A la veille de l’été, le premier concert sponsorisé accueille le Printemps

En avril 1923, Radiola, le premier poste privé français, avait innové en proposant au Pigall’s, une boîte de Montmartre, de faire jouer son orchestre dansant en échange de citer son nom à l’antenne. Une première publicité sur les ondes de France sous la forme d’un échange de bons procédés.

Printemps avec un P majuscule

Mais pour entendre le premier programme réellement sponsorisé, il faudra attendre une année de plus. Il est diffusé le jeudi 12 juin 1924 sur Radio-Paris (ex-Radiola). Il s’agit d’un concert consacré au Printemps. Avec un P majuscule. Car il s’agit des magasins du Printemps, boulevard Hausmann, qui fêtent leur réouverture après le terrible incendie qui avait complètement ravagé l’immeuble en septembre 1921. A quelques jours de l’été, les auditeurs ont le droit à une soirée lyrique d’une heure. Et bien sûr, le nom de chaque oeuvre a un rapport avec le printemps.

On a retrouvé la « playlist », la voici :

Radio Paris

Une anecdote à l’intention des mélomanes : c’est lors de ce programme que le chanteur lyrique Lucien Fugère a chanté pour la première fois devant un micro.

Incendie du Printemps 1921
A la une du Journal, le 29 septembre 1921

 

Le jour où la radio de Vichy annonce la fin de la guerre… pour rigoler

Pendant la guerre, la radio la plus ennuyeuse était celle du régime de Vichy, la Radiodiffusion nationale. « La radio française a toujours très peu d’auditeurs. Elle fait l’objet des mêmes critiques : la monotonie, le peu de variété des programmes, le manque de rapidité des informations, la partialité dans les commentaires, la discrétion observée sur les grands événements intérieurs et extérieurs » peut-on lire dans la synthèse des rapports des préfets de la zone libre dès 1941. Outre ses émissions ennuyeuses, la Radiodiffusion nationale diffuse de la propagande anglophobe, nationaliste et antisémite. Ca ne rigole pas. Sauf une fois…

La radio de Vichy, un poste zazou ?

Le mercredi 12 octobre 1943, à 6h28, La Marseillaise ouvre les programmes. Puis un speaker déclare : « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, la guerre est terminée. » Suit le premier bulletin d’information qui n’évoque en rien cette annonce. Et pour cause, il s’agissait d’une méprise d’un speaker qui pensait que le micro n’était pas à l’antenne. « C’est un poste plus zazou que l’on imagine généralement« , ironise Paris-Soir. D’après le journal mais aussi le Time à New-York, cette annonce a déclenché une avalanche de réactions. « Le speaker est naturellement sous le coup de sanctions très graves pour propagation de fausse nouvelle et l’enquête se poursuit pour rechercher s’il y a eu, dans la maladresse de l’opérateur, autre chose qu’une inattention fortuite« , souligne Le Petit Parisien.

La Marseillaise remplace l’hymne maréchaliste

Ce 11 octobre 1943, c’est le jour qu’avait choisi la Radiodiffusion nationale pour changer l’indicatif d’ouverture de ces programmes par La Marseillaise. Tout en gardant les premières notes de l’hymne pétainiste Maréchal, nous voilà comme indicatif des informations.

Depuis le lundi 13 octobre 41, Maréchal nous voilà servait d’indicatif pour la radio de Vichy. Avant, la radio de l’Etat français utilisait la Marche des rois, attribuée à l’époque à Lully.

Présidentielle 1965 : la rédaction de Radio-Luxembourg s’oppose aux « recommandations » de l’Etat

Pour l’élection présidentielle de 1965, la première au suffrage universel direct, une Commission nationale de contrôle est instituée pour veiller au respect du temps de parole des six candidats sur les antennes de radio et les deux chaînes de télévision de l’ORTF. Chacun a le droit à deux fois deux heures (radio+télé) entre le 19 novembre et le 4 décembre.

Lors de son installation, cette commission tout comme Alain Peyrefitte, ministre de l’information, font savoir que les candidats ne pourront pas s’exprimer directement sur les postes périphériques (Radio Monte Carlo et Radio des Vallées où l’Etat est majoritaire via la Sofirad mais aussi Radio-Luxembourg, et Europe 1) mais devront se faire représenter par un porte-parole. Les candidats pour l’ORTF, les seconds couteaux pour les radios privées. Cette « recommandation » créé des remous dans les rédactions et tout particulièrement à Radio-Luxembourg (qui deviendra RTL l’année suivante).

Radio Luxembourg 1965

La menace d’une grève

Le 19 novembre, une discussion houleuse secoue la rédaction de la rue Bayard. Une interview de l’un des candidats, Jean-Louis Tixier-Vignancour (extrême-droite), est interdite d’antenne. Les journalistes menacent alors de faire grève et certains parlent de démissionner.

Finalement, la commission décide de ne pas suivre les « recommandations » du ministre de l’information. On pourra donc entendre les voix des différents candidats (sans qu’ils ne s’adressent directement aux auditeurs), les radios privées s’engageant à respecter l’équité.

Le Grand-Duché réagit

Le président du gouvernement luxembourgeois, Pierre Werner, fait lui-même une mise au point. Il rappelle que la radio « n’interviendra pas dans une campagne électorale d’un pays étranger quel qu’il soit. Il doit donc s’abstenir de diffuser toute déclaration directe des candidats au public. D’autre part c’est un poste d’information qui doit informer ses auditeurs, et le gouvernement luxembourgeois ne fait pas d’objection de principe à ce que les discours prononcés en France, les tables rondes, les conférences de presse, voire les meetings publics auxquels assistent des reporters de Radio-Télé-Luxembourg puissent être diffusés sur les ondes, mais en respectant les règles normales d’objectivité.« 

Radio-Luxembourg gagne la bataille de l’estimation de 20 heures

Au bout du compte, c’est Radio-Luxembourg qui emporte l’élection présidentielle. La station est celle qui donne l’estimation la plus proche du résultat du second tour. A 20 heures, s’appuyant sur un échantillon d’un petite trentaine de bureaux, elle annonce 54,30 % pour le général de Gaulle et 45,70 % pour François Mitterrand. Le résultat final est 55,20 % pour le président sortant et 44,80% pour son challenger socialiste.

Région par région, quelles radios écoutaient les Français en 1952 ?

A l’initiative de la RTF, l’INSEE effectue en 1952 une vaste enquête sur l’écoute radio.

Du 23 novembre au 13 décembre 1952, une centaine d’enquêteurs sont allés dans des foyers français et ont ramené plus de 4400 questionnaire remplis. Chaque personne de chaque foyer ayant été interrogée, on arrive à un échantillon de près de 20 000 Français. Tout cela est passé à la moulinette des statisticiens et nous donne une photographie très précise de l’audience radio en 1952.

La station préférée des Français est…

41% des personnes interrogées ont répondu Radio-Luxembourg comme étant leur station préférée. 25 % choisissent le Programme parisien (RTF- variétés), 9 % Paris Inter (RTF-émissions uniquement musicales depuis août 1952), 7% Radio Monte Carlo, 6% le Programme national (RTF-culturelle et informative), 3% Radio Andorre, 2% la Radio suisse romande, 1% une autre station étrangère et 6% ne se prononcent pas.

Les disparités régionales

La RTF a défini plusieurs régions pour cette enquête. Elles ne correspondent pas aux régions d’aujourd’hui. Pour s’y retrouver, voici la carte de la RTF.

Bretagne : Programme parisien (59 %), Radio-Luxembourg (36%), Radio Andorre (5%)

Normandie : Radio Luxembourg (67%), Programme parisien (13%), Programme national (5%)

Nord : Radio Luxembourg (60 %), Programme parisien (25%), Paris Inter (6%)

Est : Radio Luxembourg (69 %), Programme parisien (16%), Paris Inter (9%)

Alsace-Lorraine : Programme parisien et Radio Luxembourg à égalité (29%), Radio Suisse Romande (11%)

Région de Dijon : Radio Luxembourg (62 %), Radio Suisse Romande (11%), Programme parisien (9%)

Région de Lyon : Radio Luxembourg (37 %), Programme parisien (25%), Radio Monte Carlo (11%)

Provence : Radio Monte Carlo (37 %), Programme parisien (23%), Programme national (19%)

Languedoc : Programme parisien (32 %), Radio Monte Carlo (27%), Radio Andorre (11%)

Sud-Ouest : Programme parisien (29%), Radio Monte Carlo (17%), Radio Monte Carlo (17%) Radio Luxembourg (16%).

Région de Limoges : Programme parisien (49 %), Radio Luxembourg (18 %), Programme national (8 %)

Bassin parisien : Radio Luxembourg (77%), Programme parisien (9%), Paris Inter et Programme national (4%)

Paris : Radio Luxembourg (45%), Programme parisien (24%), Paris Inter (12%).

Les émissions préférées des Français

Les sondés devaient choisir dans une liste d’une quinzaine d’émissions. Voici le top 6 :

1–  Le Grenier de Montmartre (Programme parisien) le dimanche de 12h50 à 13h20.

2– Reine d’un jour (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le mardi de 20h à 20h45.

3– Sports et musique (Programme parisien) le dimanche de 15h à 18h30.

4– La Grande Revue Philips (Radio Luxembourg et Radio Monte Carlo) le dimanche de 20h15 à 20h45.

5– Dimanche de gala (Programme parisien) le dimanche de 20h30 à 21h30.

6– La roue tourne (Programme parisien) le lundi de 20h30 à 21h30.

6 janvier 1922 : la première radio de France passe son premier disque

On connaît la première radio française : c’est le poste de la Tour Eiffel. Mais quel est le premier disque que la station a diffusé ?

Depuis novembre 1921, le poste militaire de la Tour Eiffel (indicatif FL) fait des essais de radiodiffusion, tous les jours de 16 à 17 heures sur 2600 mètres de longueur d’ondes. La puissance est faible, 400 à 600 watts, mais les ondes sont loin d’être encombrées. Le signal porte donc très loin. Lors de ces essais, on lit des journaux, des romans et certains amateurs poussent la chansonnette ou jouent de leur instrument. Parfois, des séries de chiffres sont diffusées à des fins de vérification de la réception par des stations militaires. Régulièrement, un speaker annonce : « Allô, allô, ici le poste de la Tour Eiffel« .

Un micro devant le phonographe

En décembre, deux concerts, un pour Lille puis un autre pour Bruxelles (en présence des souverains belges) sont diffusés. Les essais se poursuivent tous les jours de 16h30 à 17 heures et le 6 janvier, la Tour Eiffel diffuse un concert depuis le bureau du commandant Julien, le directeur du poste. Un phonographe a été installé et un militaire tient un micro devant le pavillon. Ainsi, quelques disques du ténor italien Enrico Caruso sont diffusés : Madame Butterfly, Paillasse (Pagliacci). Et enfin, La Marseillaise. Ce sont les premiers disques de la radio française !

A partir du lundi 6 février, la station diffuse un bulletin météo quotidien à 16h30 suivi d’un concert. C’est la date de naissance de la radio française.

Les premières émissions de la Tour entraînent un intérêt du public qu’accompagnent immédiatement les constructeurs de TSF comme sur cette réclame du printemps 1922.Une partie de l’équipement technique du poste de la Tour Eiffel en 1922.

1958 : la RTF se transforme en père Noël

Il était une fois, il y a bien, bien longtemps, une radio publique qui savait faire souffler l’esprit de Noël…

Les taxis remplacent les rennes

Le 24 décembre 1958, France II, une radio de la RTF (Radio Télévision Française), ex-Programme parisien devenue antenne régionale, diffuse exceptionnellement de 14h à 18h pour les « Taxis enchantés ». Des chauffeurs de taxis et des hôtesses tout de blanc vêtues, acheminent des jouets à des enfants de familles précaires. Ce sont les auditeurs qui contactent France II pour donner des adresses d’enfants déshérités.

L’avion mystère est chargé de jouets

Par ailleurs, un « avion mystère » doit décoller du Bourget dans la nuit avec à son bord 2500 jouets offerts par le Comité de propagande du jouet de fabrication française. Il doit atterrir dans une région de France touchée par une catastrophe pour apporter un peu de baume au coeur à des populations éprouvées. Et c’est Jean Nohain qui fera le père Noël.

Jean Nohain distribue les cadeaux

Un DC6 de la compagnie UAT décolle pour le Gard qui avait été touché quelques semaines auparavant par de terribles inondations. Des sapins ont été installés par la RTF dans plusieurs villages et les jouets sont acheminés par camion au pied de ces arbres de Noël. Le 25 décembre au matin, dès 8 heures, Jean Nohain commence la distribution à Meyrannes avant de continuer à Alès.

 

« Louise », le disque cassé qui coûta très cher à Radio-Liberté

En octobre 1929, Radio L-L. annonce dans son programme la diffusion d’Impressions d’Italie et de Louise, deux oeuvres du compositeur Gustave Charpentier. Il s’agit d’une tranche horaire à l’heure de midi louée au journal La Liberté et qui porte le nom de Radio-Liberté. Mais gros couac : le disque de Louise est cassé. La station décide alors de passer une autre Louise, une chanson interprétée par Maurice Chevalier sans prévenir le public. Le compositeur s’estime lésé et attaque la Radio-Liberté en justice. Il réclame 10 000 francs de dommages et intérêts. En 1932, un tribunal civil lui en accorde 3 000. Ce qui compte-tenu de l’érosion monétaire vaut aujourd’hui selon l’INSEE près de 200 000 euros ! L’émission d’échos, d’infos culturelles et de musique du journal La Liberté avait quitté les ondes de Radio L.-L. dès le printemps 1930.

radioll

.

Extraits des arguments des avocats du compositeur : « Attendu que la substitution incriminée, manifestement incongrue et pénible, d’une chansonnette dépourvue de toute valeur artistique à l’oeuvre célèbre attendue des auditeurs, constitue une faute d’autant plus grossière et regrettable qu’il est constant que les auteurs et éditeurs de cette chansonnette s’efforçaient, à la même époque, de créer une sorte de confusion pour la faire apparaître, aux yeux du public, comme se rattachant à l’opéra-comique de Charpentier.« 

Pour la petite histoire, Gustave Charpentier a aussi attaqué la chanson de Maurice Chevalier (musique Richard Whiting, paroles Leo Robin). En 1932, il a obtenu 5000 francs de dommages et intérêts et le changement de nom de la chanson de l’homme au canotier que l’on retrouve dans le film Innocents of Paris.

Elle s’appelle depuis, Ma Louise.

1966 : Radio-Luxembourg devient RTL, accueille Rosko et vire la Famille Duraton

C’est un peu comme une vieille dame coquette qui chercherait à se faire passer pour une nouvelle Radio Télé Luxembourgquinquagénaire. Aujourd’hui, RTL souffle ses cinquante bougies alors que la radio de la rue Bayard est née au début de 1933. Au delà d’un simple changement de nom, cette date reste en fait pour la station du Grand-Duché un important changement de cap. RTL dit alors adieu aux années TSF et entre enfin dans les années transistor.

Il aura fallu pour ça, un peu de remue-ménage. En avril, le groupe Prouvost-Hachette (Télé-7-Jours, Paris Match, Marie-Claire…) rachète les parts de la CSF (12,8%) au capital de la CLT, Compagnie luxembourgeoise de télédiffusion. Le 17 mai, Jean Prouvost devient le patron de RTL. En septembre, Jean Farran, rédacteur en chef de Paris-Match est nommé directeur de Radio-Luxembourg. Tout est prêt pour donner un coup de jeune à la station qui, avec 24% d’audience, est dépassée dans les sondages par Europe 1 (28%) et France Inter (26%), alors qroskou’en 1964 elle caracolait en tête (31%) devant Europe 1 (21%) et France Inter (20%).

RTL adopte un ton beaucoup plus moderne, lance des émissions dont le Journal inattendu toujours à l’antenne, et surtout embauche en novembre le Président Rosko qui débarque tout droit du navire émetteur de la station pirate britannique Radio Caroline. Le DJ rajeunit l’auditoire avec Minimax, un hit-parade quotidien de 16 à 18 heures.

Parmi les émissions qui font les frais de la nouvelle formule de Radio-Télé-Luxembourg, il y a la Famille Duraton. Ce feuilleton radiophonique quotidien qui met en scène les aléas de la vie familiale est né avant guerre sur l’antenne de Radio-Cité avant de revenir sur les ondes en 1948 sur Radio-Luxembourg. Le feuilleton part finir ses jours sur Radio-Andorre.

duraton

Elle souffle ses trente bougies en 1961

Le 15 mai 1961, Radio-Luxembourg qui s’apprête à devenir RTL fête ses trente ans. Le 15 mai 1931 est en effet la date de l’inauguration officielle de la station. Elle organise auprès de ses auditeurs un « grand référendum » en leur demandant : « Au cours de ces trente années, Radio-Luxembourg a-t-il servi à quelque chose ? » La question paraît étrange mais il faut la replacer dans le contexte. Le 21 avril, des généraux ont déclenché un putsch à Alger. Les radios périphériques ont joué un rôle important d’information lors de ce coup de force militaire.

Elle a déjà fêté ses cinquante ans en 1979

En 1979, le Grand-Duché du Luxembourg marque les cinquante ans de la création de sa société de radiodiffusion et pour l’occasion émet un timbre. Un clin d’oeil pour la journée anniversaire que s’offre aujourd’hui RTL.RTL