Quelles radios émettaient au Vietnam avant le départ des Français ?

Eté 1955 : la guerre d’Indochine se termine et les troupes de l’Union française sont sur le point de plier progressivement bagages. Le Vietnam est coupé en deux, au nord, la République démocratique du Vietnam d’Ho Chi Minh et au sud, l’Etat du Vietnam, secoué par des rivalités politiques et menacé par la guérilla vietminh. Tour d’horizon des stations qui émettaient à l’été 1955 recensés notamment dans des dossiers déclassifiés de la CIA.

France

Radio France Asie. 140 personnes travaillent pour Radio France Asie qui prend la suite de Radio Saïgon en 1949-1950, suite à un accord avec l’Etat du Vietnam. La station qui s’annonce la Voix de la France en Extrême-Orient diffuse en français, en anglais, en vietnamien, en mandarin et en cantonnais. Elle dispose de trois émetteurs de 25 kw et un de 1 kw et ses studios sont à Saïgon (aujourd’hui Hô-Chi-Minh-Ville).

En décembre 1955, le Premier Ministre du Vietnam du Sud, Ngo Dinh-Diem, signe un décret instaurant un monopole d’Etat des émissions radiophoniques. Radio France Asie cesse d’émettre le dimanche 26 février 1956.

Radio-Hirondelle. C’est la radio du corps expéditionnaire. La Voix des forces de l’Union française en Indochine est entendue trois fois par jour, matin, midi et soir, sur 7410 khz et 4403 khz (puissance 1 kw). Elle ouvre et clos ses émissions par La Marseillaise. Ses programmes sont en français, vietnamien, arabe et langues d’Afrique occidentale. Après avoir émis de Hanoï, elle se replie au sud, à Tourane (aujourd’hui Da Nang) à partir d’octobre 1954. Radio-Hirondelle cesse d’émettre le 11 avril 1956 à minuit.

Radios Vietnam

Vietnam du Sud

La Voix du Vietnam Libre (Tieng Noi Vietnam Tu Do).

C’est la radio de l’Etat du Vietnam qui deviendra la république du Vietnam du Sud. Elle a commencé à émettre le 4 janvier 1950 et porte un discours anticommuniste et antifrançais. Elle se nomme Radio Vietnam après la proclamation de la République du Sud Vietnam le 26 octobre 1955.

Elle a deux radios régionales, l’une à Hué (7205 khz), l’autre à Dalat (7265 khz), qui, elles, datent de 1947.

La Voix de l’Armée Nationale Vietnamienne. Elle utilise les mêmes émetteurs que La Voix du Vietnam Libre. Elle a débuté ses émissions le 13 septembre 1954.

Vietnam du Nord

La Voix du Vietnam (Tieng Noi Vietnam)

La station a commencé à émettre clandestinement le 2 septembre 1945. Elle diffuse officiellement de Hanoi depuis le 15 octobre 1954 en vietnamien, cambodgien, laotien, cantonais, mandarin, thaï et français sur cinq fréquences ondes courtes. C’est la radio de la République Démocratique du Vietnam (Vietnam du Nord). Elle existe toujours.

 

Radios clandestines

La Voix du Front National Uni (Tieng Noi Cua Mat Tran Thong Nhat Toan Luc Quoc Gia). La radio est entendue la première fois le 25 mars 1955. C’est la station des confréries Bình Xuyên, Hoa Hao et Cao Dai. C’est une radio anti-Diem, alors Premier Ministre (Sud) et pro-Bao Dai (chef de l’Etat du Vietnam destitué le 23 octobre 1955). Elle diffusait très probablement du sud de Saïgon.

La Voix Libre du Peuple Vietnamien (Tieng Noi Tu Do Cua Nguoi Viet). Elle a émis très peu de temps, du 5 au 11 avril 1955. Il est probable qu’elle était à l’initiative du Dai Viet, des nationalistes anticommunistes.

La Voix de l’Union du Peuple (Tieng Noi Quoc Dan Doan Ket). Elle est sur les ondes à partir du 14 mai 1955 et émet depuis le secteur de Saïgon-Cholon. La station est pro Diem et anti Bao Dai.

La Voix de la Juste Cause Nationale (Tieng Noi Cun Chinh Nghia Quoc Gia). Cette radio a émis du 14 avril au 10 mai 1955. C’est une station de partisans de Diem.

La Voix des Troupes de Libération Nationale du Dai Viet (Tieng Noi Cua Doan Dai Viet Giai Phong Cuoc Gia). Elle émet depuis les montagnes de l’Annam à l’initiative des nationalistes du Dai Viet.

Radio du Peuple, la Voix du Comité révolutionnaire du Sud Vietnam. Elle est entendue la première fois le 1er août 1955. Elle prend la suite de Radio République qui a arrêté ses émissions le 12 juillet. Elle se trouve au coin des rue Miche et Richard dans une maison saisie à la confrérie Bình Xuyên pour en faire le siège du Comité révolutionnaire pro Diem. Pas trop difficile à repérer car elle n’émet pas quand le quartier est privé de courant.

Cambodge et Laos

Radiodiffusion nationale khmère. La Voix du Cambodge émet de Phnom -Penh en khmer et en français sur 6090 khz avec 10 kw. Elle possède également un émetteur de 50 watts à Battambang (6035 khz) et un autre de 200 watts à Siemreap (4970 khz).

Radio des forces armées royales khmères. La station démarre le 20 mai 1955.

Radiodiffusion nationale du Laos. La station de Ventiane a démarré ses émissions en mars 1951. Elle est entendue sur 7215 khz.

18 juin 1943 : De Gaulle inaugure le nouvel émetteur de Radio-Brazzaville

En juin 1943, avec la mise en service d’un nouvel émetteur à Brazzaville (Congo), les Français libres disposent enfin d’une radio puissante.

La date est symbolique. C’est le 18 juin 1943, que les Français libres inaugurent le nouvel émetteur de Brazzaville. Un tournant dans la guerre des ondes comme le résume à l’antenne le général de Gaulle : « Radio-Brazzaville fut, pendant trois années, la voix libre, mais, hélas ! la faible voix de ces morceaux de l’Empire qui, dans l’écroulement du désastre, avaient aussitôt choisi l’honneur, c’est-à-dire sauvé la grandeur. Que de Français, que de Françaises ont, depuis lors, passionnément cherché à capter les ondes lointaines qui leur apportaient par bribes les paroles de liberté et les nouvelles de vérité lancées par Radio-Brazzaville.(…) Or, voici que la voix libre de Brazzaville devient soudain plus forte et plus claire. Dans la capitale, désormais légendaire, de notre Afrique Équatoriale, où n’a jamais flotté qu’un seul drapeau, la France qui combat va se faire entendre sans entraves, mais non sans mesure, beaucoup mieux et beaucoup plus loin.« 

La guerre des ondes franco-française

Le 2 novembre 40, sur 11970 khz, Radio-Brazzaville, la voix de la France combattante, commence officiellement ses émissions. Un commentaire pour la France et la Belgique libres puis les communiqués des gouverneurs du Congo français et du Congo belge, ouvrent l’antenne, suivis d’un message à destination des Sénégalais. Un des enjeux est en effet de contrebalancer les émissions de Radio-Dakar (9 390 khz) restée fidèle à Vichy. Les premières semaines, ce programme de la radio des Français libres est répété trois fois par jour. Mais les émissions vont s’étoffer.

Le problème, c’est que la puissance du poste gaulliste n’est que de 5 kw. Trop faible pour se faire entendre convenablement. Ainsi, NBC à New-York doit installer une antenne directive pour pourvoir capter ses émissions. Il est également aisé pour Vichy de brouiller la station. Radio-Brazzaville. Février 1941, Radio-Brazzaville débute des émissions en anglais, officiellement pour contrebalancer celles de Radio-Dakar. En juin 41, ce sont des infos en français pour le Canada, en anglais pour les USA, en français pour l’Afrique et l’Europe, en anglais pour l’Afrique du Sud qui complètent la grille de programme.

En novembre 41, Radio-Brazzaville émet sur quatre longueurs d’ondes (24, 25, 30 et 36 mètres). Et les Français libres peuvent compter également sur Radio Cameroun (35.50 et 2 mètres à faible puissance) ainsi que sur le programme en français de Radio Accra (49 m), aujourd’hui la capitale du Ghana, pour contrer Radio-Dakar.

Le cadeau de l’oncle Sam

L’entrée en guerre des USA en décembre 1941 change la donne. En mai 42, les USA annoncent qu’ils vont aider Radio-Brazzaville à se développer. L’Office of the Coordinator of Information (qui devient le mois suivant l’Office of War Information) donne le feu vert àBrazzaville12 la fourniture aux Français libres d’un émetteur RCA de 50 kw (photo ci-contre). Ce matériel a la particularité de pouvoir changer facilement la fréquence, entre 6 et 22 mhz. C’est l’ingénieur Paul C. Brown qui est chargé par RCA de l’installation de l’émetteur, sous la supervision d’Henry O’Neill qui, lui, travaille pour l’Office of the Coordinator of Information. Il y a également sur place des techniciens de la CBC (Radio Canada). Les Américains souhaitent que cette station « bombarde » d’infos sur les Alliés l’Afrique, l’Europe mais aussi l’Inde.

Les Américains équipent également les Belges. Un mois avant la mise en ondes du nouvel émetteur de Brazzaville, celui de Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa), un RCA de 50 kw est mis en service.

Brazza

« La voix de l’Algérie française », l’insaisissable radio pirate de l’OAS

Après l’échec du putsch des généraux en avril 1961, des militaires et des pieds noirs fondent clandestinement l’Organisation Armée Secrète (OAS) pour garder l’Algérie française, alors qu’elle se dirige vers l’indépendance suite au référendum de janvier 1961. Outre ces actions terroristes, l’OAS a réussi à diffuser à de nombreuses reprises, des émissions pirates. C’est cette histoire qui nous intéresse ici.

Samedi 5 août 1961. Vers 13 heures, les câbles qui alimentent l’émetteur algérois de France V sont sabotés. Le programme local de la RTF est réduit au silence. Au même moment une émission pirate de l’OAS est entendue sur la même longueur d’ondes. les auditeurs peuvent entendre un discours du général Gardy, ancien commandant de la Légion étrangère et du putsch des généraux en avril 1961.

Ce premier coup d’éclat n’est que le début d’une très longue série d’action pour diffuser Radio France, la Voix de l’Algérie française, la station pirate de l’OAS. Emissions diverses et variées, attentats, fusillades, poursuites, brouillages, voici ci-dessous un recensement, non exhaustif, des épisodes de cette aventure.

L’OAS fait exploser l’émetteur de la RTF d’Alger

Jeudi 21 septembre. Vers 20 heures, un commando d’une quinzaine d’hommes investit le centre émetteur de Cap-Matifou, à 40 km d’Alger. Après avoir neutralisé les marins qui gardaient le site, il font exploser l’antenne de 40 mètres de haut et les installations émettrices. L’OAS peut alors diffuser à partir de 20h02 son émission pirate sur la même fréquence. Les téléspectateurs voit l’image disparaître et une voix déclarer: « Restez à l’écoute, l’OAS a décidé d’interrompre volontairement les émissions de la RTF gaulliste. » Suivent le Chant des Africains, la Marseillaise et des déclarations des généraux Gardy et Salan.

Vendredi 22 septembre. Nouvelle émission vers 20 heures sur la longueur d’ondes de la télévision algéroise réduite au silence la veille. L’émission est brouillée.

Lundi 9 octobre. Vers 13 heures, les émissions de France V (ex Radio-Alger) sont interrompues. Deux sabotages ont coupé l’alimentation électrique des émetteurs d’Ouled-Fayet et des Eucalyptus. L’émetteur pirate de l’OAS diffuse sur la même fréquence une série de gongs puis le Chant des Africains. La station s’identifie comme Radio-France, la voix de l’Algérie française. Le programme comprend une proclamation de l’ex-général Salan. A 13h20, l’émission se termine. France V revient sur les ondes vers 14h20.

Mardi 10 octobre. Nouvelle émission pirate à Alger de 13h15 à 13h28 sur une fréquence très voisine de France V dont le programme se poursuit. La réception est très mauvaise.

Mercredi 11 octobre. L’OAS diffuse de 13h02 à 13h15. Mais le brouillage rend l’émission difficilement audible sur Alger.

Jeudi 12 octobre 1961. A 13 heures, émission pirate de l’OAS sur une fréquence plus éloignée de France V. Fort brouillage. A 19h15, militaires et gendarmes saisissent l’émetteur clandestin dans un appartement vide des hauteurs d’Alger.

Samedi 28 octobre 1961. A 13h10, retour des émissions pirates sur 280 mètres (France V diffuse sur 306 mètres). Brouillage au bout d’un quart d’heure. Fin à 13h30. Le lendemain deux hélicos survolent Alger pour débusquer l’émetteur mais pas d’émissions.

Lundi 30 octobre. A 20 h. 55, une explosion secoue le sixième étage de l’immeuble qui abrite rue Perret à Alger les studios de la RTF. Le programme en arabe est interrompu et une émission pirate de l’OAS est diffusée pour appeler musulmans à rester chez eux le 1er novembre. L’OAS diffuse un autre émission pirate sur Oran.

Vendredi 3 novembre. Nouvelle émission-pirate de cinq minutes sur Alger. On entend l’ex général Salan. A Oran, un sabotage interrompt les émissions de la télévision et la radio de l’OAS se fait entendre pendant 20 minutes sur le canal son. Brouillage.

Samedi 18 novembre 1961. A 13 heures, un attentat à Boufarik détruit la ligne à haute-tension qui alimente l’émetteur de France V à Ouled-Fayet. Une émission pirate est alors entendue mais elle est fortement brouillée. En soirée, une nouvelle émission, sur le canal son de la télévision est diffusée sans brouillage. Les téléspectateurs peuvent entendre l’ex-général Salan.

Mardi 21 novembre 1961. Une nouvelle émission sur Alger qui s’annonce « Algérie, province française ». Des émissions quotidiennes sont annoncées chaque matin. La longueur d’onde sera entre 209 et 400 mètres. Sans suite apparemment.

Jeudi 23 novembre 1961. Emission pirate de l’OAS à Bône à 12h30 sur 200 mètres pendant cinq minutes.

Samedi 25 novembre. Un poste électrique EDF qui alimente l’émetteur TV du Pic de l’Ours qui dessert Cannes est victime d’une tentative de sabotage. Une émission pirate est entendue mais difficilement.

Samedi 9 décembre 1961. L’OAS parvient à diffuser pendant douze minutes sur le canal son de la télévision à Nice. De 20h55 à 21h07, des télespectateurs peuvent entendre le Chant des Africains et un discours de du général Salan. L’émission provenait d’une villa inoccupée sur la colline Pessicart qui appartenait à… un député gaulliste !

Mercredi 13 décembre. Dans la nuit du mercredi au jeudi, le navire de transport de la Marine nationale, le Laïta, est victime d’un attentat dans le port d’Alger. Un marin est tué. Le bateau hébergeait un émetteur destiné à relayer les émissions de la RTF en cas de sabotage.

L’OAS détruit l’émetteur télé d’Oran

Dimanche 31 décembre 1961. Un programme pirate est diffusé sur le canal son de la télévision d’Oran dont les installations ont été sabotées le vendredi. On y entend le général Jouhaud.

Lundi 1er janvier 1962. En début d’après-midi, le programme de l’émission pirate du dimanche est entendu sur la fréquence de France V à Oran.

Vendredi 5 janvier. Un discours du Général Salan est diffusé vers 13 heures à Alger sur 235 mètres. En soirée l’OAS brouille France V.

Lundi 8 janvier 1962. Emission pirate très claire sur le canal son de la télévision à Alger à 20 heures pendant dix minutes. Une autre émission pirate a lieu à Bône sur une fréquence proche de celle de France V. Elle est brouillée.

Jeudi 18 janvier 1962. Après l’attentat de fin décembre, la télévision reprend ces émission. Mais pendant trois minutes, l’OAS diffuse une courte émission sur le canal son.

Samedi 20 janvier 1962. A Mostaganem, une émission-pirate est entendue pour la première fois,

Mardi 23 janvier 1962. L’OAS diffuse une émission pirate dans l’après-midi sur Alger.

Dimanche 4 février. Une explosion coupe le câble alimentant l’émetteur de télévision Constantine. Une  émission pirate est alors diffusée sur le canal son.

Lundi 5 février 1962. Nouvelle émission pirate de l’OAS à Bône.

Jeudi 15 février 1962.  Emission pirate de 13 h 10 à 13 h 27, sur une longueur d’ondes voisine de celle de France V.

Dimanche 18 février 1962. Emission pirate à Alger.

Lundi 19 février 1962. Emission pirate sur le canal son de la télévision d’Oran.

Vendredi 23 février. A 20 h 12 émission pirate de dix minutes sur le canal son de la télévision d’Oran.
Samedi 24 février. Emission pirate sur le canal son de la télévision à Alger.

Mercredi 7 mars. Emission pirate en arabe par l’OAS zone III (Oran).

L’OAS vole un émetteur de télévision

Mardi 13 mars. A 20 heures, l’OAS annonce lors d’une émission pirate qu’elle a volé la veille un émetteur de télévision, en pièces détachées, devant les studios de la RTF.

L’OAS fait exploser les locaux de la RTF à Oran

Mercredi 14 mars. Un attentat détruit les locaux de la télévision à Oran qui doit cesser ses émissions pour plusieurs mois. Un programme pirate est diffusé en soirée sur le canal son puis tous les soirs sans brouillage pendant plusieurs semaines.

Lundi 19 mars. Emission pirate de trois minutes sur le canal son de la télévision de Bastia.

Fusillade pour tenter de saisir l’émetteur

Mercredi 21 mars. L’émetteur radio de l’OAS est repéré par un hélicoptère. Les gendarmes et les CRS interviennent mais ils doivent faire face à des tirs depuis des terrasses et à des rues bloquées par de véhicules. La saisie de l’émetteur échoue.

Samedi 24 mars. Emission vers minuit sur Alger.

Mardi 27 mars. Deux émissions pirates à Alger, à 13 heures et en soirée.

Vendredi 30 mars. L’OAS brouille le discours télévisé d’Abderrahmane Farès, président de l’Exécutif provisoire (structure qui prépare l’installation de la future république algérienne), qui appelle à la paix.

L’OAS brouille le discours de De Gaulle

Vendredi 6 avril. Du jazz et des infos de l’OAS brouillent le discours du général de Gaulle à la télé d’Alger.

Dimanche 3 juin. L’OAS diffuse brièvement sur le canal son de la télévision d’Alger.

Mercredi 6 juin. A 20 heures, émission-pirate sur le canal son de la télé d’Alger.

Jeudi 7 juin. Une émission-pirate est diffusée deux fois consécutives sur le canal de la télévision d’Alger, entre 19 h30 et 20 heures.

Vendredi 8 juin. Emission-pirate sur le canal son de la télévision à Alger au moment même où s’exprime le général de Gaulle.

Samedi 9 juin. Nouvelle émission.
Jeudi 14 juin. 19h55 sur le canal son de la télévision d’Alger, l’OAS menace d’une politique de la terre brûlée.
Vendredi 15. Nouvelle émission à Alger.
A Oran, une émission de l’OAS demande aux Européens de se regrouper en Oranie.
Dimanche 17 juin. Peu avant 20h sur le canal son de la télévision d’Alger, l’OAS annonce un accord avec l’Exécutif provisoire et donne l’ordre de cesser le combat. L’émission ne porte pas le titre de Voix de l’Algérie française mais celle de L’OAS vous parle.
Courte émission pirate à Oran.
Lundi 18 juin. Sur le canal son de la télévision d’Alger : « un grand pas a été accompli sur la voie de la réconciliation« .
A Oran, une émission pirate annonce que l’OAS poursuit le combat. Des tracts dénoncent l’émission pirate d’Alger du 17 juin comme une manipulation du gouvernement.
Mardi 19 juin. Au cours d’une émission pirate à Alger, Jean-Jacques Susini

, commandant de l’OAS, confirme l’accord OAS-FLN.

Mercredi 20 juin. A 20h15 sur le canal son de la télé d’Alger, le colonel Gardes confirme à son tour les accords OAS-FLN.
Jeudi 21 juin. Emissions pirates à Alger et Oran. A Oran, l’OAS déclare ne pas suivre l’OAS d’Alger.
Vendredi 22 juin. Double émission pirate à Oran sur le canal son de la télévision et à la radio. Le général Gardy annonce que l’OAS Oran continue le combat.
Samedi 23 juin. Nouvelle émission pirate à Alger.
Mercredi 27 juin. Emission pirate à 20h15 à Alger.
Vendredi 29 juin. Sur le canal son de la télé d’Alger, l’OAS demande aux Européens de voter oui au référendum d’autodétermination du 1er juillet.
Jeudi 5 juillet 1962. Proclamation de l’indépendance de l’Algérie.

Radio-Sindex, la première radio d’Indochine, est née à Haiphong

Et non, ce n’est pas à Saïgon, ou même à Hanoï, qu’est née la première radiosindex d’Indochine. C’est à Haïphong, un port situé au nord du Vietnam d’aujourd’hui, qu’une société privée monte en 1928 une station de radio dans cette colonie française. La Sindex, le petit nom de la Société industrielle d’exportation en Extrême-Orient, fournit à l’Indochine bon nombre de produits manufacturés, dont notamment des postes de réception de TSF via sa filiale Radio-Indochine. Mais pour en vendre, il faut que les colons aient une station à écouter. La Sindex s’équipe donc d’un émetteur construit par les établissements Kraemer à Asnières  et l’installe à Haiphong où elle a basé sa première agence indochinoise.

Après quelques tests, Radio Sindex est inaugurée le vendredi le vendredi 10 février 1928. Elle émet sur 87 mètres avec une puissance de 2 kw. Au programme, une allocution pleine d’emphase du représentant du Gouverneur général, son chef de sindex1cabinet M. Trillat. Puis, c’est au tour de Charles Olivier, secrétaire général de la Sindex de prendre la parole. Cette première émission s’achève par une Marseillaise interprétée par Lucienne Dufrenne.

Le poste de la Sindex diffuse trois fois par jour à 11h, 18h et 20h30 des informations, le cours des changes, du commerce et des valeurs, des concerts de musique européenne, annamite et chinoise.

Cependant, la réception reste insatisfaisante (faible puissance, parasite, longueur d’ondes inadaptée) et se localise uniquement sur la région d’Haiphong. C’est insuffisant pour rentabiliser le poste. Par ailleurs, la Sindex n’est pas en bonne forme financièrement (elle dépose son bilan en 1931). A l’été 1929, Radio-Sindex, connue également sous le nom de Radio-Indochine, la filiale de la Sindex, n’est plus sur les ondes. Un nouveau projet privé se monte à Saïgon qui rachète l’émetteur de la Sindex.

Quand l’ORTF lance depuis un bateau de la Marine une radio très active à Mururoa

Le 29 mai 1968 à 18 heures, une voix se fait entendre sur ondes moyennes dans le Pacifique : « Ici Radio-Mururoa, Office de Radiodiffusion et de Télévision Française, émettant sur la fréquence de 910 KHZ. Bonjour à tous.« 

Mururoa, île de l’archipel des Tuamotu en Polynésie française, abrite le Centre d’expérimentation du Pacifique. C’est là que l’armée française teste ses bombes nucléaires depuis juillet 1966. On y capte très mal Radio-Tahiti, l’atoll étant situé à 1200 km de Papeete. Un émetteur plus puissant est prévu mais en attendant, pour distraire et informer le personnel de ce site militaire, les autorités montent Radio-Mururoa.

Mururoa

MoselleLe studio et l’émetteur sont installés sur le navire de la Marine nationale la Moselle, un bâtiment-base qui ressemble plus à un petit paquebot qu’à un navire de guerre. Pour cette première émission, Jean Raynaud du service presse de la Marine nationale, interview le commandant de Mururoa, le capitaine de vaisseau Servent. Pour le reste, un bulletin d’information avec les dernières nouvelles de Paris (et des événements de mai 68) puis de la musique choisie dans une discothèque de 1300 titres suivie d’un programme sur la vie et l’oeuvre de Mozart.

Les programmes de Radio-Mururoa, animés par des marins du bâtiment Moselle, sont diffusés chaque jour  : de 6 h 30 à 7 h 30, de 13 h à 14 h, de 18 h à 19 h, de 20 h 30 à 22 h. Entre chaque programme, la station relaie Radio-Tahiti.

La Voix de la France, la radio coloniale sur ondes courtes du régime de Vichy

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Au cours des premiers mois de 1941, le Gouvernement de Vichy, inquiet des ralliements de colonies à la France libre, souhaite mettre en place un service de radiodiffusion pour l’Empire. L’Etat français a déjà perdu le contrôle de l’Afrique équatoriale française, du Tchad, des Etablissements français de l’Océanie, des comptoirs de l’Inde, de la Nouvelle Calédonie et en juin, les Britanniques et les Français libres ont libéré le Liban et la Syrie.

Après des premiers tests début août, composés d’infos en français et de musique non-stop, c’est le 17 août 1941 que le gouvernement de Vichy, après avoir eu l’autorisation des autorités allemandes, inaugrue sur les ondes courtes son service extérieur dénommé La Voix de la France. La rédaction de la radio est tout d’abord logée dans une petite pièce du quatrième étage de l’hôtel britannique (eh oui, drôle d’adresse pour une radio anglophobe), siège du ministère des Colonies. Elle s’installera plus tard dans deux pièces du Cécil-Hôtel, 13 boulevard de Russie, c’est à dire au siège de la Radiodiffusion nationale, à proximité immédiate de l’hôtel du Parc, le coeur du pouvoir. Le studio est aménagé dans un coin (une portion du couloir du deuxième balcon) du casino de Vichy puis le signal est transmis à la station ondes courtes d’Allouis près de Vierzon en zone occupée.

Qui la dirige ?

La création de ce programme international de la radio de Vichy est confiée à Albert Demaison assisté d’Albert Perche. A partir du 21 avril 1942, c’est Léon Broussard, ancien journaliste de la presse quotidienne nationale (L’Intransigeant, Paris-Soir et surtout le Petit Journal) qui prend la suite d’André Demaison quand ce dernier est nommé directeur de la Radiodiffusion nationale.

Quels sont ses programmes ?

La grille des programmes puise dans les émissions de la Radiodiffusion nationale et inversement certaines émissions de La Voix de la France sont reprises sur le réseau de Vichy comme Guerre et diplomatie de Léon Boussard. On y trouve donc :  Au fil des jours, la vie à Paris, une rubrique mode, les revues de presse française et étrangère, des infos culturelles et sportives, une rubrique littéraire (Pierre Humbourg).

Elle a aussi des émissions spécifiques comme La France est toujours vivante (Léon Boussard) ou la chronique hebdomadaire pour les francophones de l’Amérique du Nord (Firmin Roze). Le programme musical est puisé dans les disques du Poste parisien car la discothèque de la radio privée sabordée en juin 1940 a été repliée sur Vichy. En 1943, un reporter de la Radiodiffusion nationale, Pierre Beauvois, prend en charge la direction artistique de la station. Paulette Tossa est la principale animatrice des émissions en français.

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A gauche, M. Diop, ingénieur de prise de son. Au centre, Pierre Beauvois, directeur artistique et Jacques Lesgards, opérateur. En haut à droite, Paulette Tossa en compagnie de Pierre Humbourg. A droite en bas, M. Rasolonbraide, speaker malgache.

En quelles langues ?

La Voix de la France diffuse en français, en annamite (vietnamien), malgache et wolof (Sénégal, Mauritanie). Elle émet également en anglais, en espagnol, en roumain (trois fois par semaine), en portugais (à partir d’octobre 1941).

Quand émet-elle ?

A ses débuts, la station diffuse 8 heures par jour. Le 1er février 1942, La Voix de la France est sur les ondes seize heures par jour  avec 21 émissions, le double que précédemment. Fin 1943, La Voix de la France émet 18 heures par jour sur quatre longueurs d’ondes. La Voix de la France devient aphone quand les Allemands dynamitent les émetteurs d’Allouis lors de leur retraite le 17 août 1944.

Les messages familiaux, vitrine de la station

Début septembre 1941, le poste propose aux Français qui ont des parents dans les colonies ou à l’étranger, de diffuser leurs messages. « Il conviendra d’adresser les communications à M. André Demaison, la Voix de la France, ministère des colonies; les messages ne devront pas dépasser 15 mots en totalité« , souligne un communiqué de Vichy. La radio ondes courtes réalise aussi parfois des émissions spéciales. Comme durant l’hiver 1941, pour les marins retenus en Turquie. Suite à leur évacuation de Beyrouth, quand les Britanniques et les Français libres ont pris la ville, desVdF-77-1 marins se sont retrouvés à Erdek, un port de Turquie. Tous les samedis, une émission spéciale leur est destinée. Une autre s’adresse à partir de mars 1942 à l’Afrique du Sud « aux Français évadés des territoires dissidents ou dont les navires ont été capturés par la flotte anglaise« . Un premier bilan établi par Vichy fait état de 1000 messages pour l’Indochine, 750 pour la Syrie et le Liban, 600 pour l’Afrique équatoriale française, 500 pour les Antilles, 300 pour l’Afrique du Sud.

En 1942, les messages des familles continuent d’être diffusés. Ils sont plus longs, ce n’est plus quinze mots mais le double. Ils restent cependant contingentés. Ils ne sont pas autorisés pour l’Europe et l’Amérique du Nord. Fin 1942, c’est un message par mois pour l’Extrême-Orient, l’Afrique et Madagascar. Deux pour le Proche-Orient, les Antilles, les Amériques centrale et du Sud. Les messages ne sont plus autorisés pour l’Afrique du Nord où les Alliés ont débarqué début novembre. Le 11 janvier 1943, le couperet tombe : « La direction de la Radiodiffusion nationale porte à la connaissance du public que la Voix de la France n’est plus en mesure de transmettre les messages familiaux à destination de l’Empire et de l’étranger« . Il faut dire que l’Empire Vichy s’est réduit comme peau de chagrin suite au débarquement des Américains en Afrique du Nord, suivi du ralliement de l’Afrique occidentale française.

 

Quand Radio-Toulouse diffusait des émissions pour l’Afrique du Nord

En 1936, Radio-Toulouse lance une émission spécialement destinée aux auditeurs d’Afrique du Nord. Chaque jour sauf le dimanche, tard dans la soirée, quand la zone d’écoute de la station du midiToulouseAFN3 est à son maximum, une émission propose musique et nouvelles. La station cherche aussi à attirer de la publicité, gérée par l’Office Radio-Publicité à Casablanca, en faisant la promotion des produits du Maghreb.

ToulouseAFN2Lancé le lundi 24 février 1936, ce programme dirigé par Marcel Brouchet débute à 23h40 et s’achève à 00h30. A 23h55, un bulletin d’informations est diffusé, dénommé le « Journal sans papier de l’Afrique du Nord », réalisé en collaboration avec quatre quotidiens : Le Petit Marocain, Oran Matin, L’Echo d’Alger, la Dépêche tunisienne. L’été, les horaires sont avancés d’une heure. Si Radio-Toulouse a cherché a s’allier avec des journaux locaux, c’est que le paysage radiophonique en Afrique du Nord a évolué. Radio-Maroc et Radio-PTT-Alger se sont fortement développés, en puissance et en qualité des programmes. C’est sans doute pour cela que le succès des émissions toulousaines n’a pas été au rendez-vous.

Une première expérience dès 1928

Une première expérience avait été tentée dès 1928, pendant près de quatre ans. Le paysage radiophonique local balbutiait. Radio Toulouse, très bien reçue au Maroc et dans une bonne partie de l’Algérie, diffusait alors son « Journal sans papier » à 22h15 à destination de l’Afrique du Nord (21h15, heure de Casablanca). Certaines communes d’Algérie avaient même voté des subventions pour financer ce programme. Il permettait en effet de reprendre des infos parues dans des journaux nationaux qui n’arrivaient en Afrique du Nord qu’un jour ou deux après leur diffusion en métropole. En 1932, peu avant d’abandonner pour quelques années ses émissions vers l’Afrique du Nord, Radio-Toulouse avait également ajouté dans ses programmes une demi-heure pour le Maroc.

Il y a 60 ans : la radio d’outre-mer est créée pour accompagner les indépendances

Le 21 janvier 1956, le Journal officiel publie l’acte de naissance de la Société de radiodiffusion de la France d’outre-mer (Sorafom) dirigée par Pierre Schaeffer, Shaefferalors chef du service de la radiodiffusion au ministère de la France d’outre-mer. Cette société d’Etat doit coordonner la radiodiffusion dans tous les territoires qui relèvent de ce ministère. La première tâche délicate du patron de la Sorafom sera donc de bien délimiter de qui est de la compétence du nouvel organisme et de la RTF (Radiodiffusion télévision française) qui gère les stations des Antilles, d’Afrique du Nord et la puissante radio sur ondes courtes Radio-Brazzaville. Cette situation est corrigée en novembre de la même année. La Sorafom s’occupera des radios outre-mer mais elle sera présidée par le directeur-général de la RTF. En octobre 1957, Pierre Schaeffer est débarqué et remplacé par Robert Pointillon, chef de cabinet du ministre de l’outre-mer. Cette mainmise politique suscite alors quelques remous et une première grève.

SorafomEn 1958, elle gère dix-huit stations

La Sorafom développe les stations en Afrique et forme les personnels des futures radios nationales des pays sur la voie de l’indépendance dans un studio-école à Maison-Laffitte. En 1958, elle gère 18 stations qui reçoivent chaque semaine, des enregistrements d’émissions ou d’interviews de la RTF qu’elles peuvent diffuser à leur guise. Il s’agit des radios d’Afrique occidentale française, d’Afrique équatoriale française, de Djibouti, de Madagascar et d’Océanie.

L’Afrique occidentale française compte plusieurs stations. La chaîne générale Inter-AOF (ex Radio-Dakar), le programme en langues locale de Dakar, Radio-Conakry, Radio-Abidjan, Radio-Cotonou, Radio-Soudan (Mali), Radio-Saint-Louis et Radio-Niamey.

A partir du 6 avril 1959, les états africains et malgache sur la voie de l’indépendance gèrent leur radio locale. Les stations des autres territoires ayant choisi de rester français, Radio-Djibouti, Radio-Papeete, Radio-Nouméa et Radio-Saint-Pierre passent au 1er juillet sous le contrôle direct de la RTF. Le problème se pose pour Radio-Inter à Dakar et Radio-Inter-Equatoriale à Brazzaville. En avril, Inter-AOF à Dakar fait l’objet de telles convoitises de la part des futurs états (surtout de l’éphémère Fédération du Mali) qui seront indépendants l’année suivante, qu’elle doit suspendre ses émissions.Un accord en AEF permet à Inter-Equatoriale (radio commune à quatre nouveaux états) de continuer ses émissions (elle s’arrêtera le 18 avril 1960), ainsi qu’à Radio-Brazzaville (RTF). La Sorafom installe Radio-Congo (5 kw) en août 1959. Le 28 novembre, c’est au tour de Radio-Gabon (1 439 et 4 815 kc) et Radio-Haute-Volta (1 520, 5 025 et 7 272 kc) d’être lancée sur les ondes.

En 1961, après les indépendances, la mission de la Sorafom évolue pour devenir un organisme de coopération chargé d’épauler les radiodiffusions des nouveaux pays. En avril 1962, la Sorafom devient l’Office de coopération radiophonique (Ocora) .