Quand l’ORTF lance depuis un bateau de la Marine une radio très active à Mururoa

Le 29 mai 1968 à 18 heures, une voix se fait entendre sur ondes moyennes dans le Pacifique : « Ici Radio-Mururoa, Office de Radiodiffusion et de Télévision Française, émettant sur la fréquence de 910 KHZ. Bonjour à tous.« 

Mururoa, île de l’archipel des Tuamotu en Polynésie française, abrite le Centre d’expérimentation du Pacifique. C’est là que l’armée française teste ses bombes nucléaires depuis juillet 1966. On y capte très mal Radio-Tahiti, l’atoll étant situé à 1200 km de Papeete. Un émetteur plus puissant est prévu mais en attendant, pour distraire et informer le personnel de ce site militaire, les autorités montent Radio-Mururoa.

Mururoa

MoselleLe studio et l’émetteur sont installés sur le navire de la Marine nationale la Moselle, un bâtiment-base qui ressemble plus à un petit paquebot qu’à un navire de guerre. Pour cette première émission, Jean Raynaud du service presse de la Marine nationale, interview le commandant de Mururoa, le capitaine de vaisseau Servent. Pour le reste, un bulletin d’information avec les dernières nouvelles de Paris (et des événements de mai 68) puis de la musique choisie dans une discothèque de 1300 titres suivie d’un programme sur la vie et l’oeuvre de Mozart.

Les programmes de Radio-Mururoa, animés par des marins du bâtiment Moselle, sont diffusés chaque jour  : de 6 h 30 à 7 h 30, de 13 h à 14 h, de 18 h à 19 h, de 20 h 30 à 22 h. Entre chaque programme, la station relaie Radio-Tahiti.

1966 : la radio et la télé viennent à la rescousse des candidats au bac

En juin 1966, les résultats du baccalauréat se révèlent catastrophiques. 31,5 % seulement des 200 000 candidats décrochent leur bachot, sésame pour accéder à l’enseignement supérieur. La suppression de l’examen probatoire qui régulait l’accès à la terminale, des programmes surchargés et des sujets très difficiles ont entraîné cette Bérézina.

Il reste cependant un espoir pour les candidats malheureux, la session de rattrapage en septembre. Pour ceux qui ont les moyens, pas de problèmes, des cours privés se proposent de les remettre à niveau pendant l’été.

RTS2Mais pour les autres, que faire ? « Des émissions de radio et de télévision destinées à faciliter la préparation des candidats à la deuxième session du baccalauréat seront diffusées du jeudi 4 août au mercredi 7 septembre inclus« , annonce début juillet le ministère de l’Education nationale.

RTSCes émissions doivent avoir lieu du lundi au vendredi pendant deux heures à la radio et une heure à la télévision. « Les émissions de radio seront diffusées tous les matins du lundi au vendredi inclus sur les antennes de France-Culture (modulation de fréquence et modulation d’amplitude), et sur celles de France-Inter (pour les seuls émetteurs de Lyon et de Rennes), de 9 h 15 à 11 h 15. Les émissions de télévision seront diffusées sur les antennes de la première chaîne tous les après-midi du lundi au vendredi inclus, de 14 heures à 15 heures. » Ces créneaux horaires sont loués par le ministère à l’ORTF (l’Office de la radio télévision française).


 

Quel résultats ?

L’expérience s’avère concluante. 42% des élèves inscrits en septembre demandent les fascicules accompagnants les émissions. « En ce qui concerne l’efficacité des émissions, un sondage portant sur 2 133 candidats utilisateurs de Radio-télé-bac fait apparaître, parmi les candidats ayant fait connaître leurs résultats, un pourcentage de reçus définitifs à la session de septembre de 64 %« , indique un communiqué de l’Education nationale. En février 1967, le ministère décide de reconduire l’opération du 31 juillet au 8 septembre (douze heures hebdomadaires à la radio et sept heures à la télévision). En 1968, l’opération n’a pas été reconduite. Inutile de vous expliquer pourquoi…