Comment le projet de bateau radio-laboratoire est tombé à l’eau

A la fin 1924, la Société française d’études de TSF, la plus ancienne des trois grandes associations de radioamateurs, doit quitter ses locaux trop chers et trop proches du poste de l’Ecole supérieure des PTT que ses expériences sur les ondes gênent. Elle décide d’acheter le Montana, un ancien remorqueur fluvial de 25 mètres de long et 5 de large équipé d’un puissant moteur. Ce radio club veut y installer son laboratoire. Il sera mobile et permettra ainsi de s’éloigner ou de se rapprocher de Paris. En mai 1925, le bateau-laboratoire est baptisé Commandant-Tissot, du nom d’un pionnier de la TSF, à la pointe occidentale de l’île de la Cité près du Pont Neuf. Une cérémonie en présence de l’explorateur Jean-Baptiste Charcot et de l’amiral Guépratte.

Société française d'études de TSF
Avant d’acquérir l’ancien remorqueur, les membres avaient fait des essais de transmission depuis un bateau de tourisme.

Une voie d’eau fatale

Les sociétaires peuvent voguer et expérimenter sous l’indicatif 8AE, le poste émetteur du magazine La TSF Moderne, et celui de 8BT. Mais le 8 janvier 1926, la Seine étant en crue, une épave vient heurter le Commandant-Tissot juste au niveau du poste d’émission alors qu’il est amarré quai de Tokyo. Une importante voie d’eau envoie par le fond le bateau-laboratoire en vingt minutes. Seules les deux mâts et l’antenne émergent des flots. Pour la Société française d’études de TSF, le choc est rude. Elle perd son local, son matériel mais aussi toutes ses archives depuis sa fondation en 1914.

Commandant-Tissot
Un scaphandrier examine l’épave du bateau fin mars.

Au début du mois d’avril, le bateau est renfloué. Mais il ne pourra pas plus accueillir le laboratoire de la Société française d’études de TSF.

Commandant-Tissot
L’épave du bateau sort des eaux de la Seine.

L’histoire de la première émission humoristique n’est pas marrante

Dès le début des radios en France, il y a bien eu des histoires drôles, des blaguesGabriel Timmory racontées, des chansons rigolotes dans certains programmes. Mais de quand date la première vraie émission humoristique ? Du 18 novembre 1923, soit un an après la naissance de la première radio privée française Radiola. Le poste propose alors, chaque dimanche à 20h30, « Histoires de rire ». Une émission de quelques minutes entre les nouvelles de l’agence Havas et le programme de la soirée. Comme le font encore aujourd’hui les chaîne de télévision entre le journal et le « prime time ». Cette première émission poilante est présentée par Gabriel Timmory. Ce fantaisiste excelle dans l’écriture de comédies et de pièces de boulevard.

Les droits d’auteurs ne le font pas rigoler

Mais pas seulement. Il est aussi très attaché aux droits d’auteur. « Il serait injuste et immoral que la radiophonie continuât d’ignorer les auteurs sans qui elle ne serait pas », déclare-t-il au journal culturel Comoedia en octobre 1924. A l’époque les radios ne paient rien. Elles considèrent qu’un conférencier, un auteur, se rémunère par la publicité que lui apporte son intervention sur les ondes. Gabriel Timmory parvient à convaincre les différentes sociétés d’auteurs. Depuis le 6 juillet 1924, « Histoires de rire » s’est tue. La collaboration de Gabriel Timmory avec Radiola devenue Radio-Paris s’est arrêtée. On peut se marrer à l’antenne mais on ne rigole pas avec les droits d’auteur…

Loin de la mer, Radio-Atlantique est morte dans faire de vagues

Croutelle
L’émetteur était implanté dans un champ en bordure de la RN10 près de Croutelle

Radio-Atlantique, c’est l’histoire d’une radio publique étouffée par la radio publique. Un comble !

La Libération, Jean Schuhler, jeune avocat, est nommé commissaire de la République pour la région de Poitiers. Il représente à ce titre le Gouvernement provisoire du général De Gaulle. A la capitulation allemande, la poche de Royan et de la pointe de Grave rend les armes. En venant plus tard constater les opérations de déblaiement et de déminage de ce front, Jean Schuhler repère en bord de mer l’antenne de Radio Bir-Hakeim qui se dresse. Cette station avait été montée pour informer en allemand les soldats du IIIe Reich qui tenaient la poche. La guerre finie, le matériel n’est plus d’aucune d’utilité. Mais les émissions de la Radiodiffusion française étant peu puissantes, on n’entend ni la Chaîne nationale ni la Chaîne parisienne dans la région. Et le commissaire de la République doit envoyer ces communiqués à Radio-Limoges en espérant que les auditeurs de Poitou-Charentes et de Vendée les entendront.

En bordure de la RN10

Jean Schuhler décide alors de récupérer le matériel pour le déplacer dans les environs de Poitiers et ainsi retransmettre les programmes de Paris tout en réalisant des décrochages. Jacques Soustelle, ministre de l’Information, n’est pas contre. Un emplacement est trouvé. « C’était en bordure de la RN 10, à un kilomètre avant la descente sur Croutelle« , précise le commissaire de la République dans ses mémoires. C’est à dire à la sortie sud de Poitiers. « La Chambre de commerce, enthousiaste, aménagea un studio aussitôt relié à la station. »

Jean Schuhler souligne que le lancement sur les ondes a eu lieu le 11 août 1945 sur 222,60 mètres. La presse locale annonce pour sa part une première émission le dimanche 30 septembre sur 251 mètres.

La centralisation a la peau de Radio-Atlantique

Mais « la centralisation à outrance » qui est à l’oeuvre après la guerre rattrape Jean Schuhler qui est convoqué fin octobre chez le procureur. Le monopole d’Etat est institué et il restera en place jusqu’en 1981. Parallèlement, les élections constituantes entraîne la nomination d’un gouvernement De Gaulle II. Jean Schuhler préfère quitter ses fonctions le 31 octobre et s’adresse avant de partir à la population dans un message diffusé par… Radio Atlantique.

La station reste ensuite sur les ondes pour rediffuser la Chaîne nationale. En juin 1946, les techniciens qui commençaient à démonter les installations reçoivent l’ordre de suspendre leur travail car les Poitevins sont très nombreux à protester.  Il faudra encore quelques mois avant de tout démonter et de recouvrir cette initiative d’une belle chape de plomb.

Qui sabote les retransmissions de Radio-Toulouse ?

Le 29 décembre 1928, Radio-Toulouse commence la diffusion d’une série de concerts au théâtre du Capitole suite à un accord avec le Conseil Général qui verse pour cela une subvention. Le premier acte de La Traviata est bien reçu des auditeurs mais la réception de la suite de l’opéra est gênée par des bruits, ronflements et sifflements. Radio Toulouse, villa SchmidtLes PTT refusent à la station l’utilisation de lignes téléphoniques pour ses retransmissions depuis 1926.

Radio-Toulouse a donc installé un émetteur à ondes courtes au Capitole et un récepteur au studio de la villa Schmidt sur le plateau de Balma pour pouvoir diffuser ces concerts sur les ondes. Les 12 et 15 janvier, rebelote. Les diffusions des Contes d’Hoffman et de Mignon sont parasités et inécoutables.

Le 17 à 20h30, Radio-Toulouse fait savoir sur son antenne que les troubles sont causés par un émetteur inconnu qui diffuse sur la même longueur d’ondes (93 mètres) que le poste installé au Capitole et brouille ainsi les émissions. La radio annonce qu’une plainte a été déposée et des lettres d’auditeurs mécontents sont lues au micro… jusqu’à ce que le brouilleur perturbe de nouveau l’émission.

Les PTT montrés du doigt

Les regards se tournent alors vers l’administration des PTT. Car il ne faut pas être grand clerc pour savoir à qui le crime profite. Sa station, Toulouse-Pyrénées et Radio-Toulouse, poste privé, se mènent une guerre depuis longtemps.

« Le poste du Capitole s’est arbitrairement approprié une longueur d’onde, répondent les PTT. Dans la région, il y a une cinquantaine  d’amateurs dûment autorisés et qui peuvent très bien émettre sur une longueur d’onde assez proche de celle du poste du Capitole, d’où brouillage des émissions. Qu’y pouvons-nous? Si nous devions prendre une sanction, en toute justice nous nous verrions obligés de poursuivre le poste non autorisé afin de protéger les émissions autorisées. »

Puis ce sont les radio-amateurs du Réseau des Emetteurs Français qui réagissent pour dire qu’il ne s’agit en aucun de l’entre d’entre-eux et qu’ils vont mener l’enquête. Ils n’auront pas besoin d’investiguer longtemps car le brouilleur se tait comme par enchantement.

Suite aux interventions du député, du maire, de la chambre de commerce, du conseil général, les PTT autorisent finalement Radio-Toulouse à utiliser des lignes téléphoniques pour ses liaisons.

Eau, feu, vent : quand les éléments se déchaînent sur Radio-Agen

Radio-Agen, le poste départemental du Lot-et-Garonne, est un cas à part dans l’univers des stations françaises d’avant guerre. La station, qui commence ses essais en septembre 1924 sur 335 mètres avec 250 watts, est une initiative du Conseil général mais est considérée comme un poste privé.

Elle est installée près de la Garonne et de la promenade du Gravier. L’antenne est tendue entre deux pylônes de 25 mètres séparés de 70 mètres. Radio-Agen démarre début 1925. Elle diffuse à l’heure de midi puis le soir des infos, des communiqués, le cours des marchés, la météo. Le soir, le programme est le plus souvent suivi d’un concert.

Cette station au fonctionnement inédit en France va connaître plusieurs événements qui vont la précipiter dans le giron de la Radiophonie du Midi, le puissant groupe radiophonique propriétaire de Radio-Toulouse.

L’eau englouti la station en 1930

Le 3 mars 1930, la Garonne est en crue. La radio diffuse tous les communiqués de la préfecture pour alerter la population. Vers 19h30, les eaux du fleuve lèchent la base des pylônes. Fernand de Sevin, le directeur de la station lance un appel sur les ondes demandant aux habitants des zones à risques de quitter leur domicile. Puis, l’émetteur est noyé, Radio-Agen se tait. Le bâtiment est ravagé et les antennes  sont à terre.

Le 29 décembre 1930, le conseil général du Lot-et-Garonne vote la reconstruction du poste, financé par le fonds d’aide aux sinistrés, mais son exploitation sera concédée à la radiophonie du Midi qui possède Radio Toulouse. A partir du 25 mars, Radio Toulouse diffuse les émissions de Radio-Agen à 12h30 et 19h30 sur 312,8 mais aussi sur 30,75 m en ondes courtes.

Un nouveau site est trouvé à 300 mètres d’altitude sur la colline de Monbran près du sanatorium au milieu des vignes. Deux pylônes de 40 mètres de haut supportent l’antenne. Radio-Agen démarre des tests en août 1932 avec un nouvel émetteur sur 455 m. Le 1er janvier 1933, trois ans après la catastrophe, elle fait son retour sur les ondes avec 500 watts et diffuse le 8, l’inauguration de la chambre d’agriculture.

Le feu détruit la radio en 1934

Deux heures après l’émission qui s’était terminée à 21h45, vers minuit et demie, « dans la nuit de samedi à dimanche, (nuit du 7 au 8 juillet 1934) le directeur du sanatorium de Monbran, à 5 kilomètres d’Agen apercevant une lueur dans la direction des Installations de Radio-Agen constata qu’une construction était la proie des flammes, raconte Paris-Soir. Les pompiers furent aussitôt prévenus, mais ne purent arriver sur les lieux que vers une heure et demie. A ce moment, l’incendie avait accompli son œuvre dévastatrice et les pompiers en furent réduits à noyer les décombres. Les dégâts, qui s’élèvent à 300 000 francs sont couverts par une assurance.« 

Il faut attendre décembre pour que Radio-Agen teste son nouvel émetteur sur 309,9 mètres. La station reprend officiellement ses programmes au début de 1935. Mais sa nouvelle longueur d’ondes gêne la réception du Poste parisien dans la région et beaucoup d’auditeurs protestent. Fin février, le ministre des PTT autorise Radio-Agen , le « poste aux jolies mélodies », à se fixer sur 345,60 mètres.

Radio Agen

Le vent abat l’antenne en 1935

Le 2 mars 1935, une très violente tempête frappe le sud-ouest. L’antenne de Radio-Agen est arrachée par les rafales de vent. La station ne peu plus donner des nouvelles de la crue de la Garonne. Radio-Toulouse prend le relais. Mais cette fois-ci, les dégâts sont moins graves et Radio-Agen revient rapidement sur les ondes.

La radio au cinéma : le « Fantôme radiophonique » fait pâle figure

La radio a inspiré plusieurs films de cinéma. Intéressons-nous aujourd’hui à Wake Up and Live, traduit en français par le Fantôme radiophonique. Cette comédie musicale, sortie en France à l’été 1937, se déroule dans un réseau de radio imaginaire américain, la Federal Broadcasting Company. Lorsqu’il arrive sur les écrans parisiens, cette production des studios de la Fox est bien accueillie, comme le montre cette présentation publiée dans le quotidien Le Populaire.

Fantôme radiophonique

« Le Fantôme radiophonique est une satire extrêmement drôle et plus spirituelle qu’humoriste de certains milieux de la TSF, écrit le journal. Un chanteur intimidé devant le micro, devient vedette, grâce à des circonstances auxquelles il ne comprend rien… Mis en scène par Lydwey Lanfield, le film est le meilleur qui ait été fait sur la TSF. » Le Figaro détaille l’histoire de ce chanteur auditionné qui « pris d’un trac fou, ne peut terminer sa chanson. Engagé comme garçon d’étage au centre radiophonique, il essaie de se perfectionner et, sans le savoir, affronte à nouveau le micro qui se trouvait miraculeusement branché il donne ainsi une audition qui obtient un succès monstre. On recherche partout ce mystérieux troubadour. Après mille. et une péripéties, on retrouvera ce fantôme à qui l’on fera un pont d’or. « 

Fantôme radiophonique« Un film de série pour la saison d’été »

Passé cet accueil, certains journalistes sont allés vraiment voir ce film musical. Et là, ça claque. Comme cette critique repérée dans le magazine Regards. « Un chanteur a une fort belle voix et cela lui vaut un grand succès à la radio. Mais ce chanteur, dont la voix trouble le cœur des femmes américaines a une tête qui évoque celle de veau qu’on voit cuite à la devanture des tripiers. On veut cependant faire de ce chanteur la vedette d’un grand film. Ceci n’est pas le résumé d’un scénario mais le problème qui s’est, de toute évidence, posé au metteur en scène de Fantôme radiophonique, problème qu’il a dû résoudre malgré lui et qui n’a pas donné un très bon film. Si certains épisodes ont du sel (la scène comique de la grosse dame qui s’évanouit devant le micro), l’ensemble du film tire terriblement en longueur, manque d’entrain et les épisodes qui le composent sont assez bêtement fabriqués. Un film de série pour la saison d’été.« 

Aujourd’hui, l’intérêt de ce film que l’on peut voir par petits morceaux sur Youtube, est de nous permettre de découvrir la vie d’un réseau radio américain avant-guerre. Le chef d’orchestre et un des journalistes jouent leur propre rôle.

Décembre 1947 : Radio Sorbonne, « l’université des ondes », est inaugurée

C’était il y a 70 ans : le ministre de l’Education nationale, Marcel-Edmond Naegelen, inaugure le 1er décembre 1947 depuis le grand amphi Richelieu, les émissions de Radio-Sorbonne. Une convention signée entre la Radiodiffusion française et l’Université de Paris permet de diffuser sur ondes moyennes (209,8 mètres et 5 kw tout d’abord puis plus tard 321 mètres) des émissions pour les étudiants, des cours de la faculté des lettres et des infos universitaires. Radio Sorbonne émet à ses débuts de 9 heures à midi et de 14 à 16 heures du lundi au vendredi. Le but de ses programmes est avant tout de diffuser des cours de préparation à l’agrégation dans les disciplines littéraires pour ceux  qui ne peuvent pas se déplacer.

Cinquante ans sur ondes moyennes

Financée par l’Education nationale, Radio-Sorbonne souffrira toujours d’un cruel manque de moyens. En septembre 1997, Radio France cesse sa diffusion.

Dix ans d’histoire de la radio belge par le courrier des auditeurs

Corinne Dubien est réalisatrice sonore. Elle vient de produire un très intéressant documentaire sonore de près d’une heure. Il s’intitule Monsieur le Directeur car « ainsi commencent les courriers adressés au Directeur de la radio publique belge entre 1958 et 1968. Tous les prétextes sont bons pour prendre la plume : un auditeur se plaint de la diffusion d’une chanson aux paroles jugées trop osées, une jeune fille se demande comment devenir speakerine, les ouvriers d’une usine souhaiteraient entendre plus d’opérettes à l’heure de leur pause déjeuner » souligne-t-elle.

Archives sonores

Après avoir épluché et sélectionné des lettres tirées des archives du Royaume de Belgique et de la Radio-Télévision Belge, les avoir fait lire par plusieurs voix et agrémenté le tout par des archives sonores, elle nous livre ce documentaire  qui « explore les façons de faire et d’écouter la radio, et nous interroge sur la place qu’elle occupe aujourd’hui dans nos vies ».