se produit.

Qui diffuse la première soirée ?

Cette première historique dans l’histoire de la radio américaine est diffusée sur les stations suivantes : WEAF et WJZ New-York, WEEI Boston, WBZ Springfield, WTAG Worcester, WTIC Hartford, WGR Buffalo, WLIT Philadelphie, WRC Washington, WCSH Portland-Maine, WCAE et KDKA Pittsburgh, WGY Schenectady, WTAM Cleveland, WWJ Detroit, KSD Saint-Louis, WOC Davenport, WCCO Minneapolis, WDAF Kansas-City.

NBC se coupe en deux

A partir du 1er  janvier 1927, NBC divise son réseau en deux. Un Red Network depuis la station mère WEAF riche en divertissements et un Blue Network depuis WJZ plus informatif et culturel.

nbc27

Un Français superstar sur NBC

Au début de l’année 1931, Maurice Chevalier est aux USA. Il doit tourner un film de nbc-chevalierErnst Lubitsh, The Smiling Lieutenant, mais pas seulement. Le chanteur français a décroché le plus gros contrat de l’époque. NBC lui a proposé de chanter pendant 26 semaine, chaque dimanche soir dans l’émission vedette The Chase and Sanborn Hour pour 5000 dollars la semaine. Ce qui correspondrait aujourd’hui à 74 000 dollars !

Le Poste du Petit Parisien improvise un premier camion de reportage

Le 11 novembre 1926, le quotidien Le Petit Parisien organise la première édition du Grand Prix de l’Armistice, une course de marche athlétique qui regroupe sur la ligne de départs une soixantaine de concurrents dont une moitié d’anciens combattants de 14-18. La course part de la forêt de Rethondes près de Compiègne, où fut signé l’Armistice le 11 novembre 1918 pour rejoindre la place de la Concorde à Paris. Le journal dispose de sa propre station de radio, le Poste du Petit Parisien, dans ses locaux de la rue d’Enghien.

petitparisien

Pour informer de la progression de la course, le quotidien met les moyens. Un récepteur relié à un haut-parleur installé sur le ministère de la Marine permet au public de suivre les péripéties du Grand Prix. Et pour communiquer avec le Poste du Petit Parisien, une camionnette de livraison de journaux est équipée d’un équipement de TSF fourni par la compagnie Radio L.-L. « Un émetteur Hartley alimenté par un convertisseur haute tension travaillait avec 100 watts de puissance sur 50 mètres de longueur d’onde, il était couplé à un système d’antenne rayonnement horizontal système bien connu dû à M. Lucien Lévy qui a donné d’excellents résultats » se félicite Le Petit Parisien. La station venait d’improviser avec succès son premier camion-reportage.