C’est assez frappant quand on y pense, mais pour bien saisir l’importance du drame du SS Volturno en 1913, il faut d’abord avoir en tête celui du Titanic. À peine 18 mois plus tôt, le monde avait découvert avec horreur que posséder la technologie radio ne suffisait pas si personne n’était à l’écoute ou si la coordination faisait défaut.
Le naufrage du Titanic avait laissé un goût amer. Celui d’un isolement technologique malgré la présence à bord de la TSF. Mais lorsque le feu se déclare sur le Volturno, on sent que la leçon a été retenue. L’océan, autrefois un vaste désert de silence, commence enfin à devenir un espace connecté comme on dit de nos jours.
Le Volturno lance son SOS
Le 9 octobre, alors que le Volturno est malmené par une tempête de force 10, une explosion souffle la cale, chargée de produits chimiques hautement inflammables. Le feu se propage avec une vitesse terrifiante. Dans la petite cabine radio, l’opérateur Walter Seddon et son assistant Christopher Cook ne perdent pas une seconde.
À cette époque, la radio n’est pas de la voix, mais du code Morse. Seddon commence à marteler le fameux SOS (qui venait de remplacer le CQD). Le défi est immense car avec le navire qui tangue violemment et l’incendie qui menace l’alimentation électrique, il doit réussir à transmettre des coordonnées précises. Une erreur d’un seul chiffre, et les secours chercheraient une aiguille dans une botte de foin à des dizaines de kilomètres de là.

Une discipline de fer sur les ondes
Ce qui change radicalement par rapport au Titanic, c’est la discipline. En 1912, les ondes avaient été saturées par des messages confus. En 1913, l’organisation est plus pro. Le premier à capter l’appel est le Carmania. Son capitaine comprend tout de suite que la clé du sauvetage sera de bien gérer les communications sur les ondes.
Grâce à sa radio plus puissante que celle des autres, le Carmania s’improvise « tour de contrôle ». Il ordonne aux navires plus petits ou plus éloignés de se taire pour laisser la priorité aux échanges vitaux. Les ondes radio permettent de coordonner une flottille de dix bâtiments venant de toutes les directions. Il faut imaginer ces opérateurs, les écouteurs vissés sur les oreilles malgré le vacarme ambiant, tentant de distinguer les bips courts et longs du Morse au milieu des parasites créés par l’orage magnétique.

« Venez vite, on apporte l’huile »
L’un des moments les plus incroyables de cette nuit-là se joue entre le Volturno et le pétrolier Narragansett. La mer est si démontée que les paquebots déjà sur place regardent, impuissants, le navire brûler car ils ne peuvent pas approcher leurs canots sans qu’ils soient broyés contre la coque.
Le message radio qui sauve la situation arrive du Narragansett. Par TSF, il confirme sa position et annonce : « Nous arrivons avec deux citernes d’huile de graissage ». C’est grâce à cette communication constante que les autres navires s’écartent pour lui laisser le passage. Le pétrolier déverse son huile pour « calmer » la surface de l’eau, une technique ancestrale rendue possible par une précision de guidage radio moderne. Sans la TSF, le Narragansett n’aurait jamais su où et quand intervenir pour créer ce couloir de sauvetage.

La TSF s’impose en mer
Au final, si l’on déplore la perte de plus de 130 personnes (principalement lors des premières tentatives désespérées de mise à l’eau des canots), plus de 500 vies ont été sauvées.
Le sauvetage du Volturno a été la preuve éclatante que la TSF n’était pas un gadget mais le nouveau système nerveux de la navigation maritime. C’est cet événement qui a fini de convaincre les autorités maritimes d’imposer une veille radio permanente, 24h/24, avec des opérateurs capables de rester lucides au milieu du chaos. On est passé, en l’espace de deux ans, d’un monde où l’on mourait seul dans le noir à un monde où, même au milieu de l’Atlantique, quelqu’un, quelque part, était toujours à l’écoute.
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