La première édition spéciale sur les ondes annonce la fin de l’Autriche indépendante

Le 12 mars 1938, la petite république autrichienne se fait croquer par son puissant voisin allemand. Elle est annexée au Troisième Reich. La veille, à 19h45, Kurt von Schuschigg, chancelier autrichien s’exprime à la radio de Vienne, la RAVAG (photo ci-dessous). « Cette minute-là, je ne l’oublierais jamais, témoigne Marcel Bleustein-Blanchet, le patron de Radio-Cité dans ses mémoires (Les ondes de la liberté). Il entend « quelques mesures d’une valse, puis une coupure se produisit et l’on perçut un remue-ménage dans une pièce, un bruit de chaises, des murmures et enfin une voix essoufflée, entrecoupée et saccadée s’exprimant en allemand. C’était le chancelier Schuschnigg qui annonçait à son peuple que, voulant éviter une inutile effusion de sang, il capitulait et que les Allemands allaient envahir l’Autriche.« 

RAVAG Wien
Les studios de la radio à Vienne.

Radio-Cité interrompt ses programmes

Le journal parlé étant terminé, la direction de Radio-Cité décide d’interrompre les programmes. « Mesdames, Messieurs, voici une émission spéciale« , annonce Jean Guignebert avant d’être le premier à informer les Français de la fin de l’Autriche indépendante. Le lendemain, le journaliste Alex Virot, en reportage au même moment en Autriche pour le magazine l’Auto parvient à gagner Vienne et à diffuser en direct par téléphone ses reportages sur l’antenne de Radio-Cité.

Le tiercé de tête de la course aux infos

« Dans la course aux informations, les premières places furent prises par Radio-Cité et par Paris-PTT, suivies de très près par le Poste Parisien. Radio 37 arrivait ensuite, à quelques longueurs, derrière, écrit le Petit Journal. Le quotidien a suivi la soirée sur les ondes et a noté les efforts des différents postes.

Radio-Cité. « Radio-Cité eut le premier l’idée de se brancher directement sur la station de Vienne. L’enregistrement lui permit de recueillir l’écho des manifestations qui se déroulaient enLa Voix de Paris Autriche et des discours qui s’y prononçaient. Après un rapide montage, l’émission était reconstituée dans son ambiance sonore, cependant qu’un speaker donnait en surimpression la traduction des discours. Cette instantanéité dans l’information, qui est un des privilèges de la Radio, n’avait jamais été appliquée sur une aussi large échelle, et avec un tel rythme. C’est à Jean Antoine, l’actif directeur de Radio-Cité, et à son fidèle lieutenant, Jean Guignebert, que revient tout le mérité de cette heureuse initiative.« 

Le Poste parisien. « A une cadence moindre, le Poste-Parisien fit également de la surimpression. Un de ses collaborateurs, M. André Kamincker, habitué des conférences internationales, donnait la traduction immédiate des discours dont on entendait l’émission directe par les postes autrichiens.« 

Radio-37. « Radio-37, enfin, employa une méthode différente. Maurice Icart donnait d’abord la traduction de quelques phrases des discours, et il laissait ensuite entendre les orateurs, et les réactions de la foule. Il nous a semblé que cette méthode était la meilleure, car elle permettait de ne rien perdre de l’ambiance sonore. Pour certaines manifestations, Radio-37 se contenta même de prendre le relais de Vienne, et certes, pour comprendre la portée des événements, point n’était besoin de les commenter. Il n’y avait qu’à les entendre. Voilà donc une technique nouvelle de l’information. Du moins dans les postes privés. Car dans les postes d’Etat, on en est resté à l’habituel train-train des nouvelles d’agences… Et c’est tant pis pour les auditeurs de province.« 

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