1913 : la première « radio » monégasque émet depuis le yacht du prince

Nous sommes début septembre 1913, aux balbutiements des transmissions de radio. Les opérateurs des  stations télégraphiques installées sur la côte est des Etats-Unis sont stupéfaits. Ils captent de la musique dans leurs écouteurs mais sans pouvoir déterminer son origine. Quelques navires en mer entendent aussi des mélodies sur les ondes. Le mystère se dissipe quand la station de Sandy Hook, face à New-York, reçoit un message demandant de bien faire attention à la musique qui va suivre. Suite à cette annonce, les télégraphistes entendent la Marseillaise et America.

Le premier piano des ondes

L’émission provient de l’Hirondelle, le yacht du prince Albert Ier de Monaco qui s’apprête, ce 9 septembre 1913,  à entrer dans New-York après avoir tranquillement traversé l’Atlantique via les Açores et la Nouvelle-Ecosse pour effectuer des relevés scientifiques. Le souverain est en effet biologiste et son yacht abrite des laboratoires. Il est surnommé le prince savant.

Et cette musique sur les ondes constitue une belle innovation. Mais les mélodies restent très basiques. En effet, elles sont diffusées en direct par un appareil qui a l’apparence d’un piano avec une dizaine de touches (photo ci-dessus). C’est une invention du baron allemand Von Lepel dont le brevet a été acheté par la Compagnie générale de radiotélégraphie. Le PSF, le piano sans fil sera vite dépassé par d’autres techniques

 

Quoi de neuf lors de la rentrée radiophonique de 1957 ?

En 1957, la toute jeune Europe n°1 booste la rentrée radiophonique. Radio-Luxembourg et la radio publique tentent de s’adapter à ce nouveau concurrent.

Radio Luxembourg propose quinze nouveaux rendez-vous

La radio de la rue Bayard veut proposer plus de musique et plus d’infos pour cette rentrée. Quinze nouveaux programmes sont proposés aux auditeurs.

Côté infos, le magazine d’actualité Dix millions d’auditeurs est désormais diffusé deux fois par jour, à 12h40 et 19h40. Trois émissions sur des sujets de société complètent la nouvelle grille : Monsieur Tout le Monde, la Vie comme elle va et la Vie en marche.

Côté variétés, deux nouvelles émissions musicales en public pour rajeunir l’antenne : Super Boum le mardi soir et Cavalcade le dimanche soir. Le mardi plus tard en soirée Allo ! Police fait son apparition. La station embauche Darry Cowl pour animer Moi, je me balade le dimanche matin à 9h45. C’est aussi la première pour Magnéto-Stop, un jeu animé par Zappy Max le dimanche soir.

Europe n°1 fait le tour du monde

La jeune radio innove en proposant le jeu de Jacques Antoine, Pierre Bellemare et Pierre Desgraupes, le Tour du monde le dimanche à 20h30 dès le 29 septembre. Des candidats voyagent autour du monde avec une bourse de 1 million et doivent compiler sur leur passeport le plus de visas possibles.

Une Coupe des chansonniers présentée par Pierre La Forêt est à l’antenne le vendredi soir et un nouveau jeu permettant de gagner de l’argent aux candidats les plus érudits est diffusé le lundi soir, Champions d’Europe. Le Docteur Relaxe remplace les Visiteurs du soir pour accompagner les auditeurs à l’heure du coucher.

A 20 heures, un émission inédite, intitulée Quoi de neuf ?, propose les derniers enregistrements des maisons de disques.

La RTF change de ton pour la rentrée

C’est une très bonne rentrée pour Paris-Inter car la puissance de l’émetteur d’Allouis est doublée pour atteindre 500 kw ce qui donne à la station une couverture nationale.

Gabriel Delaunay, directeur général de la RTF, présente une réforme de l’information à l’occasion du Salon de la radio, de la télévision et du disque. Il souhaite rendre plus vivants les bulletins et sessions d’informations. Il n’y aura pas qu’un seul présentateur au ton impersonnel pour lire les nouvelles, les journalistes viendront désormais présenter leurs sujets. Enfin, chaque journal sur les différentes chaînes pourra avoir son propre style et Paris-Inter pourra interrompre son programme si l’actualité l’exige. Une révolution… Merci Europe n°1 !

Interactive et en direct, la Radio Chanson Express cartonne sur Paris-PTT

La Radio Chanson Express, c’est le nom d’une rubrique du Journal parlé de Paris-PTT qui eu beaucoup de succès pendant quatre ans. Avec en vedette, le chansonnier René Devilliers.

Ce chansonnier est le premier a adapter pour la radio une formule qui fait le succès des cabarets de Montmartre et notamment celui des Noctambules où il se produit. Il s’agit de composer en deux temps trois mouvements une chansonnette à partir des rimes fournies par le public.René Devilliers Chanson Express

Chaque soir à 18h30 sur Paris-PTT, Microvox annonce le sujet du jour. Les auditeurs appellent au numéro Littré 32-89 pour proposer des rimes. « Les deux premières personnes qui la veille ont envoyé des rimes, sont invitées à venir le lendemain au studio annoncer le sujet qu’elles ont choisi pour la chanson du jour. Elles restent généralement là pendant que je la fais« , déclare René Devilliers à Paris-Soir début 1928. « Sitôt les dernières rimes arrivées, la téléphoniste me remet la feuille sur laquelle elles sont inscrites. Le speaker l’annonce en faisant constater l’heure. » Cinq minutes plus tard, vers 19h45, le chansonnier interprète sa chanson.

Radio-Vitus copie

Pendant quatre ans, de 1927 à 1931, René Devilliers estime avoir composé près de 1500 chansons express. Le programme qui a du succès est imité. Ainsi, début 1931, Radio-Vitus copie le concept avec Gaston Secretan et Léon Raiter.

A l’été 31, Paris-PTT évoque des raisons pécuniaires pour mettre fin à la Radio Chanson Express. Le programme était devenu depuis quelques mois beaucoup plus irrégulier.

La Chanson Express déménage

A partir du dimanche 4 septembre 1932, on retrouve la Chanson Express et René Devilliers sur les ondes du Poste parisien. Mais la station ne bénéficie pas de ligne PTT. Les auditeurs doivent donc écrire à la revue de radio le Haut Parleur. Le dimanche, en direct, neuf enveloppes sont tirées au sort. Une pour le sujet, huit pour chaque rime. Mais le programme n’a plus le succès d’avant.

On retrouvera cependant la Chanson Express  et René Devilliers chaque semaine sur Radio-Alger (1934-1936).

A la veille de l’été, le premier concert sponsorisé accueille le Printemps

En avril 1923, Radiola, le premier poste privé français, avait innové en proposant au Pigall’s, une boîte de Montmartre, de faire jouer son orchestre dansant en échange de citer son nom à l’antenne. Une première publicité sur les ondes de France sous la forme d’un échange de bons procédés.

Printemps avec un P majuscule

Mais pour entendre le premier programme réellement sponsorisé, il faudra attendre une année de plus. Il est diffusé le jeudi 12 juin 1924 sur Radio-Paris (ex-Radiola). Il s’agit d’un concert consacré au Printemps. Avec un P majuscule. Car il s’agit des magasins du Printemps, boulevard Hausmann, qui fêtent leur réouverture après le terrible incendie qui avait complètement ravagé l’immeuble en septembre 1921. A quelques jours de l’été, les auditeurs ont le droit à une soirée lyrique d’une heure. Et bien sûr, le nom de chaque oeuvre a un rapport avec le printemps.

On a retrouvé la « playlist », la voici :

Radio Paris

Une anecdote à l’intention des mélomanes : c’est lors de ce programme que le chanteur lyrique Lucien Fugère a chanté pour la première fois devant un micro.

Incendie du Printemps 1921
A la une du Journal, le 29 septembre 1921

 

Le jour où la radio de Vichy annonce la fin de la guerre… pour rigoler

Pendant la guerre, la radio la plus ennuyeuse était celle du régime de Vichy, la Radiodiffusion nationale. « La radio française a toujours très peu d’auditeurs. Elle fait l’objet des mêmes critiques : la monotonie, le peu de variété des programmes, le manque de rapidité des informations, la partialité dans les commentaires, la discrétion observée sur les grands événements intérieurs et extérieurs » peut-on lire dans la synthèse des rapports des préfets de la zone libre dès 1941. Outre ses émissions ennuyeuses, la Radiodiffusion nationale diffuse de la propagande anglophobe, nationaliste et antisémite. Ca ne rigole pas. Sauf une fois…

La radio de Vichy, un poste zazou ?

Le mercredi 12 octobre 1943, à 6h28, La Marseillaise ouvre les programmes. Puis un speaker déclare : « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, la guerre est terminée. » Suit le premier bulletin d’information qui n’évoque en rien cette annonce. Et pour cause, il s’agissait d’une méprise d’un speaker qui pensait que le micro n’était pas à l’antenne. « C’est un poste plus zazou que l’on imagine généralement« , ironise Paris-Soir. D’après le journal mais aussi le Time à New-York, cette annonce a déclenché une avalanche de réactions. « Le speaker est naturellement sous le coup de sanctions très graves pour propagation de fausse nouvelle et l’enquête se poursuit pour rechercher s’il y a eu, dans la maladresse de l’opérateur, autre chose qu’une inattention fortuite« , souligne Le Petit Parisien.

La Marseillaise remplace l’hymne maréchaliste

Ce 11 octobre 1943, c’est le jour qu’avait choisi la Radiodiffusion nationale pour changer l’indicatif d’ouverture de ces programmes par La Marseillaise. Tout en gardant les premières notes de l’hymne pétainiste Maréchal, nous voilà comme indicatif des informations.

Depuis le lundi 13 octobre 41, Maréchal nous voilà servait d’indicatif pour la radio de Vichy. Avant, la radio de l’Etat français utilisait la Marche des rois, attribuée à l’époque à Lully.

Présidentielle 1965 : la rédaction de Radio-Luxembourg s’oppose aux « recommandations » de l’Etat

Pour l’élection présidentielle de 1965, la première au suffrage universel direct, une Commission nationale de contrôle est instituée pour veiller au respect du temps de parole des six candidats sur les antennes de radio et les deux chaînes de télévision de l’ORTF. Chacun a le droit à deux fois deux heures (radio+télé) entre le 19 novembre et le 4 décembre.

Lors de son installation, cette commission tout comme Alain Peyrefitte, ministre de l’information, font savoir que les candidats ne pourront pas s’exprimer directement sur les postes périphériques (Radio Monte Carlo et Radio des Vallées où l’Etat est majoritaire via la Sofirad mais aussi Radio-Luxembourg, et Europe 1) mais devront se faire représenter par un porte-parole. Les candidats pour l’ORTF, les seconds couteaux pour les radios privées. Cette « recommandation » créé des remous dans les rédactions et tout particulièrement à Radio-Luxembourg (qui deviendra RTL l’année suivante).

Radio Luxembourg 1965

La menace d’une grève

Le 19 novembre, une discussion houleuse secoue la rédaction de la rue Bayard. Une interview de l’un des candidats, Jean-Louis Tixier-Vignancour (extrême-droite), est interdite d’antenne. Les journalistes menacent alors de faire grève et certains parlent de démissionner.

Finalement, la commission décide de ne pas suivre les « recommandations » du ministre de l’information. On pourra donc entendre les voix des différents candidats (sans qu’ils ne s’adressent directement aux auditeurs), les radios privées s’engageant à respecter l’équité.

Le Grand-Duché réagit

Le président du gouvernement luxembourgeois, Pierre Werner, fait lui-même une mise au point. Il rappelle que la radio « n’interviendra pas dans une campagne électorale d’un pays étranger quel qu’il soit. Il doit donc s’abstenir de diffuser toute déclaration directe des candidats au public. D’autre part c’est un poste d’information qui doit informer ses auditeurs, et le gouvernement luxembourgeois ne fait pas d’objection de principe à ce que les discours prononcés en France, les tables rondes, les conférences de presse, voire les meetings publics auxquels assistent des reporters de Radio-Télé-Luxembourg puissent être diffusés sur les ondes, mais en respectant les règles normales d’objectivité.« 

Radio-Luxembourg gagne la bataille de l’estimation de 20 heures

Au bout du compte, c’est Radio-Luxembourg qui emporte l’élection présidentielle. La station est celle qui donne l’estimation la plus proche du résultat du second tour. A 20 heures, s’appuyant sur un échantillon d’un petite trentaine de bureaux, elle annonce 54,30 % pour le général de Gaulle et 45,70 % pour François Mitterrand. Le résultat final est 55,20 % pour le président sortant et 44,80% pour son challenger socialiste.

Région par région, quelles radios écoutaient les Français en 1952 ?

A l’initiative de la RTF, l’INSEE effectue en 1952 une vaste enquête sur l’écoute radio.

Du 23 novembre au 13 décembre 1952, une centaine d’enquêteurs sont allés dans des foyers français et ont ramené plus de 4400 questionnaire remplis. Chaque personne de chaque foyer ayant été interrogée, on arrive à un échantillon de près de 20 000 Français. Tout cela est passé à la moulinette des statisticiens et nous donne une photographie très précise de l’audience radio en 1952.

La station préférée des Français est…

41% des personnes interrogées ont répondu Radio-Luxembourg comme étant leur station préférée. 25 % choisissent le Programme parisien (RTF- variétés), 9 % Paris Inter (RTF-émissions uniquement musicales depuis août 1952), 7% Radio Monte Carlo, 6% le Programme national (RTF-culturelle et informative), 3% Radio Andorre, 2% la Radio suisse romande, 1% une autre station étrangère et 6% ne se prononcent pas.

Les disparités régionales

La RTF a défini plusieurs régions pour cette enquête. Elles ne correspondent pas aux régions d’aujourd’hui. Pour s’y retrouver, voici la carte de la RTF.

Bretagne : Programme parisien (59 %), Radio-Luxembourg (36%), Radio Andorre (5%)

Normandie : Radio Luxembourg (67%), Programme parisien (13%), Programme national (5%)

Nord : Radio Luxembourg (60 %), Programme parisien (25%), Paris Inter (6%)

Est : Radio Luxembourg (69 %), Programme parisien (16%), Paris Inter (9%)

Alsace-Lorraine : Programme parisien et Radio Luxembourg à égalité (29%), Radio Suisse Romande (11%)

Région de Dijon : Radio Luxembourg (62 %), Radio Suisse Romande (11%), Programme parisien (9%)

Région de Lyon : Radio Luxembourg (37 %), Programme parisien (25%), Radio Monte Carlo (11%)

Provence : Radio Monte Carlo (37 %), Programme parisien (23%), Programme national (19%)

Languedoc : Programme parisien (32 %), Radio Monte Carlo (27%), Radio Andorre (11%)

Sud-Ouest : Programme parisien (29%), Radio Monte Carlo (17%), Radio Monte Carlo (17%) Radio Luxembourg (16%).

Région de Limoges : Programme parisien (49 %), Radio Luxembourg (18 %), Programme national (8 %)

Bassin parisien : Radio Luxembourg (77%), Programme parisien (9%), Paris Inter et Programme national (4%)

Paris : Radio Luxembourg (45%), Programme parisien (24%), Paris Inter (12%).

Les émissions préférées des Français

Les sondés devaient choisir dans une liste d’une quinzaine d’émissions. Voici le top 6 :

1–  Le Grenier de Montmartre (Programme parisien) le dimanche de 12h50 à 13h20.

2– Reine d’un jour (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le mardi de 20h à 20h45.

3– Sports et musique (Programme parisien) le dimanche de 15h à 18h30.

4– La Grande Revue Philips (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le dimanche de 20h15 à 20h45.

5– Dimanche de gala (Programme parisien) le dimanche de 20h30 à 21h30.

6– La roue tourne (Programme parisien) le lundi de 20h30 à 21h30.

6 janvier 1922 : la première radio de France passe son premier disque

On connaît la première radio française : c’est le poste de la Tour Eiffel. Mais quel est le premier disque que la station a diffusé ?

Depuis novembre 1921, le poste militaire de la Tour Eiffel (indicatif FL) fait des essais de radiodiffusion, tous les jours de 16 à 17 heures sur 2600 mètres de longueur d’ondes. La puissance est faible, 400 à 600 watts, mais les ondes sont loin d’être encombrées. Le signal porte donc très loin. Lors de ces essais, on lit des journaux, des romans et certains amateurs poussent la chansonnette ou jouent de leur instrument. Parfois, des séries de chiffres sont diffusées à des fins de vérification de la réception par des stations militaires. Régulièrement, un speaker annonce : « Allô, allô, ici le poste de la Tour Eiffel« .

Un micro devant le phonographe

En décembre, deux concerts, un pour Lille puis un autre pour Bruxelles (en présence des souverains belges) sont diffusés. Les essais se poursuivent tous les jours de 16h30 à 17 heures et le 6 janvier, la Tour Eiffel diffuse un concert depuis le bureau du commandant Julien, le directeur du poste. Un phonographe a été installé et un militaire tient un micro devant le pavillon. Ainsi, quelques disques du ténor italien Enrico Caruso sont diffusés : Madame Butterfly, Paillasse (Pagliacci). Et enfin, La Marseillaise. Ce sont les premiers disques de la radio française !

A partir du lundi 6 février, la station diffuse un bulletin météo quotidien à 16h30 suivi d’un concert. C’est la date de naissance de la radio française.

Les premières émissions de la Tour entraînent un intérêt du public qu’accompagnent immédiatement les constructeurs de TSF comme sur cette réclame du printemps 1922.Une partie de l’équipement technique du poste de la Tour Eiffel en 1922.