Le cadeau original pour la Saint-Valentin : la radio jarretière

Une radio qui s’attache à la jarretière ? Dans les années folles, on n’arrête pas le progrès.

A la fin novembre 1924, des images projetées lors des actualités cinématographiques suscitent quelques commentaires dans la presse. On y voit une jeune femme s’équipant de ce qui pourrait bien être l’ancêtre du walkman. Elle peut ainsi profiter des émissions radiophoniques tout en se baladant. Son ombrelle sert d’antenne et un fil de cuivre descend jusqu’à sa jarretière où est fixé un petit poste à galène. Il ne lui reste plus qu’à mettre un écouteur sur les oreilles.

Voici ces images tournées vraisemblablement en deux fois. Une première partie en 1921 et une seconde, devant la Tour Eiffel, non datée. Or, en 1921, il n’y a pas encore de service radiophonique au poste de la Tour Eiffel. La séquence a donc probablement été tournée pour préparer sa diffusion dans les salles françaises en 1924.

Cependant, cette invention n’a guère fait d’émules. Elle a surtout été le prétexte pour les actualités Pathé de diffuser des images légères et à quelques échotiers de la presse quotidienne  de glisser un bon mot.

« Ils ne traiteront plus la TSF par dessous la jambe »

Ainsi, « cette mode fera la joie des jolies femmes qui savent pouvoir exhiber discrètement un mollet bien modelé, en équipant le poste-jarretière », souligne Paris-Soir. « Et, auprès de celles qui viendront éprouver des satisfactions auditives, auprès de celles qui viendront pour entendre, circuleront, intéressés, ceux qui seront venus pour voir, pour regarder, pour contenter. » Et de conclure : « Ils ne traiteront plus la TSF par dessous la jambe « !

6 janvier 1922 : la première radio de France passe son premier disque

On connaît la première radio française : c’est le poste de la Tour Eiffel. Mais quel est le premier disque que la station a diffusé ?

Depuis novembre 1921, le poste militaire de la Tour Eiffel (indicatif FL) fait des essais de radiodiffusion, tous les jours de 16 à 17 heures sur 2600 mètres de longueur d’ondes. La puissance est faible, 400 à 600 watts, mais les ondes sont loin d’être encombrées. Le signal porte donc très loin. Lors de ces essais, on lit des journaux, des romans et certains amateurs poussent la chansonnette ou jouent de leur instrument. Parfois, des séries de chiffres sont diffusées à des fins de vérification de la réception par des stations militaires. Régulièrement, un speaker annonce : « Allô, allô, ici le poste de la Tour Eiffel« .

Un micro devant le phonographe

En décembre, deux concerts, un pour Lille puis un autre pour Bruxelles (en présence des souverains belges) sont diffusés. Les essais se poursuivent tous les jours de 16h30 à 17 heures et le 6 janvier, la Tour Eiffel diffuse un concert depuis le bureau du commandant Julien, le directeur du poste. Un phonographe a été installé et un militaire tient un micro devant le pavillon. Ainsi, quelques disques du ténor italien Enrico Caruso sont diffusés : Madame Butterfly, Paillasse (Pagliacci). Et enfin, La Marseillaise. Ce sont les premiers disques de la radio française !

A partir du lundi 6 février, la station diffuse un bulletin météo quotidien à 16h30 suivi d’un concert. C’est la date de naissance de la radio française.

Les premières émissions de la Tour entraînent un intérêt du public qu’accompagnent immédiatement les constructeurs de TSF comme sur cette réclame du printemps 1922.Une partie de l’équipement technique du poste de la Tour Eiffel en 1922.

Il y a 80 ans : Radiovision-PTT diffuse la première émission de la télé française

Après plusieurs émissions tests très techniques, les premiers essais officiels de la télévision française datent du 26 avril 1935. Mais la première émission publique a été diffusée plusieurs mois plus tard, en décembre. Avec un grand spectacle de variétés…

 

Quelle est cette première télévision française ?

Tele8-antenneSous l’impulsion de Georges Mandel, ministre des PTT, en septembre 1935 la France s’équipe pour monter sa station de télévision. L’émetteur a été installé sous le pilier nord de la Tour Eiffel. De là, un câble de plus de 300 mètres et de 10 cm de diamètre court jusqu’au sommet de la tour et de petites antennes envoie le signal sur Paris. Les émissions sont réalisées au studio des PTT, 103 rue de Grenelle et le signal est acheminé par ligne téléphonique. Tele8-installationemetteurL’image est cinq fois plus nette que lors des essais du mois d’avril. Radiovision-PTT est diffusée en 180 lignes et déjà les techniciens espèrent passer à 240 lignes au printemps suivant. Voilà pour l’image. Pour l’audio, l’émission est « sonorisée » de 17h30 à 18h30 par Paris-PTT (et ses stations régionales !) et de 18h30 à 19h30 par la Tour Eiffel.

Qui peut la regarder ?

En décembre 1935, il n’existe que dix téléviseurs en état de fonctionner. Pour ce premier pas de la télévision française, six centres équipés de récepteurs ont été aménagés à Paris, au studioTele8-Foule des PTT, à l’office du tourisme, à la Maison de la chimie, à la Maison des ingénieurs civils, à mairie du cinquième arrondissement et au Conservatoire des arts et métiers.

L’écran des premiers téléviseurs étant très petit (une vingtaine de centimètres) les téléspectateurs sont admis dans chacun des centres de réception par groupe d’une cinquantaine et défilent quelques minutes devant l’écran par grappes de 15 personnes. Ainsi, à la mairie du Ve, des centaines de personnes ont patiemment attendu leur tour, dehors, sous la pluie ; devant l’office du tourisme aux Champs-Elysées plusieurs milliers de personnes sont restées à la porte. Car il fallait s’inscrire préalablement. Au total, 10 000 Parisiens avaient fait la demande et il n’y eut pour cette première que 3000 chanceux.

Quel est le programme de la première émission ?

Tele8-JeanneProvostCette émission est historique, alors voici son programme complet. Une scène de La féerie les Trois petits cochons et le grand méchant loup, interprétée par les petits Redon, Berjac, Cazenave et la petite Manès, du Théâtre du Petit-Monde. Danses de Nikitina.

Roger Bourdin, de l’Opéra-Comique : les Vieilles de chez nous, de Ch. Levadé ; Paysage, de Raynaldo Hahn. Un sketch de Tristan Bernard : Révélation, interprété par Georges Colin et Jane Lory. Poésies dites par Jane Provost. Germaine Lubin, de l’Opéra : D’amour, l’ardente flamme, de Berlioz. Théâtre par Béatrice Bretty et. Georges Lafon, sociétaires de la Comédie-Française, dans une scène du Bourgeois gentilhomme.Tele8-BéatriceBrettyEtLafon Danse par Suzanne Lorcia, danseuse étoile de l’Académie nationale de musique. Gilles et Julien, dans leur répertoire. Lys Gauty, dans son répertoire. Noël-Noël, dans ses œuvres. Pauiley, dans Un homme heureux, sketch de Dorin et de Saint-Granier, aTele8-ZoulaDeBoucsavec Pierre Blancart et Suzy Leroy. Théâtre : Fernand Gravey, Germaine Dermoz et Jacques Erwin dans une scène d’Elizabeth, la, femme sans homme. Elvire Popesco et André Lefaur, dans une scène de Vive le roi. Gaby Morlay et Victor Boucher, dans un fragment du Billet de loterie, de Francis de Croisset. Sacha Guitry et  Jacqueline Delubac dans un à-propos de Sacha Guitry. Danses de Suzane Lorcia ; au piano d’accompagnement, M. Maurice Faure, de l’Opéra. Intermèdes de danse par Mlle Zoula de Boncza.

Et ensuite ?

Devant le succès de cette première émission publique, une nouvelle diffusion est organisée le dimanche 15 décembre avec, aux mêmes horaires, un programme tout aussi éclectique intitulé « Reflet de la saison parisienne », dont la partie sonore est reprise par les postes de Paris-PTT (et ses stations régionales) et la Tour Eiffel. Et l’on parle déjà de quatre à cinq émissions par semaine pour le courant de l’année 1936. Mais il faudra attendre le 4 janvier 1937 pour voir la naissance des émissions régulières de Radiovision-PTT, la première chaîne de télévision française.


Avril 1935, les premiers mots de la télévision française

TelebettyAu début de l’année 1935, le procédé mis au point par René Barthélemy peut être testé. Le ministre Georges Mandel souhaite que les choses aillent vite. Une grande salle qui servait à dispenser des cours dans les locaux des PTT rue de Grenelle est transformée en une dizaine de jours en un studio de télévision. Le 26 avril à 20h30, le premier essai officiel de la télévision d’état est présenté à la presse nationale et internationale. Béatrice Betty, de la Comédie française, raconte pendant une bonne vingtaine de minutes, son récent voyage en Italie. Elle ouvre son propos par une phrase extraite de Ciboulette, l’opérette de Reynaldo Hahn : « Nous avons fait un beau voyage« .

 

11 novembre 1922 : première concurrence sur les ondes françaises

La Tour Eiffel diffuse ré11novembregulièrement depuis quelques mois et le poste privé Radiola depuis quelques jours à peine (début le 6 novembre). Mais déjà une (petite) concurrence s’installe.

Pour la première fois, les auditeurs vont pouvoir choisir entre deux postes français différents pour commémorer en musique l’anniversaire de l’Armistice de 1918.

A cette occasion les deux radios proposent des concerts patriotiques en direct comme on peut le lire sur le programme du jour :

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1924 : les premières émissions consacrées au Tour de France

A l’été 1924, les stations de radios françaises sont certes encore balbutiantes mais elles savent déjà que le sport peut être un bon vecteur d’audience et notamment le Tour de France. A l’occasion de cette 18e édition de la Grande Boucle (un vrai tour de l’hexagone comme on peut le constater sur la carte), pour la première fois des programmes de radio sont consacrés au Tour. A chaque étape, les résultats et le classement sont « radiophonés » par la Tour Eiffel. A 17h35 en semaine et à 18h05 le dimanche avant le radio concert de 18h15, annonce la presse au départ du Tour. Un horaire qui a finalement été décalé plus tard. Les résultats, les auditeurs les auront vers 20h45, dans une émission reprise également par la station de l’Ecole supérieure des PTT. Il manque encore la saveur du direct…

Tour

Qu’est ce qu’il y avait à la radio la veille de Noël en 1923 ?

Noel2390 ans en arrière, nous voici aux balbutiements de la radio en France. Que pouvait-on écouter le 24 décembre 1923 ? Si l’on s’en tient aux seules radios françaises, le tour d’horizon est vite fait. Il y a, à Noël 1923, trois stations : la doyenne, la Tour Eiffel, le poste de l’Ecole supérieure des PTT sur les ondes depuis le début de l’année et la seule radio privée, Radiola qui vient tout juste de souffler sa première bougie. Passons rapidement sur la Tour Eiffel qui diffuse un radio concert à 19 heures puis le bulletin météo à 22 h 10. Moyen. Pour retrouver un peu de l’esprit de Noël, il faut se brancher sur les PTT. A 21 heures, le poste propose une causerie sur les vieux Noël. Voilà qui est déjà un (petit) peu mieux.

Radiola, la plus festive

Heureusement, pour cette soirée de fête, il y a les émissions Radiola. La station privée de la Compagnie française de radiophonie propose à 21 heures « Noël radieux » avec le concours des vedettes de l’antenne, Radiolo, Radiolette et Dominus. Avec notamment un journal chanté ! De 22h15 à 23h15, un oratorio de Noël avec choeurs et orchestre puis, de minuit à 2h30, une soirée dancing prolonge cette soirée de réveillon. Pour cette veillée de Noël 1923, dans le petit paysage audiovisuel français naissant, c’est Radiola qui mène la danse…

Information permanente : la première radio tout info était nazie

infopermpubA partir du mardi 1er février 1944, les services de la propagande allemande à Paris mettent en ondes une nouvelle station en français. Ce nouveau poste a pour nom l’Information permanente qui comme son nom l’indique est une radio toute infos.
Elle fonctionne sans interruption de 7 h à 2 h du matin sur la longueur d’ondes de 206 m depuis l’émetteur de la Tour Eiffel. Son ambition affichée lors de son lancement : donner des infos mais sans les commenter. L’occupant cherche visiblement à rattraper les auditeurs qui fuient les éditoriaux et les chroniques ultras de Radio-Paris.

Des infos tous les quarts d’heure

Au programme des bulletins d’infos tous les quarts d’heure et des rubriques, sports, spectacles, mode, vie féminine, cuisine, actualité économique, résultats de la loterie, pronostics hippiques, etc. Ses studios sont au 114 avenue des Champs-Elysées, un immeuble mitoyen de Radio-Paris, qui occupe les installations du Poste parisien. Mais cette radio est lancée alors que les restrictions d’électricité sont de plus en plus nombreuses dans la capitale et les parisiens semblent s’en désintéresser complètement.

Au lendemain du Débarquement, l’Information permanente émet jour et nuit sans interruption puis disparaît aux derniers jours de l’Occupation.