Iran 1940 : la naissance de Radio Téhéran au cœur des tensions mondiales

Téhéran

Le 24 avril 1940, à Téhéran, dans un studio encore sommaire dont les murs sont couverts d’épais tapis persans pour absorber l’écho, Radio Téhéran ouvre une page inédite Celle d’un pays qui commence à se parler à lui-même et à s’adresser au reste du monde.

Inauguration par le prince héritier

Ce jour-là, l’ouverture officielle est assurée par le prince héritier Mohammad Reza Pahlavi, au nom de son père Reza Shah. Le geste est hautement symbolique car la radio n’est pas qu’un outil technique, elle est un projet politique.

Les premiers mots diffusés sont ceux du décret de fondation. Puis viennent la musique iranienne et un bulletin d’information qui annonce la mission de la station, informer, éduquer et unifier ce vaste pays aux multiples ethnies.

Installés près de la porte de Shemiran, dans les bâtiments de l’actuel ministère des Postes, Télégraphes et Téléphones, les studios incarnent une modernité encore fragile, mais ambitieuse. Mais à ce moment, seuls quelques privilégiés peuvent être équipés de récepteurs. Des diffusions pas camions équipés de haut-parleur sont organisée dans la capitale persane.

« La station à onde moyenne Radio-Téhéran de 14 kW a été mise en service fin avril 1940. Le gouvernement a décidé la construction de nouvelles stations, dont une à Bisim, au nord de Téhéran, une station à ondes courtes de 30 kW et 12 stations provinciales à ondes moyennes« , indique le bulletin mensuel de l’Union Internationales des communications en guise de faire-part de naissance. Les 12 stations de province prévues sont modestes car leur puissance est de 125 watts.

Une prouesse technologique sous influence

Derrière cette naissance se cache une réalité plus complexe. La jeune radio repose largement sur une expertise étrangère, notamment celle de la société allemande Telefunken. Un choix technique qui, en pleine Seconde Guerre mondiale, prend évidemment une dimension politique.

L’infrastructure est la suivante : un émetteur en ondes moyennes de 20 kW couvre la capitale (335.2m/895kc), tandis qu’un second, en ondes courtes de 2 kW, vise une diffusion nationale et internationale. « Radio-Téhéran ondes courtes émettra ses nouvelles de 11h30 à 14 heures sur la longueur d’onde de 19.87m, de 17h15 à 20h15 sur la longueur d’ondes de 30.99m et de 20h30 à 23h30 sur la longueur d’ondes de 48.74m« , souligne le journal francophone d’Istanbul.

À l’horizon, les pylônes de 120 mètres dressés sur le site de l’ancienne prison de Qasr deviennent les symboles d’une ville qui se tourne vers l’avenir.

Radio Téhéran, une radio d’État

Radio Téhéran n’est pas indépendante. Elle dépend d’un service sous l’autorité du ministère de l’Éducation. À sa tête, des figures clés structurent cette nouvelle voix officielle : le ministre superviseur Dr Issa Sadiq, le directeur des programmes Ebrahim Pashina, et le musicien Gholamhossein Minbashian, chargé de la commission musicale.

Les premières voix à l’antenne, Gholam-Ali Fekri et Touba Kanani, incarnent cette modernité naissante, entre tradition et innovation.

Les programmes de Radio Téhéran

En 1940, Radio Téhéran n’émet que quelques heures par jour, de 11h30 à 14h, et de 18h à minuit. L’information, traduite de sources comme Reuters via l’agence Pars, côtoie parfois des dépêches d’origine allemande. L’éducation occupe une place centrale sur l’hygiène, l’agriculture, l’histoire nationale.

La musique, elle, navigue entre le répertoire classique iranien (le radif) et les influences occidentales, sous la direction de figures comme Rouhollah Khaleghi. Et déjà, la radio regarde au-delà des frontières car elle diffuse en anglais, français, allemand, arabe, russe et turc.

Un champ de bataille invisible

Car en 1940, la neutralité de l’Iran est fragile. Dans l’ombre, les grandes puissances observent. La présence de techniciens allemands et certaines tonalités pro-Axe inquiètent Londres et Moscou. Radio Téhéran devient un terrain d’affrontement idéologique.

Pour Reza Shah, l’enjeu est clair. Il faut utiliser la radio pour unifier un pays fragmenté, relier les provinces, imposer une identité nationale centralisée. Mais cette ambition va bientôt être rattrapée par la guerre.

1941 : le basculement

Août 1941. L’invasion anglo-soviétique de l’Iran est déclenchée. En quelques jours, Radio Téhéran change de visage. Les programmes à tonalité pro-allemande disparaissent. La station passe sous contrôle partiel des forces occupantes.

Le choc est immédiat. L’antenne, jadis instrument de souveraineté, devient un relais stratégique pour les Alliés.

C’est par cette même radio que la population apprend un événement majeur : l’abdication de Reza Shah. Son fils, Mohammad Reza Pahlavi, lui succède. Une transition de pouvoir annoncée en direct, dans l’intimité des foyers équipés de postes de radio.

La France libre au micro de Radio Téhéran

Dans les mois qui suivent, Radio Téhéran entre dans une nouvelle phase. Elle devient un outil de communication pour les Alliés : messages destinés aux troupes, bulletins de guerre, informations filtrées. Les émissions en français sont assurées par André Godard, représentant de la France Libre en Iran, et son épouse Yedda.

Chaque émission répond désormais à une logique stratégique. L’objectivité s’efface derrière la nécessité. La radio, en à peine un an d’existence, a changé de nature.

Muette pendant la Conférence de Téhéran

Du 28 novembre au 2 décembre 1943,  Churchill, Roosevelt et Staline se réunissent dans la capitale iranienne pour évoquer notamment le partage de l’Europe après guerre et le débarquement sur les côtes françaises. A cette occasion, les Alliés demandent l’arrêt des émetteurs de radiodiffusion. Radio Téhéran se tait durant une semaine.


En savoir plus sur LES RADIOS AU TEMPS DE LA TSF

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.