Il y a 80 ans : « This is Jerusalem calling » premiers mots de la radio de Palestine

« This is Jerusalem calling », ces quatre mots prononcés le 30 mars 1936 à 16h15 par le lieutenant-colonel William Hudson, Postmaster General de Palestine inaugurent Palestine Broadcasting Service (PBS), la première station publique de ce territoire sous mandat britannique. Ils sont aussitôt suivis par une traduction en arabe par Ibrahim Kaibmi puis en Hébreux par Isaac Abbady. Le tout, devant une assistance de 300 personnes installée devant le centre émetteur à Ramallah. On estime alors à 12 000 le nombre de récepteurs en Palestine.

Il aura fallu bien des années avant que la Palestine puisse avoir sa station de radio. Dès 1926, des voix s’élèvent pour réclamer un poste de radiodiffusion. En 1932, une initiative privée, Radio Tel-Aviv fait long feu (lire ci-dessous). Ce n’est qu’en 1934 que la direction des postes passe commande auprès de la compagnie de Marconi d’un émetteur de 20 kw et de deux mâts d’une centaine de mètres chacun. La longueur d’ondes est déjà fixée, ce sera 449,1 mètres (668 kc).

PBSPrévue dans un premier temps à Noël 1935, l’inauguration est retardée. Elle a lieu le 30 mars 1936 au pied des deux pylônes de 100 mètres de haut sur une colline de Ramallah à 850 mètres d’altitude, près de Jérusalem. Il y a là le haut commissaire britannique, les responsables des Postes, les représentants de toutes les religions et même un certain David Ben Gourion, président de l’agence juive et qui sera le fondateur de l’état d’Israël après la guerre. Après cette cérémonie protocolaire ponctuée par de la musique militaire, place aux programmes artistiques depuis le studio provisoire installé au Palace Hotel Jerusalem en attendant la fin des travaux à la General Post Office.

Pour ce premier programme, c’est un groupe de musiciens arabes (Jamil Aweis, Mahammed Abd Al Karim, Yehia As S’oudi, Najat Ali) que l’on peut entendre. Ils seront suivis par un premier artiste juif, le chanteur Vittorio Weinberg.

Un premier incident

Cette inauguration intervient dans un contexte de grande tension entre arabes et juifs. Une semaine après l’inauguration de PBS, un premier incident intervient. Les Arabes protestent vigoureusement car dans les programmes en hébreux, les animateurs utilisent le terme Eretz Israël (Terre d’Israël) pour traduire Palestine, au lieu des initiales (aleph yod) comme sur les timbres.Les programme en hébreux prendront finalement le nom de Kol Yerushalyim, la Voix de Jerusalem.

Radio Tel Aviv, une initiative privée dès 1932

Une première radio a émis dès 1932 sur le territoire de la Palestine. Il s’agit de Radio Tel-Aviv, mise en place à l’initiative de Mendel Abramovitch, un ingénieur fondateur de la Palestine Broadcasting Corporation. Radio Tel-Aviv s’est lancée sur les ondes à l’occasion de la Levant Fair, une foire commerciale internationale le 7 avril 1932. Mais ses premiers essais datent du 27 février 1932. Les autorités britanniques autorisent cette radio pour des émissions provisoires à titre d’essais. Elle diffuse de temps à autre des concerts mais doit fermer en avril 1935 alors que l’arrivée sur les ondes de PBS se précise.

Un faux direct de Maurice Chevalier baptise Radio-37, nouveau poste de Paris

« Mon p’tit micro, rend tous les auditeurs heureux, si tu peux. T’as compris ? Allez, encore une bise… là, ça y est, Radio-37 est baptisée ! »

En ce début septembre, Paris s’apprête à accueillir une nouvelle radio sur les ondes. Depuis trois mois « le poste de Rueil-Malmaison » fait des tests sur la longueur d’ondes de 360,6 mètres avec uneRadio-37-2 puissance de 2 kw. Il s’agit du projet porté par le puissant quotidien Paris-Soir qui après de longues négociations a fini par obtenir le transfert à Paris de Radio-Béziers ! C’est le seul et unique moyen de pouvoir lancer une nouvelle station sur des ondes bien encombrées. Ce nouveau poste se nomme Radio-37 en référence à l’Expo 37, l’exposition internationale qui s’ouvre en septembre à Paris.

Radio-37-6Le 5 septembre, tout est en place dans les studios du 35, rue François-Ier. A 7h15, la modulation est mise en route. Un quart d’heure plus tard, un « Ici Radio-37 » et l’indicatif de Vincent Scotto lancent la station sur les ondes. La Marche héroïque de Saint-Saens puis deux autres marches amènent les premiers auditeurs au journal de 7h45, présenté par Fernand Pouey (Paris-Soir) et c’est parti pour une première journée inaugurale avec trois moments forts, à 11 heures une allocution de Max Hymans, secrétaire d’Etat au commerce et, à ce titre, responsable de l’Expo 37, à 11h45 un « baptême » par Maurice Chevalier, le parrain de la nouvelle station et à 12h35 Sacha Guitry pour inaugurer une des émissions phares du poste, le Bar des vedettes.

Des bisous au micro

Radio-37 et Paris-Soir avaient prévenu :  Maurice Chevalier viendrait baptiser la station en coup de vent car une demi-heure plus tard il devait être dans un train pour Londres où il devait tourner un film. Une façon de décourager les curieux qui n’auraient pas manqué d’essayer d’apercevoir la star sortir des studios.

Mais aussi d’éviter qu’on ne découvre la petite supercherie en ce jour d’inauguration : Maurice Chevalier avait déjà enregistré son message. C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que l’on peut encore l’écouter aujourd’hui. Et c’est également pour cela que l’on voit le célèbre chanteur seul devant le micro de Radio-37 (voir ci-dessus).

Radio-37-1

La station ne bénéficie pas de moyens extraordinaires. A son lancement, la grille ne comporte que deux rendez-vous importants.  « La Revue des Succès » à 11h15 présentée par Simone Vaulry et Guy Loup. Les auditeurs envoient la liste de trois disques. Les trois qui ont eu le plus de voix sont repris à l’antenne. Il y a aussi une émission qui restera l’émission phare de la station,  le « Bar des Vedettes » à 12 h 35. Chaque jour, René Lefèvre interview les stars du moment.

Radio sans poste : le premier câblo-opérateur a dû tout démonter

Vivarais2En 1934, Radio sans poste, une société basée à Paris, a un projet de radio-distribution. Il s’agit de câbler des immeubles pour permettre aux résidents de recevoir dans leur appartement des programmes de radio directement par fil. Un petit ampli et un haut-parleur suffit et permet de faire l’économie d’un coûteux poste de TSF. Un ancêtre de Numéricable en quelque sorte ! Un premier groupe de nouveaux immeubles, square du Vivarais à Paris est équipé. Un câble traverse la rue pour relier le siège de Radio sans poste au 72, boulevard Mortier. Mais l’administration des PTT ne l’entend pas de cette oreille et fait couper le câble sous prétexte qu’il traverse la voie publique après avoir mis en demeure début janvier 1936 la société d’enlever son installation. Radio sans poste contre-attaque en justice pour excès de pouvoir. Mais le Conseil d’Etat suit l’argumentation des PTT et oblige en avril 1937, Radio sans poste à enlever tous les câbles des immeubles ! La haute assemblée s’appuie sur le fait que les lignes télégraphiques sont soumises au monopole, textes de loi datant d’avant la radiodiffusion à l’appui. Il n’y a donc que les PTT qui puisse être câblo-opérateur. Mais ce n’est pas pour autant qu’il câblera le groupe d’immeubles du square du Vivarais. Et ses habitants, pour écouter la TSF, devront s’équiper d’un poste.