A bord du Poste Parisien, le « paquebot des ondes » ancré sur les Champs-Elysées

Quand on pense à une station de radio des années 1930, on imagine volontiers une simple pièce, quelques voix face à un micro, et pas grand-chose de plus. Le Poste Parisien, installé depuis 1932 sur les Champs-Élysées, au 116 bis, dans un immeuble dont la façade ressemble à un accordéon, balaie aussitôt cette image.

En 1939, la radio occupe tout un bâtiment, sauf le rez-de-chaussée et l’étage occupés par la brasserie puis le cinéma Normandie. Chaque étage a sa mission, chaque couloir son rôle, et l’ensemble fonctionne comme un navire. Dans un article qui a servi de base à cette présentation, il est surnommé le paquebot des ondes car il se situe au-dessus du cinéma Le Normandie, dont le nom évoque la navire du même nom, alors le plus grand transatlantique au monde.

Sur le pont principal

Un ascenseur mène au troisième étage où se trouve l’accueil et une salle d’attente. Puis, on entre dans le cœur battant de la station : les studios de diffusion en direct. Le Studio A, 18 mètres sur 10 et 6 mètres de hauteur, peut accueillir deux cents personnes. Il ressemble à un théâtre sans décor, pensé pour les grandes émissions publiques. Une estrade, trois microphones, un vaste espace pour les musiciens, les acteurs et les animateurs : tout est conçu pour donner de l’ampleur au spectacle sonore.

À côté, séparé du Studio A par une baie vitrée, le Studio B est plus discret, mais tout aussi animé. C’est là que prennent vie les feuilletons d’aventure. Dans la cabine attenante, preneur de son et bruiteur s’affairent, recréant tirs, galops ou moteurs d’avion grâce à une impressionnante collection de disques d’effets. Un troisième studio, réservé aux orchestres, complète cet étage en perpétuel mouvement.

Sur le pont supérieur

Lola Robert - Poste Parisien
Lola Robert au micro du Poste Parisien

En montant d’un niveau, l’ambiance devient plus feutrée. On pénètre dans le domaine des cabines spécialisées, où le direct se prépare dans le calme. Le speaker, isolé dans une petite pièce capitonnée, lit ses annonces dans un grand registre où sont rassemblés tous les textes du jour.

Dans les cabines voisines, les opérateurs déclenchent les disques publicitaires ou manipulent les bobines de film sonore contenant reportages et sujets enregistrés. Une cabine dédiée aux conférenciers, dotée de son propre signal lumineux, permet d’enregistrer interviews et entretiens à l’écart du bruit.

Dans les coursives du Poste Parisien

Autour de ces espaces techniques s’étendent les bureaux qui structurent la vie de la station. Rédaction, production, direction, publicité, comptabilité, services artistiques et techniques, discothèque : chaque service occupe sa place. Les couloirs sont constamment animés. On y croise des chanteurs, des acteurs, des humoristes, des reporters, mais aussi des aviateurs ou des ministres venus prendre la parole au micro. Le régisseur, chronomètre à la main, circule sans relâche pour s’assurer que tout respecte le timing imposé par l’antenne.

Au cinquième étage, accessible par un escalier en colimaçon, la radio devient laboratoire. Dans les salles d’écoute du service d’enregistrement, on vérifie et on chronomètre les programmes enregistrés à l’avance. Juste en face, une machine impressionnante développe en continu les kilomètres de pellicule sonore destinés à conserver les émissions (où sont aujourd’hui ces archives ? Mystère…). À proximité, les monteurs découpent et recollent les bandes, assemblant reportages, chroniques et concerts avec précision.

Plus bas dans l’immeuble, un vaste service est entièrement consacré au courrier des auditeurs. Chaque semaine, des dizaines de milliers de lettres arrivent : cartes, bulletins de concours, questions, messages personnels. Les casiers débordent, et l’activité ne s’arrête jamais. Le lien avec le public est si intense qu’il justifie à lui seul un service dédié.

Dans la salle des machines

Enfin, on trouve le véritable cerveau de la station : le poste de commande. Deux grandes salles couvertes d’interrupteurs, de voyants lumineux, de manettes, de platines et de téléphones permettent aux ingénieurs de surveiller toutes les émissions, d’enregistrer certaines au disque ou sur film, et de coordonner en direct avec l’émetteur de Limours. Des haut-parleurs diffusent en permanence les sons provenant de chaque studio, créant une cacophonie maîtrisée, comparable à la salle des machines d’un navire.

En 1939, le Poste Parisien apparaît ainsi comme une radio pensée à grande échelle. Un an plus tard, la propagande allemande y installera Radio Paris. A la Libération, les locaux sont réquisitionnés pour le service des variétés de la Radiodiffusion française. En 1949, on y trouve notamment les studios de Paris Inter.

Aujourd’hui l’immeuble abrite le cinéma UGC Normandy (fermé en 2024), le Théâtre du Lido, des bureaux et des logements.


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